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Cafè amb Llet : condamnés pour avoir posé des questions qui dérangent

Ce billet est la suite de l’affaire traitée dans Catalogne : deux journalistes dénoncent la corruption et se retrouvent sur le banc des accusés.
Affiche de soutien aux éditeurs de la revue Cafè amb Llet pour leur procès.

Affiche de soutien aux éditeurs de la revue Cafè amb Llet pour leur procès.

Le 23 octobre 2012, le tribunal de première instance de Barcelone a condamné Marta Sibina et Albano Dante, éditeurs de la revue régionale Cafè amb Llet [catalan] à indemniser à hauteur de 10 000 euros Josep Maria Via [ca], président du Parc de Salut de Barcelone et conseiller du président catalan Artur Mas en matière de santé.
La magistrate, Mari Millán Gisbert, considère que la vidéo publiée sur YouTube le 26 février dernier, intitulée El major robatori de la història de Catalunya [« Le plus grand vol de l’histoire de la Catalogne »], dans laquelle les deux accusés dénonçent le manque de transparence du financement du système de santé publique, est une atteinte à l’honneur de M. Via. Pourtant, les informations communiquées dans la vidéo en question n’ont pas été recusées, bien au contraire. Depuis sa publication au mois de février, plusieurs personnes citées dans la vidéo, telles que Ramon Bagó [es], Carles Manté [es] ou Josep Prats [es], sont accusées de délit de corruption en relation avec la gestion de la santé publique. Le jugement oblige également les deux accusés à retirer la vidéo incriminée, mais les éditeurs de Cafè amb Llet ont d’ores et déjà annoncé qu’ils en réaliseraient une autre pour continuer à diffuser les informations rassemblées durant deux ans d’investigation et à poser les questions qui en découlent, aussi dérangeantes soient-elles.
Les éditeurs ont réagi à la condamnation dans une nouvelle vidéo où Marta Sibina, infirmière en chirurgie, explique comment ils prennent le jugement. La somme qui leur est réclamée met en péril la survie de la revue Café amb Llet, mais surtout d’une famille, puisque les deux éditeurs sont mariés.
Voici une transcription d’une partie de cette vidéo (les liens ont été ajoutés par l’auteur de ce billet) :
Dans la vidéo, nous dénoncions divers cas d’opacité liés à la gestion de la santé publique catalane qui impliquaient des hautes personnalités de CiU [Convergencia i Unio, parti au pouvoir en Catalogne] et de puissants entrepreneurs liés au parti. Nous dénoncions que les hôpitaux de Blanes et de Calella dissimulent, entre autres, où est passé le million et demi d’euros publics dépensé en rapports. Nous dénoncions que Ramon Bagó s’est vu attribuer des contrats de plusieurs millions, via ses entreprises privées, par l’entité publique qu’il dirigeait. Nous dénoncions qu’il est impossible de connaître la destination des 424 000 euros dépensé en 5 ans dans la catégorie « dépenses de protocole et de représentation ».
Quelques semaines après la publication de la vidéo, nous avons reçu une missive du tribunal, nous informant qu’un conseiller du président catalan, M. Josep Maria Via, nous accusait de diffamation. Selon lui, la vidéo est une atteinte à son honneur, car le titre comporte le mot robatori [« vol »] et il se défend d’avoir commis un vol.
Nous avons été surpris que ce soit lui qui nous traine en justice. N’importe quelle personne qui regarde la vidéo peut voir que M. Via n’est accusé d’aucun délit, il est cité comme auteur d’un article [es] publié dans El País. Nous n’aurions pas été surpris de recevoir une accusation d’autres personnes citées dans la vidéo, puisqu’il est vrai que celle-ci remet en question les agissements de plusieurs personnalités quant à la gestion de l’argent public.
Avec le temps, nous avons compris pourquoi les autres avaient gardé le silence : tous sont impliqués dans des affaires plus importantes que ce que nous pouvions imaginer.
Dans notre vidéo, nous nous intéressions aux contrats que les hôpitaux de Blanes avaient attribués à Ramon Bagó. Aujourd’hui nous n’avons aucune réponse, tant la direction des établissements comme les autorités de la région dissimulent les informations. Mais, il y a deux semaines, une enquête [es] a confirmé que Ramon Bagó, ancien haut dirigeant de CiU et Creu Sant Jordi, avaient reçu 12 millions d’euros de la santé publique de manière illégale. Une somme touchée par les entreprises de M. Bagó en violation de diverses lois.
