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Brésil: “Kilombos”, des histoires qui sillonnent trois continents

Quelques jours après la suspension par le gouvernement brésilien pour une durée de cinq mois du processus de réappropriation sollicitée par la Marine du Brésil des terres du Quilombo du Rio dos Macacos dans l'état de Bahia – une des plus ancienne communauté de descendants d'esclaves du Brésil, où vivent quelque 75 familles [en portugais, comme les liens suivants] -, de l'autre côté de l'Atlantique, à Lisbonne, se tenait au début du mois de mars, le séminaire international  “Tribulations des Quilombos: de l'Afrique au Brésil et le retour aux origines”. (NdT: Le Quilombo, était un village libre, établi au fin fond de forêts inaccessibles, où se réfugiaient les esclaves en fuite. Ils y ont survécu pendant des décennies, dans la clandestinité en développant des rapports communautaires particuliers. Avec la fin de l’esclavage en 1888, les Quilombos ont disparu, mais certains des descendants des quilombolas ont continué à occuper ces terrains et ce jusqu'à aujourd'hui. Les quilombolas sont donc, les habitants des Quilombos, les descendants des esclaves en fuite, aux Antilles on dit les “nègres marrons”)

Le documentaire Kilombos, réalisé par le journaliste portugais Paulo Nuno Vicente, qu'il décrit lui-même sur le site Buala comme “un tribut au Brésil Quilombola”, qui nous “transporte à travers la mémoire oral des racines africaines des communautés quilombolas, en les croisant avec le territoire de leurs manifestations culturelles contemporaines”, a été lancé à cette occasion.

O sentido de pertença a uma identidade extravasa a fronteira do medo. Ser quilombola é estar para lá do lugar. Uma imagem perdura para lá do que representa. «Kilombos» é uma tentativa de cartografia antropológica para os antagonismos do Brasil contemporâneo, metonímia oral do globalizante e do ancestral em fluxo.

Le sentiment d'appartenance à une identité dépasse les frontières de la peur. Être quilombola c'est être au-delà du lieu. Une image reste au-delà de ce qu'elle représente. «Kilombos» est une tentative de cartographie anthropologique pour les antagonismes du Brésil contemporain, métonymie orale du mondialisant et de l'ancestral en mouvement.
31,3% dos Escravos Africanos foram levados para o Brasil. Foto de Hollywoodsmille78 no Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

31,3% des esclaves africains furent envoyés au Brésil. Photo de Hollywoodsmille78 sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Le documentaire, tourné principalement dans l'état brésilien du Maranhão, mais aussi au Cap Vert et en Guinée-Bissau, fait partie intégrante d'un projet tri-annuel soutenu par l'ONG portugaise Instituto Marquês Vale de Flor (IMVF), en partenariat avec des  organisations locales:

A escolha destes três países reside no seu passado histórico comum. Os navios que transportavam a mão-de-obra escrava vinda da costa africana rumo ao Brasil fazia a sua primeira paragem em Cabo-Verde. Esta rota marítima, que ligou os três territórios há mais de quatro séculos, deixou marcas ainda hoje visíveis.

Estes navios não transportavam para o Brasil apenas homens e mulheres africanos, transportavam igualmente tradições, crenças e costumes, ainda hoje respeitados e praticados nos três países.

Le choix de ces trois pays réside dans leur passé historique commun. Les navires qui transportaient la main d’œuvre esclave venant de la côte africaine en direction du brésil, faisaient une première étape au Cap Vert. Cette route maritime, qui relia les trois territoires il y a plus de quatre siècles, a laissé des marques encore visibles aujourd'hui.

Ces navires ne transportaient pas seulement des hommes et des femmes africaines au Brésil, ils transportaient aussi des traditions, des croyances et des coutumes, toujours respectées et pratiquées aujourd'hui dans ces trois pays.

Depuis le peuplement du Cap Vert par les colons portugais, dans la seconde moitié du XVè siècle, les îles servaient de “plaque tournante au trafic négrier entre l'Afrique et l'Amérique”, raconte José Semedo, de Praia, en interview pour Kilombos.

