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La justice française veut enquêter sur trois chefs d'état africains

En Afrique, on ne regarde pas dans la bouche des présidents. Ils sont comme le dit le langage populaire, des grilleurs d’arachides. Et le grilleur d’arachides, on ne regarde pas dans sa bouche. Car, forcément, il y jettera des grains. (Denis Zado, blogueur ivoirien)

Mardi 5 mai, une juge parisienne a ordonné l'ouverture d'une enquête pour corruption et détournement de fonds présumés de la part de trois chefs d'état africains : le Congolais Denis Sassou-Nguesso, le Gabonnais Omar Bongo et l'Equato-guinéen Teodoro Obiang. Le parquet de Paris a fait appel de cette décision jeudi 7 mai.

Teodoro Obiang est le président du riche état pétrolier quest la Guinée Equatoriale depuis 30 ans. Son luxueux appartement ainsi que sa collection de voitures sont supposés avoir été acquis grâce à des fonds détournés.

Teodoro Obiang est le président du riche état pétrolier qu'est la Guinée Équatoriale depuis 30 ans. Son luxueux appartement ainsi que sa collection de voitures sont supposés avoir été acquis grâce à des fonds publics détournés.

Cette enquête intervient après qu'une plainte a été déposée en décembre par l'association Transparence Internationale [en anglais], accusant Denis Sassou-Nguesso, Omar Bongo et Teodoro Obiang de “recel de détournement de fonds publics ”. Chacun d'eux possède plusieurs résidences luxueuses à Paris [en anglais]  supposées avoir été achetées avec de l'argent appartenant à leur peuple.

Cela fait longtemps que des blogueurs de ces trois pays [en anglais], et plus généralement de l'Afrique francophone, critiquent la Françafrique, pur produit du néocolonialisme, se caractérisant par l'entretien d'excellentes relations avec des dictateurs de pays africains (et anciennes colonies) riches en ressources naturelles. Le président français Nicolas Sarkozy n'a pas réussi à mettre fin à ces pratiques, malgré ses promesses antérieures.

Enfin !

La décision rendue par une cour de justice française a été saluée par beaucoup de blogueurs comme une heureuse surprise, qui pourrait marquer un tournant dans l'attitude de la France envers l'Afrique.

Le blogueur congolais (de RDC) Musengeshi Kata écrit ceci sur le blog Forum Réalisance :

Enfin pourrait-on dire, l´Occident, après des décennies de surdité, en vient lentement à combattre ce fléau criminel économique qui gangrène autant le développement de l´Afrique qu´il engraisse l´illégalité fiscale en Europe et de par le monde. Une contradiction flagrante à la justice, au bon sens, à l´Etat de Droit…et particulièrement à la maîtrise de la crise économique actuelle qui exige de se défaire rapidement de ces contradictions nocives et injustes pour tout le monde.

Denis Sassou-Nguesso dirige la République du Congo depuis des décennies. Selon le Guardian, lui et sa famille détiennent plus de 100 comptes bancaires et plus de 20 propriétés en France.

Denis Sassou-Nguesso dirige la République du Congo depuis des décennies. Selon le Guardian, lui et sa famille détiennent plus de 100 comptes bancaires et plus de 20 propriétés en France.

L'article de l'AFP relatif à la décision de la juge, reproduit sur le portail web congolais (République du Congo) congopage, a suscité, à l'heure de la publication de ce billet, plus de 140 commentaires.

Ngoma, un des lecteurs de congopage a mis en ligne un lien vers Google Map qui propose une liste des appartements parisiens appartenant à Omar Bongo et Denis Sassou-Nguesso.

Toujours sur congopage, Boukaka livre ce commentaire :

Espérant que cette fois ci, Sarkozy ne fera pas obstacle à la justice… Sarkozy avait promis la rupture avec des Assassins, alors nous attendons ce moment-là avec impatience.

L'internaute Dolisie estime pour sa part :

Bravo au juge Desset qui a su mettre l’intérêt des peuples avant les mic-macs économiques… la France doit se laver de son passé de chien de garde pour dictateur, d’argentier de conflits ethniques et de coups d’état ; la France que nous respecterons est celle qui rendra aux peuples africains ces biens qui sont les leurs !

L'internaute Représentant Du Peuple réagit quant à lui ainsi :

Je demande à Mr SARKOZY de laisser les mains libres à la justice de son pays pour que vérité soit faite. Le sang de nos frères noirs a coulé pour avoir dénoncé le vol à grande échelle par ces présidents impies dont le goût de la luxure est sans gêne. La France, le monde (les pauvres du monde qui considèrent votre pays comme un pays des droits et des libertés vous regardent), les chefs d’états africains ont enrichi la plupart des états d’Europe par leurs avoirs placés dans les banques européennes, les Africains le savent. Aux juges, nous savons que vous subirez la pression de nos voleurs d’états par des cadeaux allant au-delà de votre revenu mensuel habituel. Honorez votre profession.

