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L'Iran aura-t-il bientôt son “Internet propre” ?

Il est possible que le régime iranien perde sa bataille pour le filtrage des contenus sur Internet, mais cela ne l'empêche pas de tenter de nouvelles choses – entre le ralentissement du débit Internet et le développement d'un “Internet national” ou d'un “Internet propre” (en fait un réseau intranet). Les membres du Parlement iranien ont également examiné une proposition visant à appliquer aux blogs, aux commentaires et aux messages SMS mobiles la même réglementation que celle en vigueur pour les médias grand public.

Des alternatives créatives au filtrage ?

Les autorités iraniennes considèrent qu'Internet est un véritable champ de bataille et que les médias citoyens et les réseaux sociaux sont des instruments d'une “guerre soft”. Au fil des ans, ils affirment avoir bloqué et filtré des millions de sites Web et de blogs. Récemment, plusieurs blogueurs ont signalé [en farsi] que l'Association des sociétés informatiques iraniennes (Iran's Corporate Computer Systems [en farsi]) déclare que l'objectif est de couper complètement l'Iran du World Wide Web une fois le réseau Internet national iranien lancé.

Mehdi Jafari

Mehdi Jafari via The Green Voice of Freedom

En octobre, plusieurs blogueurs s'étaient réjoui de citer une remarque d'un officiel de premier plan déclarant que “le filtrage est inutile.” Mehdi Jafari, décrit comme le directeur chargé des technologies au sein de l'organisation étudiante Basij (jeunes paramilitaires soutenant le régime islamique), a affirmé (en anglais) que 17 millions d'Iraniens sont sur Facebook malgré le filtrage du site en Iran… et que “300 000 sites Web en farsi luttent contre nos croyances religieuses et nationales.”

 

Mehdi Jafari n'a pas cité de source pour ces statistiques.

Le blogueur iranien Ghalbir a cité le responsable Basij en disant que cela prouve que le filtrage d'Internet est une plaisanterie.

Fin octobre, l'agence de presse semi-officielle Mehr a fait état de coupures et d'une lenteur extrême d'Internet dans le pays. Plusieurs blogueurs, parmi lesquels Azari, ont cité une histoire selon laquelle la majorité des 36,5 millions d'internautes se connectent à Internet en utilisant une liaison commutée à 56 kbauds… mais que le réseau s'est même ralenti ou est devenu inaccessible sans explication de la part des autorités.

Reza Taghipour, Ministre des Technologies de l'Information et de la Communication a donné un début de réponse, en déclarant que le ralentissement du réseau Internet était imputable aux changements qui avaient dû être apportés aux infrastructures pour permettre le développement d'un “Internet propre” [un autre nom pour le réseau "Internet national"].

Présentation de l'”Internet propre”

Un Internet propre pour l'Iran ?

Un Internet propre pour l

Au cours des derniers mois, les blogueurs iraniens ont réagi à différentes informations des médias faisant état de plans pour la mise en place d'un “Internet propre” ou d'un “Internet national”. Le blogueur Uniirani écrit [en farsi] que la décision de la République islamique constitue un grand pas vers le rapprochement avec la Corée du Nord. Un autre blogueur, Visionthetruth, écrit [en farsi] qu'après la nationalisation d'Internet, ce sera le tour des satellites.

Pendant toutes les années de discussions au sujet d'un projet d'Internet national, les médias iraniens ont convenu au moins d'une chose : à savoir que l'ambiguïté règne sur le projet.

Donayeh Eghtesad, un journal basé en Iran, écrivait [en farsi] en 2010 :

Le projet était une initiative du gouvernement Ahmadinejad il y a cinq ans et il faut encore compter quatre ans avant qu'il ne soit opérationnel… l'ambiguïté plane sur ce projet. On ne sait pas clairement quoi, où, comment et qui sera concerné par cet Internet national… Le Ministre de la Communication et de la Technologie, Reza Taghipour, annonce que l'Internet national sera un réseau haut débit rapide dans le pays afin de répondre aux besoins du gouvernement en matière de communications électroniques… Actuellement, le réseau Internet domestique est fourni par des sociétés privées, mais le Ministère de la Communication étudie la possibilité de prendre en charge son fonctionnement.

Deux années auparavant, Hamshari, un site Web d'informations basé en Iran, écrivait que parler d'”Internet national” prête à confusion. Un expert en médias y était cité : selon lui, ce projet vise à réaliser un fitrage à 100 pour cent et à bannir le réseau Internet international, il n'est ni utile ni opérationnel.

Dans ces conditions, qui est le promoteur de ce projet d'Internet national ? Le gouvernement Ahmadinejad, sans aucun doute. Selon Hamshari, le parlement Iranian a refusé [en farsi] d'accorder une enveloppe initiale de 10 millions de dollars il y a cinq ans, obligeant ainsi le gouvernement à rechercher d'autres sources de financement.

Comme si l'idée d'un “Internet national” n'était pas suffisamment ambiguë, le Ministre iranien de la Communication, Reza Taghipour, a lancé un autre terme : l'”Internet propre”. Taghipour a utilisé [en farsi] le terme dès décembre 2010. Il disait qu'il souhaitait protéger le réseau Internet des actions sales et protéger les personnes. Il rappelait ensuite qu'à ses débuts Internet avait des buts pacifiques mais qu'il comporte désormais des points noirs. Le Ministère de la Communication affirme [en farsi] que l'Internet propre sera exempt de contenus immoraux ou encourageant l'athéisme, les controverses sources de divisions et de désespoir.

Alireza Shirazi, le créateur du fournisseur d'un important logiciel de blogage, reconnaît qu'on ne sait pas clairement ce qu'est l'Internet propre, mais que si cette idée devait se concrétiser, c'en serait certainement fini de Facebook, Twitter, Flickr, Myspace… ou de tous les sites actuellement filtrés. Il explique la différence entre un système de filtrage et son idée d'Internet propre. Alors qu'un système classique utilise une liste noire (de sites filtrés), il n'y aurait dans le cas de l'Internet propre plus qu'une liste blanche (limitant ainsi Internet aux sites autorisés).

Avec cette discussion au sujet d'un Internet propre, voir d'un Internet halal, il ne nous reste plus qu'à parler de Frankenstein virtuel. Cependant, quel que soit le nom qui lui sera donné, le fait est que le régime agite ses poings fermés autour de l'Internet iranien, en manquant puis en atteignant sa cible selon le cas.

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