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Libye : Hommage aux photo-reporters Tim Hetherington et Chris Hondros

Ce billet fait partie de notre dossier sur la Libye.

[Liens en anglais] Deux photographes de guerre réputés, Tim Hetherington et Chris Hondros, ont été tués en reportage le 20 avril  2011, à Misrata, alors qu'ils couvraient le chaotique conflit actuel en Libye. Ils ont été mortellement blessés dans la Rue de Tripoli, par un tir de mortier selon les informations disponibles, mortier tiré par les forces de Kadhafi contre les insurgés de Misrata.

Le photographe indépendant Guy Martin a été gravement blessé et a du être opéré, et le photographe Michael Christopher Brown est également blessé. Les collègues et amis portent le deuil, et ont honoré deux vies très riches à la poursuite de la vérité. Les grandes publications et agences de photos ont également rendu hommage à leur travail.

Tim Hetherington (photo de Justin Hoch sur Flickr, sous licence CC-BY) et Chris Hondros (photo de son compte Twitter)

Le dernier tweet de Tim Hetherington, envoyé quelques heures avant sa mort, et après un silence de plusieurs mois sur cette plateforme, semble aujourd'hui contenir une sombre prémonition :

Dans la ville libyenne assiégée de Misrata. Bombardements tous azimut des soldats de Kadhafi. Aucun signe de l'OTAN.

Un appel téléphonique au service  Feb17Voices service, qui permet à tous d'enregistrer un commentaire vocal qui est ensuite converti en écrit et publié en ligne, précise les circonstances qui ont conduit au décès du photo-reporter :

@feb17voices: LPC #Misrata: un appelant avec connaissance situation terrain : des journalistes ont été frappés par 2 mortiers dans la rue de Tripoli, considérée comme “sûre”. #Libya

Le correspondant de guerre, C J Chivers, a constamment mis à jour son article pour le New York Times, et a publié sur son blog un récit glaçant des conditions d'évacuation des corps des deux photographes de Misrata.

@cjchivers: Appel d'un journaliste avec Chris&Tim: Ils pourraient avoir été touchés tir mortier. Mets à jour NYT maintenant. RPGs& mortiers tirés dans Rue de Tripoli.

@cjchivers: les dépouilles de Tim et Chris sont sur bateau Ionian Spirit c soir, en direction Benghazi par mer, grâce à compassion et travail de HRW et IOM.

Sept civils libyens ont également été tués à Misrata le même jour, ainsi qu'un médecin ukrainien, et l'épouse de ce dernier a perdu ses deux jambes.

Réactions sur Twitter

Les hommages émouvants et les évocations des collègues des deux photographes ont été très nombreux sur Twitter, ainsi que sur les blogs et dans les médias, durant les journées suivantes :

@spinonspin: #chrishondros sur le risque quand on est photographe de guerre : “être les yeux attentifs et la conscience du monde”

@evanchill: Terrible nouvelle de Misrata aujourd'hui. Photo-reporters sont toujours les plus exposés au danger.

@jenanmoussa: caméramans d'#Aljazeera  Ali Jaber, Moh Nabbous, Tim Hetherington, martyrs du journalisme..informations contradictoires sur Chris Hondros. #Libya

@NickKristof: Le courage des photographes en Libye orientale est stupéfiant. Tim Hetherington & Chris Hondros, reposez en paix. http://nyti.ms/ghsjce

@photojournalism: Mercredi 20 avril 2011. Jour noir dans l'histoire du photo-journalisme. J'arrive pas à y croire, bordel.

@andersoncooper: un ami, un grand photographe, Tim Hetherington, a été tué en Libye. La nouvelle fait horriblement mal. C'était un type tellement merveilleux.

Sur Twitter, les militants libyens pro-démocratie les saluent comme des héros :

@ShababLibya: En souvenir de #TimeHetherington #ChrisHondros et de tous les Libyens et non Libyens qui sont tombés à cause de la tyrannie de #Gaddafi.N'oubliez jamais nos héros.

@BenghaziDoc: Aux proche de Tim Hetherington et Chris Hondros, j'envoie mes plus profondes condoléances. La Libye honorera leur mémoire pour toujours.

