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Mauritanie : “Facebook est au centre de la nouvelle contestation électronique”

Nasser Weddady est mauritanien et vit aux États-Unis. Depuis la révolution tunisienne, ceux qui suivent l'actualité Moyen Orient-Afrique du Nord sur Twitter le connaissent par son compte, le très suivi et très influent @weddady, qui s'apprête à publier aux Etats-Unis un ouvrage de témoignages et de réflexions sur le monde arabophone et ces soulèvements. Mais qu'en est-il des médias citoyens dans son pays, la Mauritanie, où là aussi les Printemps arabes ont été le levain de la contestation ? Interview lors d'une conférence donnée à Tunis.

Nasser Weddady, dans les studios de la radio tunisienne, Tunis, octobre 2011 – Photo Carribeanfreephoto (CC BY)

Global voices : La Mauritanie et ses 3 millions d'habitants sont souvent oubliés  alors qu'elle connait elle aussi des manifestations et une contestation montante

Nasser Weddady : La contestation est le reflet d'un malaise profond de la Mauritanie, un sentiment d'impuissance qui de plus en plus se transforme en “colère électronique” et en manifestations sur le terrain. Cette culture de contestation etait morte depuis deux décennies ; aujourd'hui, on a des grèves au quotidien, dans tous les secteurs. Chaque action sociale en soi parait anecdotique de l'extérieur, mais la Mauritanie est en train de bouillir. Pour les médias sociaux, en Mauritanie, on est actuellement dans la schématique Facebook, qui comptait 34 000 membres en Mauritanie fin 2011, un chiffre remarquable pour un pays où la pénétration d'Internet est très faible. Il y avait déjà une blogosphère mauritanienne mais elle avait été précarisée par le coup d'état de 2008. A part Canal H (canal historique) qui est un blog de discussions, et qui reste un baromètre de l'opinion publique, le blog n'est plus vraiment le format qui correspond à l'évolution de la blogosphère mauritanienne. C'est Facebook. On voit que de plus en plus de mouvements de jeunes, comme les manifestants du 25 février 2011, qui étaient sortis en nombre important dans la rue, sont nés d'abord sur Facebook. Facebook est au centre de la nouvelle contestation électronique.

Photo du site Takadoumi – manifestation de février 2011 à Nouakchott

GV : Quelles pages Facebook, blogs et comptes Twitter suivre pour s'informer sur l'actualité mauritanienne ?

NW : Sur Facebook, la page du mouvement du 25 février, qui a accompagné les manifestations de février 2011, Mauritanie Demain, Touche pas à ma nationalité, qui proteste contre les discriminations ethniques qui ont eu lieu lors du recensement, le groupe privé Journal Facebook, qui compte plus de 10000 membres, le blog Takadoumi.com [en arabe et en français], sur Twitter, on peut suivre @Tahabib, qui est francophone, les deux blogueurs Ahmed Jiddou (@Ahmedj85)  et Mohamed Abdou (@Medabdou), Dedda Cheikh Brahim (@Dedda04) [principalement en arabe].

 

Humour contestataire mauritanien : "Le meilleur parfum pour hommes ces jours-ci est le lacrymo" – Photomontage sur la page Facebook Mauritanie Demain

GV : Comment définir les cyberactivistes mauritaniens par rapport aux autres mouvements en ligne du monde arabophone  ?
NW : Les jeunes Mauritaniens ont vu l'utilisation faite d'Internet ailleurs dans le monde arabe et essayent de se connecter, d'apprendre les techniques du cyberactivisme et de les partager. On voit de plus en plus de graphismes faits sur Photoshop, de bannières, de vidéos. La mutation du web mauritanien est clairement due aux révolutions arabes. On voit aussi de plus en plus de Mauritaniens sur Twitter :  c'est mon chantier personnel. Twitter est important, car c'est un média rapide et un réseau ouvert, contrairement à Facebook. Il permet de mettre en contact les Mauritaniens et les Africains, car on a aussi cette dimension là en Mauritanie : on regarde tout autant vers le monde arabe que vers l'Afrique sub-saharienne.

GV : le gouvernement a-t-il mis en place une surveillance ou censure ? 

NW : Nous avons eu le cas de Hanevy Ould Dahah arrêté et condamné à deux ans de prison à cause de son site, qui dérangeait. Pour la censure, ils ont essayé pendant une journée et ça n'a pas été efficace. Mais il est évident que de plus en plus,” ils” s'inquiètent.  Des compagnies de telecom soudanaises, marocaines, sont présentes, il est pas difficile d'imaginer un scénario où le gouvernement essayerait d'acheter le savoir-faire des cyber censeurs.

GV: depuis la révolution tunisienne, vous avez pu rencontrer à visage découvert les cyberactivistes  de tous les pays arabes. Quel est leur état d'esprit ? 

NW : Les cyberactivistes ont fait un travail exceptionnel, et je salue en particulier les Libyens et les Syriens, leur courage et leur ingéniosité incroyables, les Tunisiens, qui sont les maîtres  en la matière, et les amis du Bahreïn. On ressent à la fois une sensation de succès qui a mis un terme à une dépression générale, engendrée par la stagnation du monde arabe, par les régimes autoritaires boulonnés, avec le sentiment d'avoir fait quelque chose d'historique ; et une angoisse, car on se rend compte que la contre-révolution est en marche, et que la communauté internationale, qui a tellement loué les révolutions arabes, pourrait encore une fois s'accommoder de nouveaux pouvoirs qui ne seraient pas à la hauteur des espérances de notre époque. Mais malgré tout,  il y a un sens de fierté récupérée, car depuis septembre 2001, être arabe et musulman était un fardeau lourd à porter.  On a récupéré le respect de nous mêmes car on a fait quelque chose d'historique et on a pas de leçons à recevoir.

 

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