Un internaute surnommé Le Congolais révolté écrit :

Alors là, je dois reconnaitre que cette juge a de sacrées couilles, non, je dirais plutôt trompes, car vu d’un Congolais comme moi plus habitué à assister impuissant aux pratiques criminelles de nos dirigeants, on finit par croire et accepter par la force des choses que le droit à l’impunité est absolu et inviolable pour ces derniers. En même temps que cette décision a réveille un certain espoir…

Plus loin, Dolisie intervient de nouveau :

Denis,

Quand on fait des conneries, on les paye tôt ou tard ; même lorsque l’on se croit au dessus des lois. Ma mère disait à ce propos : ” Le président premier des citoyens ne peut être un citoyen au dessus des lois”…

Dolisie

De quel droit ?

Mais le fait que des Africains fassent l'objet d'une enquête en France ne ravit pas tout le monde. La décision de justice a suscité des sentiments nationalistes. Certains montrent du doigt l'hypocrisie dont fait preuve le gouvernement français en engageant des poursuites à l'encontre de dirigeants africains, alors que la faute revient aux chefs d'états des deux côtés.

Également sur congopage, l'internaute Un congolais de sang écrit :

Crois-tu que un Français peut être jugé au Congo, alors pourquoi laisserons-nous un Congolais président de son état être jugé par la France, le vol d’argent s’est produit au Congo pas en France… un Français qui tue un Congolais au Congo ne seras jamais jugé au Congo,un Français fait des dégâts au Congo la France va le protéger…

Ce à quoi Altesse répond :

Si la justice Congolaise fonctionnait parfaitement OUI BIEN SUR un Français qui commet des délits au Congo peut (doit) être jugé au Congo, rien ne l’interdit à ce que je sache. Mais comme il n’y a pas de justice ou plutôt elle s’achète facilement, on peut se poser la question.

Dada Maloba, s'exprimant aussi sur congopage, est sceptique quant au réel changement dans les motivations du gouvernement français :

Croyez-vous vraiment que c´est la France qui va faire sauter Sassou ? …Ils veulent continuer leur colonisation. La France peut dire ceci cela, c´est leur politique. Pour moi c'est les résultats qui va compter. Nous tous Africains noirs dans n´importe quel pays. Rentrez dans le mouvement BLACK PANTHERS, BLACK POWER. De là nous allons voir les résultats que nous cherchons. Faire sauter Denis Sassou Nguésso le traître.

Le blogueur ivoirien Denis Zodo demande “ Pourquoi ces présidents en particulier ? ” (et non pas n'importe quel autre membre de la longue liste des dictateurs africains très proches de Paris). Zodo veut savoir qui se cache réellement derrière l'action en justice. S'agit-il de ressortissants de ces trois pays ou bien de l'ONG Transparence Internationale ?

Si ce sont des Africains, ils doivent revoir leurs copies. Nous ne sommes pas pour la gabegie au sommet de l’Etat. Mais, ce n’est pas cette solution qui va arranger les choses dans nos pays africains. Il faut nous-mêmes militer pour le changement au niveau de nos gouvernants, mais également au niveau des mentalités. C’est seulement le changement dont il est question là, qui bouleversera la donne.

Si c’est Transparency international qui s’est auto-saisie dans cette affaire, il lui faut laisser pour une fois les Africains retirer la gangrène de leur corps. Pourquoi c’est à eux de toujours prendre ce genre d’initiative à notre place ? C’est pourtant l’Occident qui favorise une telle attitude de prédateurs chez nos gouvernants africains.

Omar Bongo est présdient du Gabon depuis plus de 40 ans. Lui et sa famille possèdent plusieurs appartements situés dans la plus riche banlieue de Paris.

Omar Bongo est président du Gabon depuis plus de 40 ans. Lui et sa famille possèdent plusieurs appartements situés dans la banlieue la plus huppée de Paris.

Sur le blog de l'UPG-Gabon, parti de l'opposition gabonaise, quelques internautes ont également laissé des commentaires critiquant l'affaire :

Que gagne un patriote Gabonais de voir son Chef d'État sali dans la presse étrangère par le simple bon vouloir des étrangers?…C'est tout le Gabon qui est humilié au delà de toutes autres considérations.

Sur le même blog, Nze Mba répond :

Je tombe des nues, en constatant que chez nous le vol est devenu une institution qu'on ne peut même plus combattre. Les puissants sont tellement assis sur des fortunes et sur la justice que tout recours et toute poursuite au pays est quasiment impossible.

Peut-on et doit on se réjouir que ce soit la justice d'un pays étranger qui s'en occupe? Assurément oui car ce n'est pas au Gabon ni au Congo que l'on verra la justice porter atteinte à nos présidents, de peur de se retrouver mort, ou sans emploi le lendemain.

Enfin, et de nouveau sur congopage, l'internaute Hamburger propose en guise de commentaire cette satire :

Un juge d´instruction CONGOLAIS vient douvrir à Brazzaville une enquête contre un certain nombre d’hommes politiques français pour leur complicité avec un certain nombre de multinationales occidentales dans le pillage des ressources naturelles congolaises. Parmi les personnes visées par la plainte qui a été déposée au parquet de B/ville par l’association congo libre figurent Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Charles Pasqua et bien d’autres encore. Il s’agit d’une 1 ère dans l’histoire de la justice ; un chef de l’Etat français en fonction est poursuivi pour les biens mal acquis au Congo à travers le “patrimoine pétrolier et minier”de la France au Congo.

Ce à quoi un lecteur anonyme réplique d'un ton moqueur par cette question : “ Qui est en charge de l'enquête ? ”

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