“Selon les données de l'époque, la moitié des africains réduits en esclavage qui arrivèrent au  Maranhão entre 1774 et 1799 venaient de  Guinée-Bissau”, précise Eduardo Mello, du blog Jovens Diplomatas (Jeunes diplomates), dans un texte où il livre ses impressions sur le retour des Quilombolas à leurs origines, à Cacheu, trois siècle plus tard, retour organisé par le projet de l'IMVF.

Quilombo Santa Joana - entrevista a João Baptista. Imagem capturada do documentário Kilombos.

Quilombo Santa Joana – interview de João Baptista. Image du documentaire Kilombos.

“Nous avons vécu et subi l'holocauste noir”, dit Mello à propos de la commémoration de Cacheu,  où a été présentée une reconstitution du trafic des esclaves au XVIIe siècle, jouée par les descendants des esclaves africains eux-mêmes, membres des communautés Quilombolas du Maranhão – “dans l'horreur du navire, prêts à transfigurer l'Amérique et le Brésil, ils chantaient. Ils pleuraient”:

Perto da sagrada Floresta de Cobiana, uma multidão celebra o reencontro com os retornados, que a cada frase, receita, som ou expressão, redescobrem origens e destinos. Hoje, a cidade está decorada com instrumentos musicais, artesanato, frutas, e histórias em comum. O cuxá, prato maranhense, é idêntico ao “baguitche” guineense – mas a etnia mandinga sempre chamou de cuxá mesmo.

A noite começa a banhar em prata o caudaloso Rio Cacheu. As apresentações das etnias guineenses misturam-se às dos quilombolas brasileiros, à voz de Eneida Marta, e aos discursos. (…)

Os grupos cantam, dançam, sobem em árvores, celebram o estranhamento de parentes separados pelos séculos. A matriz é guineense, mas muito mudou: nosso canto não é da e pra terra, é de procissão; o compasso marcado de cada etnia mestiçou-se, no Brasil, com a percussão de inúmeros outros povos do continente africano, no caldeirão dos entrudos (ou “N’tturudu”, como se diz aqui).

En lisière de la forêt sacrée de Cobiana, une multitude célèbre la rencontre avec ceux qui reviennent, et qui, à chaque phrase, chaque recette, chaque son ou expression, redécouvrent leurs origines et leurs destins. Aujourd'hui, la ville est décorée d'instruments de musique, d'objets d'artisanat, de fruits, et d'histoires en commun. Le cuxá, plat maranhense (NdT: du Maranhão), est identique au “baguitche” guinéen – mais l'ethnie Mandingue l'a toujours appelé cuxá.

La nuit commence à baigner d'argent le Rio Cacheu en crue. Les représentations des ethnies guinéennes se mélangent à celles des quilombolas brésiliens, à la voix d'Eneida Marta, et aux discours. (…)

Les groupes chantent, dansent, montent aux arbres, célèbrent l'étrangéité de parents séparés par les siècles. L'origine est guinéenne, mais beaucoup de choses ont changé : notre chant n'est pas de et pour la terre, c'est un chant de procession ; le rythme, marque de chaque ethnie s'est métissé, au Brésil, de la percussion d'innombrables autres peuples du continent africain, dans la marmite des entrudos (ou “N’tturudu”, comme on dit ici).

“L'histoire Quilombola parle de liberté et de dignité”

Captura de imagem do documentário Kilombos.

Image du documentaire Kilombos.