@Freedom_7uriyah: RIP Tim Hetherington – les Libyens ne t'oublieront pas, merci d'être allé à  Misrata et d'avoir montré la réalité au monde #Heros

@ibnthabit: triste pour @TimHetherington & @ChrisHondros Les Libyens se souviendront de vous comme de héros. Rendez-vous au carrefour des rues Hetherington et Hondros à #Misrata #Libya

“Être les yeux attentifs et la conscience du monde

Le réalisateur Vincent Laforet résume pourquoi le photo-journalisme est important, et ce qui faisait de ces hommes des personnes “spéciales” sur son blog:

Chris et Tim était deux parmi les meilleurs de ce secteur  – les icônes de notre génération (ma génération). Ils étaient tous deux incroyablement bons et des journalistes aguerris, leur travail a reçu à peu près tous les prix et distinctions qui existent aujourd'hui, que ce soit pour les photos ou les films. [..] Beaucoup d'entre nous ont grandi en entendant parler de  Robert Capa et d'autres célèbres reporters de guerre. Beaucoup de nous les idolâtraient. La première fois que j'ai eu une Kalachnikov AK-47 pointée vers moi,  j'ai tout de suite compris que je n'étais pas fait pour ce travail incroyablement dangereux.  C'est donc pour ça que j'ai toujours admiré ceux qui vont chaque jour couvrir des conflits dans le monde, leur travail est vraiment très nécessaire. [..] Chris était un Capa contemporain, son travail est sans égal.[..] Le film de Tim, Restrepo, est une œuvre incroyable, comme le sont ses photos.  [..]  Je peux dire que ces deux hommes sont morts en faisant ce qu'ils aimaient le plus faire.

Christina Larson a publié ses souvenirs personnels de son ami Chris Hondros sur le site Foreign Policy :

Chris était capable d'être intensément dans l'instant, comme tous les photographes de guerre doivent l'être, et pourtant il parvenait à considérer en même temps de façon profonde et ample la longue marche de l'Histoire, la montée en puissance et la chute des empire, et  la tragédie des destinées individuelles  – nos triomphes passionnés, nos rêves, nos luttes, et nos drames qui se déroulent sur la scène d'un théâtre plus grand.

Sebastian Junger, co-réalisateur du documentaire de Hetherington, nommé aux  Oscars, Restrepo, a publié  un dernier message à la première personne à son ami, sur Vanity Fair :

Toi et moi parlions toujours du risque, parce c'est une très belle femme dont nous étions tous les deux amoureux, n'est-ce pas ? Celle qui nous permettait de nous sentir spécial, et vraiment vivant ? Nous essayions tout le temps d'obtenir une danse de plus avec elle, mais sans en payer le prix.

Todd Watson rappelle ce qui fait l'essence du travail de photo-reporters de guerre :

Ce serait facile de taxer ces individus d'accros à l'adrénaline, de junkies des zone de guerre, mais la vérité est que ces hommes et femmes sont souvent les seuls à être témoins et à prouver les atrocités et conséquences des conflits dans le monde.

Mary Siceloff écrit sur cette guerre parallèle que mène les correspondants de guerre :

Les journalistes [..] mène une seconde guerre, une guerre parallèle, pour la transparence, pour la clarté, pour vous et moi, et pour écrire la vraie histoire, voir et ressentir le coût humain de la guerre. Et aujourd'hui, deux de ces voix courageuses et importantes se sont tues. Qui reprendra le téléphone-satellite et l'appareil photo ? Qui nous alertera quand les dictateurs tirent sur leur propre peuple, quand les prisons deviennent des salles de tortures ?  [..] Qui reprendra le flambeau ?

Le photographe et réalisateur Ron Dawson donne quelques conseils à ses collègues de ces deux secteurs:

A la lumière des difficultés qui envahissent nos métiers (que ce soit la photo ou le documentaire), il est bon de savoir qu'il y a des professionnels comme Tim et Chris qui nous rachètent tous. Vivez votre vie à fond, les gars. Utilisez vos compétences pour le bien. Et suivez l'exemple de Tim et Chris quand vous représentez nos métiers.

Le pouvoir des vidéos d'amateurs et les controverses

Andy Carvin, de la radio publique américaine NPR, interviewé par Global Voices le mois dernier sur son travail de filtrage des informations sur les révolutions du monde arabe sur Twitter, se sentait terriblement mal d'avoir publié une vidéo très dure présentant les journalistes blessés en salle d'opération. Andy Carvin a justifié ce choix dans ce long billet de réflexion :

Je la mets en ligne, malgré tout, parce que je crois que c'est important de montrer ce qui se passe durant une guerre et de proposer aux gens la possibilité d'en être témoin. [..]

