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Angola, Luanda : Le Théâtre Elinga, de la gloire à la disparition

Le rideau se lève pour un voyage dans le monde du théâtre et on échappe à la réalité,  on ouvre les portes d'un monde onirique où l'inattendu devient la toile de fond. Pendant 24 ans, le Théâtre Elinga, à Luanda, a ouvert ses portes à ce rêve et a permis à des milliers de personnes de vivre intensément  la magie du théâtre. Son ouverture est souvent confondue avec la naissance du théâtre en Angola.

Considéré comme l'un des uniques espaces dédiés au théâtre, il a toujours tenu ses portes ouvertes pour la promotion et le développement du théâtre et de l'imagination. Le rideau tombera définitivement, le théâtre et d'autres bâtiments historiques situés autour de lui vont bientôt disparaître pour laisser leurs places à la modernisation.

Sur un article pour le journal Le Monde, le journaliste Christophe Châtelot écrit :

Ce haut lieu de la culture angolaise va en effet bientôt disparaître, ainsi que des maisons anciennes du centre-ville de la capitale angolaise. Les gratte-ciel, eux, poussent comme des champignons et délogent vers les faubourgs, à coup de bulldozers sauvages et de matraques policières, les musseques, ces favelas angolaises sans eau ni électricité dans lesquelles s'entassent la plupart des quelques 6 à 7 millions d'habitants de Luanda.”

Elinga Teatro, foto de Stef Meaow publicada no site Buala sob uma licença CC (BY-NC-SA)

Théâtre Elinga, photo de Stef Meaow publiée sur le site de Buala sous licence CC (BY-NC-SA)

Le bâtiment construit au 19ème siècle est le symbole « vivant » du passage des Portugais à travers les terres angolaises, et est arrivé à être considéré comme monument historique par le ministère de la Culture angolais. Toutefois, en avril de cette année, le théâtre a perdu ce statut pour laisser son place au projet immobilier Elipark, qui comprendra un parking, des bureaux et un hôtel.

Les menaces de démolition du bâtiment qui abrite le théâtre ont entraîné des réactions négatives sur les réseaux sociaux. Le journaliste Reginaldo Silva [en portugais] sur son blog “Morro da Maianga” (en portugais) a souligné :

Une vieille bataille du “gang de béton armé ” qui est sur le point d'être gagnée. Un décret de la Ministre de la Culture  revient sur sa parole en disant qu'il n'y a plus d’histoire dans ce bâtiment. Ce genre d'histoire a pris fin là-bas…Maintenant, c’est une autre histoire. À ce rythme (…) le centre-ville historique de Luanda va disparaître complètement d'ici à 20 ans ou moins. J'espère être encore en vie pour éteindre la lumière et fermer la porte.

Foto partilhada na página de Facebook do Elinga Teatro.

Photo du Théâtre Elinga partagé sur sa page Facebook.

L'un des fondateurs du Théâtre Elinga, l'acteur Orlando Sérgio (en portugais), a dit (en portugais) au Jornal Publico (en portugais) :

“Le bâtiment et son histoire donne une particularité unique au centre-ville historique de la ville, donc, à un moment donné, Luanda  ressemblera à des nombreuses autres villes”.

Le metteur en scène et dramaturge José Mena Abrantes, dans une note sur Facebook, raconte l'histoire et la trajectoire du groupe Elinga-Teatro (en portugais) :

Le groupe Elinga Teatro (‘Elinga’, mot d’origine umbundu, signifie de l’action, de l’initiative, de l'exercice) a été créée le 21 mai 1988. Sa trajectoire, cependant, a commencé avec le groupe Tchinganje (1975/76), se poursuivant par le Xilenga-Teatro (1977/80) et le groupe de théâtre de la faculté de médecine de Luanda (1984/87).

Commune à l'ensemble de ces groupes, il y a toujours la présence du même directeur artistique, la participation active d’un noyau d’acteurs (…) et surtout un projet de théâtre unique, pour préserver et promouvoir la culture angolaise à tous les niveaux, y compris par un traitement  moderne de ses valeurs traditionnelles et la diffusion d’un répertoire théâtral universel.

Partant d'une proposition très active du point de vue politique, le théâtre a été utilisé principalement en tant qu’instrument de mobilisation et de sensibilisation populaire (Tchinganje), ensuite par une phase où l'accent a commencé à être mis sur une fonction d'expression plus élaborée (Xilenga et le groupe de l'école de médecine), jusqu'à la phase actuelle, sur laquelle la recherche de nouveaux langages et l'expérimentation sont devenus dominants (Elinga).

Le groupe Elinga, qui a une réputation internationale, a joué ses spectacles et pièces de théâtre dans 8 pays, tels que Mozambique, São Tomé, Espagne et Portugal. Rien ne faisait prévoir que le théâtre et, en conséquence, le centre culturel où ont eu lieu de nombreux événements liés à l'art et à la culture, devaient disparaître.

En 2009, les membres du théâtre avait déjà reçu un ordre d'expulsion de la Direction provinciale du logement, stipulant que le contrat de location de l'espace était résilié. A cette époque, les projets de modernisation de Luanda étaient lancés, ainsi que la construction d’un hôtel cinq étoiles.

Installé dans une « vieille maison » nécéssitant toujours des réparations, le vieux bâtiment et le patrimoine culturel du peuple angolais avait également un espace réservé aux arts plastiques, aux concerts de musique et à la danse. De nombreuses spectacles ont eu lieu dans l'Elinga, des pièces dont on se souviendra pour toujours, comme “O armário e a cama” (en portugais), une comédie autour des fautes commises commises en l'amour et en amitié.

Actuellement, on ne sait pas quelle sera la nouvelle adresse du Théâtre Elinga et l’ adieu à la magie du théâtre semble toujours plus proche.

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