Comme le dit Mello, “beaucoup de choses ont changé” dans l'identité de cette culture qui, selon les mots du réalisateur de Kilombos, “franchissent les frontières et rapprochent les continents”. Cependant, et revenant au Quilombo Rio dos Macacos mentionné en introduction de cet article, les luttes actuelles des Quilombolas ont démontré qu'il existe aussi une certaine continuité dans la violation des droits de l'homme pour ces communautés, tel que celui du droit à la terre. Alan Tygel, du magazine  Vírus Planetário, fait le parallèle historique (NdT: entre la situation au temps de l'esclavage et la situation comme elle est aujourd'hui: bien peu différente), et parle des “pratiques modernes” en une invitation au voyage entre temps et territoires:

O sol já vai se pondo, e os escravos aproveitam o fim de tarde na senzala para descansar da jornada extenuante. O trabalho no engenho de cana é duro. Açoitados, acorrentados, longe da terra natal, separados de suas famílias, os negros ainda assim jogam capoeira e cultuam seus orixás. Nesse mesmo dia, houve duas fugas na fazenda: Zé Preto tentou sair por trás das amendoeiras de baixo. Almeida, o capitão-do-mato, não teve muita dificuldade: o negro não tinha mais forças, fugiu por desespero. As chibatadas que levou ali mesmo, no mato, foram suficientes para encerrar seu sofrimento e levá-lo para a outra vida. Gangá não teve a mesma sorte: foi para o tronco, e deve ficar lá por dias. Para todo mundo saber o que acontece com escravo fujão.

Num lugar não muito distante dali, cerca de 300 anos depois, a situação não mudou muito. Para os moradores do Quilombo Rio dos Macacos, foi como se a escravidão tivesse acabado e depois voltado. Alguns ainda possuem fotos de seus bisavós vestidos com trapos trabalhando na fazenda. Os mais idosos se lembram do jongo, da capoeira e do samba-de-roda na comunidade. Da época em que eram felizes, na sua roça, com seu pescado, sua dança e sua religião. Há cerca de 30 anos, voltaram a ser cativos.

Le soleil va bientôt se coucher, et les esclaves profitent de cette fin d'après-midi à la senzala (la maison des esclaves) pour se reposer de cette journée exténuante. Le travail est dur dans une plantation de canne. Meurtris, enchaînés, loin de leur terre natale, séparés de leurs familles, les Noirs trouvent tout de même la force de jouer à la capoeira et de rendre hommage à leur orixás (les divinités). Ce même jour, il y eut deux tentatives de fuite: Zé Preto a essayé de sortir en passant derrière les amandiers d'en bas. Almeida, le capitão-do-mato (celui qui surveillait et, au besoin partait à la recherche des esclaves en fuite, d'où son nom: “capitaine des bois”), n'eut pas beaucoup de difficultés pour le retrouver : le nègre n'avait plus de force, il s'était enfui par désespoir. Les coups de bâton qu'il prit sur place, dans la forêt, furent suffisants pour en finir avec ses souffrances et l'emporter vers une autre vie. Gangá n'eut pas la même chance : il fut mis au pilori, et doit rester là pour quelques jours. Pour que chacun sache ce qui arrive à l'esclave fugueur.

En un lieu pas très distant de celui-ci, quelques 300 ans plus tard, la situation n'a guère changé. Pour les habitants du Quilombo Rio dos Macacos, ce fut comme si l'esclavage avait été aboli puis était revenu. Ils possèdent encore des photos de leurs arrières-grands-parents vêtus de hardes travaillant à la fazenda (la ferme). Les plus anciens se souviennent du jongo (une danse, calquée sur la capoeira mais sans lutte), de la capoeira, et de la ronde de samba qui l'accompagne, dans la communauté. De l'époque où ils étaient heureux, dans leurs plantations, avec leur pêche, leur danse et leur religion. Il y a de cela 30 ans, ils sont redevenus captifs.

Une pétition pour le maintien de la jouissance du terrain et pour l'officialisation par un titre de propriété du Quilombo Rio dos Macacos est toujours en circulation. Elle a obtenu pour l'instant, la garantie qu'il n'y aura pas d'expulsion pendant les quatre mois à venir, période pendant laquelle l’Incra (Institut National de Colonisation et Réforme Agraire) doit conclure un rapport technique d'identification et de délimitation ayant pour but de déterminer depuis combien de temps la terre est occupée.

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