La guerre ne fait pas de discrimination : elle peut prendre les jeunes, les vieux, les hommes et les femmes, les soldats et les civils. Et dans ce cas précis, les journalistes. [..] Je connais aussi un certain nombre de personnes qui étaient proches de ces hommes. Mais dans tous ceux qui ont été classés comme “victimes” durant ces attaques, ils avaient aussi des proches qui les aimaient. Et pourtant, j'ai partagé des images d'eux, encore une fois, à cause de ce désir de témoigner. [..]

[..] En fin de compte, cela peut se résumer ainsi : j'ai l'impression que je serais un hypocrite absolu si je n'avais pas partagé cette vidéo.

Dans son dernier interview, Tim Hetherington avait parlé du pouvoir de la vidéo et la perspective personnelle dans le reportage :

La vidéo a un effet très important sur notre société. J'ai regardé les émissions du [reporter de CNN] Anderson Cooper juste après le séisme au Japon, et les vidéos étaient toutes des vidéos d'amateurs. Et elles étaient fascinantes, presque aussi fortes que des images de professionnels. Pourquoi ?A cause de l'immédiateté. Et de l'intimité. C'est un témoignage personnel.

Hetherington avait compilé une collection de photos de graffiti sur les murs quand il couvrait la guerre civile au Liberia avec les rebelles, ce qui lui a valu une condamnation à mort du président libérien d'alors, Charles Taylor:

Il définissait son dernier court-métrage, Diary, tourné après 10 ans de reportages de guerre, comme “un  kaléidoscope d'images qui lient notre réalité occidentale à des mondes en apparence lointains que nous voyons dans les médias.”

Hommages et rétrospectives

Toutes les institutions et acteurs du photo-journalisme ont rendu hommage aux deux photographes tués, avec des galeries de photos présentant leur travail. Le blog Lens, du New York Times, fait ses adieux à Hetherington et Hondros, comme Time Lightbox (HetheringtonHondros) et Life Magazine (HetheringtonHondros).

Des rétrospectives approfondies de leur travail sont visibles sur : The Boston Globe – Big PictureSacramento Bee – The FrameThe Atlantic – In FocusLA Times – FrameworkDenver Post – Captured et Tampa Bay – All EyesGuardianTelegraphWashington Post et Foreign Policy Magazine ont également publié leurs photos. Le photographe Mikko Takkunen a réuni une importante compilation de liens vers des hommages en leur honneur.

Des témoignages, souvenirs et photos des deux photographes sont aussi sur la page Facebook du projet sans but lucratif Conflict Zone, une galerie des travaux de photographes de guerre et de journalistes destinée à venir en aide aux reporters grièvement blessés et à leur famille, inspiré par le photographe Joao Silva, qui a perdu ses deux jambes sur une mine en octobre 2010 en Afghanistan durant un reportage pour le New York Times.

Les attaques contre les médias en Libye s'intensifient

Le Comité pour protéger les journalistes tient une liste des victimes et des attaques contre la presse en Libye depuis février, et qui se sont intensifiées ces dernières semaines :

80 attaques ciblant la presse depuis que les troubles ont commencé en Libye le mois dernier. Parmi celles-ci, quatre personnes blessées, au moins trois personnes gravement blessées, 49 arrestations et détentions, 11 agressions, deux attaques de locaux de presse, le brouillage du signal de la chaine de télévision  Al-Jazeera et Al-Hurra, au moins quatre exemples d'interdiction de travailler, l'expulsion de deux journalistes étrangers, et la coupure de l'accès à Internet. Au moins six journalistes libyens ont disparu, dont on pense qu'ils sont détenus par la police. Un journaliste étranger, et deux personnes travaillant pour les médias ont également disparu.

Reporters sans frontières a accusé frontalement le régime de Kadhafi de cibler la presse. Des médias professionnels partagent ce sentiment :

@mike_wood: les dictateurs devraient arrêter de tuer des journalistes qui couvrent les massacres des dictateurs de leur propre peuple. #TimHetherington#ChrisHondros #RIP

@HalaJaber: Les journalistes sont-ils directement ciblés, pour empêcher la couverture de ce qui se passe à #Misrata?

Cela pourrait être le cas, et les journalistes arabes qui couvrent ce conflit sont tout particulièrement en péril. Le caméraman d’ Al Jazeera  Ali Jaber a été attiré dans une embuscade et tué près de Benghazi, le 12 mars, et le fondateur de la web-tv Al-Hurra TV, Mohamed Nabbous, a été abattu par un sniper à Benghazi le 19 mars.

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