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Nigeria : Fureur contre la démolition par l'administration locale du bidonville de Makoko à Lagos

[Les liens sont en anglais] Ce serait le comble de l'ironie que les Nigérians protestent contre la démolition d'un bidonville — après tout, la marque du ‘développement’ apprécié de tous est bien le remplacement de ces agglomérations lépreuses par des habitats plus dignes. Pour Makoko, nul ne prétend disputer avec l'administration locale de Lagos du  ‘pourquoi’ de la destruction ; là où le bât blesse, c'est le ‘comment’. Telle est la raison du charivari qui a secoué les plate-formes de médias sociaux au Nigeria.

Makoko (crédit photo : Communityimpactng.wordpress.com)

Les habitants des cabanes (taudis) de Makoko ont découvert à leur réveil le 12 juillet un court préavis de l'administration de l'état de Lagos :

“Vous avez continué à occuper et ajouter des cabanes et des structures insalubres sur le front de mer sans droit, constituant ainsi une nuisance environnementale, des risques de sécurité, des obstacles à l'utilisation économique et lucrative du front de mer telles que la navigation, les divertissements, les loisirs etc.

“L'administration de l'état est désireuse de restaurer l'agrément du front de mer, protéger les vies et les biens, promouvoir les activités économiques légitimes sur le front de mer, restaurer la sécurité, améliorer l'adduction d'eau et embellir le front de mer et le rivage pour mettre en évidence le statut de mégalopole de l'état de Lagos et a décidé de dégager toute construction illégale et non autorisée sur son bord de mer et ses plans d'eau.

“Pour ces motifs, préavis vous est donné par la présente de vider et enlever toutes constructions illégales le long du Front de Mer de Makoko/Iwaya dans les 72 heures à compter de la réception de cet avis.”

La manière dont les autorités s'y sont prises pour la démolition du bidonville a aussi rappelé de nombreuses heures noires de la dictature militaire au Nigeria. L'époque où l'usage de la force était légitime et où les autorités ne cherchaient le consentement de personne avant d'agir, terminant habituellement les déclarations par la formule “avec effet immédiat”. Yimiton raconte :

Un certain nombre de militaires, policiers et agents d'autres organes paramilitaires, ont envahi lundi la zone de front de mer de Makoko (Ilaje) de Lagos, démolissant maisons et cabanes. Plus de 2.500 personnes, surtout des pêcheurs et leurs familles ont été rendues sans-abri. C'était le chaos avec les gens courant en tous sens pour ne pas se faire tirer dessus par les soldats et les policiers armés. Des habitants interrogés se sont plaints que l'expulsion allait transformer leur mode de vie et bouleverser leur gagne-pain. Ils se demandaient où l'administration pense les voir aller. Au moment de publier cet article, on ignore encore si on une relocalisation des habitants déplacés a été prévue par le gouvernement de l'état de Lagos.

Les réactions des twittos ont dénoncé l'inhumanité  de cette offensive immobilière d'une administration sans visage :

@tejucole: Les conditions de vie à Makoko étaient exécrables, mais il est tout aussi exécrable d'être réveillés par les armes à feu, les bulldozers, la violence, et la privation subite de logement.

@xeenarh:  #Makoko est un village à Lagos sous le 3e pont du continent. Les résidents y vivent depuis 107 ans, aujourd'hui Fashola les expulse

@segundemuren: J'ai grandi sur le domaine d'Oyadiran, à Sabo, Yaba & je fréquentais Makoko. C'est une communauté entreprenante avec son dynamisme.

Qui va soutenir la cause des déplacés ?

@abdulahiaborode: Personnellement je n'aime pas le niveau de vie de #Makoko j'ai parlé plusieurs fois de la démolition mais ne pas leur donner d'hébergement est inhumain.

@MrSleevesUp Etat de #Lagos : avant de démolir les logements des pauvres à Makoko, démolissez ceux des riches à VI (Victoria Island) et Ikoyi sur le canal de drainage. Les pauvres sont toujours une cible facile !

@AfricaHand: Et où sont allés les gens ? Construire un autre bidonville …

@dreeee1: Démolissez Makoko, ne laissez pas le choix et étonnez-vous si votre fille ou votre femme se font voler à VI. Oyinbo ils les appellent – Effet Domino.

@Bantucrew: Makoko saga: I beg make unna help us remind Fashola say Housing Na Human Right.

Ayez la gentillesse de nous aider à rappeler à Fashola (gouverneur de l'Etat de Lagos) que le logement est un droit humain

Le monde numérique amplifie les voix offline des victimes :

‏@AfricasaCountry: “J'ai 33 ans & suis né à #Makoko & ai vécu là toute ma vie. Ils ont envahi nos maisons et détruit nos affaires. Où allons-nous dormir à présent ?”

@chineduozordi: Après que sa cabane à Makoko a été détruite par les autorités, Janet et ses 3 enfants ont simplement déménagé dans leur barque amarrée sous le 3MB (Troisième pont du continent)

Le blog d'Alashock résume ainsi les sentiments dominants de la majorité des Nigérians :

La démolition est absurde et triste, si seulement le gouvernement de l'état de Lagos pouvait reloger ces personnes déplacées avant de procéder à la démolition… Et les enfants scolarisés ? Et les familles arrivées à l'âge adulte sans avoir connu d'autre endroit que Makoko comme foyer ?

Les vies des gens ne devraient pas être une simple marchandise stockée puis dispersée à volonté ou comme il plaît à l'administration, qui doit normalement pourvoir aux besoins de ses administrés, y compris le logement…

Nous ne disons pas que Makoko ne doit pas être démoli quelle que soit la(les) raison(s), mais dites où sont les plans de réintégration pour ces sans-abris par milliers ? Les gens de Makoko ont été traités avec psychologie. Ils ont du sang et de l'eau qui coulent en eux… Ce sont des êtres humains… même des animaux ne devraient pas être traités ainsi. Un niveau d'irresponsabilité et de perversité envers des vies qu'aucun homme ne pourrait créer…

Mais tout espoir n'est pas perdu pour les victimes de Makoko, puisque l'esprit nigérian bien connu de secours aux malheureux s'est une fois de plus montré à la hauteur du défi :

‏@eggheader: Cc @xeenarh RT @NosakhareR: lancement d'une campagne pour la mise à disposition d'une relocalisation alternative pour #Makoko rejoignez-moi @abraham_kure @gbengasesan

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