La vidéo pour laquelle nous sommes condamnés faisait état de plusieurs rapports ayant coûté 1,5 million d’euros aux hôpitaux de Blanes et de Calella, des rapports que personne n’a vu. La semaine dernière, celui qui jusqu’à il y a quatre mois présidait ces hôpitaux, a été accusé d’avoir touché 700 000 euros en rapports pour la ville de Reus, des rapports encore une fois introuvables. Cette personne, répondant au nom de Carles Manté [es] était gérent de l’Insitut catalan de la santé (ICS). Quand il a quitté ce poste au sein du système de santé publique, il a monté une société de consultation sanitaire. Après à peine 8 jours, il recevait ses premiers contrats qui, en à peine 4 ans, lui ont rapporté 700 000 euros. Dans le cadre de ses affaires, est également accusé Josep Prat [es], qui a demissioné de la présidence de l’ICS il y a quelques jours suite à divers scandales découverts et dénoncés par le seul conseiller du parti Candidatura d'Unitat Popular à Reus, David Vida.
Dans la vidéo, nous nous interrogions sur le salaire de Núria Constans, directrice des hôpitaux de Blanes et Calella. Un mois après, nous avons appris qu’elle était impliquée dans les irrégularités ayant causé la perte de 2,7 millions d’euros à ces établissements.
Ce n’est pas nous qui le disons. Un rapport de la Sindicatura de Comptes [organe responsable de surveiller les dépenses et le budget] chargé de réviser les comptes de ces hôpitaux indique de graves confusions. Parmi les responsables des irrégularités constatées, se trouve notamment M. Xavier Crespo, ex-maire de Lloret de Mar. Selon le rapport réalisé par des membres de la Generalitat, Xavier Crespo et sa femme ont reçu 209 000 euros de manière illégale. Le rapport explique, par exemple, comment Xavier Crespo a payé ses cotisation du Club d’Hoquei Patins Lloret avec de l’argent provenant de la santé publique ou que cet homme politique a acheté pour 77 000 euros une consultation publique qui avait coûté 154 000 aux citoyens.
Tout cela ne date pas d’hier, mais a été découvert il y a peu car le CiU et le PSC [parti socialiste catalan] avait passé un pacte afin de s’assurer que ce rapport ne soit pas publié. Quand nous avons découvert son existence, les possibles délits qu’il pouvait prouver étaient déjà prescrits. Aujourd’hui, Xavier Crespo est numéro 4 de listes électorales de la commune de Gérone. Il semble donc qu’il sera à nouveau député.
Sachant tout cela, il n’est pas surprenant que ni Ramon Bagó, ni Carles Manté, ni les dirigeants des hôpitaux de Blanes et de Calella n’aient porté plainte. Voilà pourquoi est intervenu le conseiller du président catalan, M. Via. Celui-ci était jusqu’il y a peu, membre du conseil d’administration du Consorci Hospitalari de Catalunya avec Ramón Bago, l’une des institutions impliquées dans l’attribution irrégulière de contrats, à hauteur de 12 millions d’euros, aux entreprises de M. Bagó.
Josep Maria Via a également collaboré au sein de diverses sociétés avec Josep Prat, actuellement accusé d’avoir présumément payé 700 000 euros à Carles Manté de façon irrégulière. Alors, M. Via tente-il de défendre son honneur ou de défendre l’opacité et les affaires peu transparentes de son entourage ?
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, nous avons été condamnés à payer 10 000 euros. Une chose est claire : cela fait deux ans que nous publions des informations sur le manque de transparence de notre système de santé, nous avons publié des vidéos, des articles et même fait une BD et personne, je répète, personne, n’a pu démontrer qu’aucune de nos informations était incorrecte.
Ironie du sort, les 10 000 euros que nous devons payer, n’irons pas à M. Via. En effet, celui-ci est très solidaire : il les offre à une institution sanitaire, les hôpitaux de Blanes et Calella.
Cette condamnation de 10 000 euros est un coup dur pour une revue comme la nôtre, qui ne compte que deux employés et vit exclusivement de la publicité des commerces de la région. Cafè amb Llet ne reçoit pas de millions en subventions de la Generalitat, ni de contrats payé avec l’argent public.
Pourtant, que ce soit dit clairement, pas question de nous taire, pas question de faire un pas en arrière, nous continuerons à dénoncer l’opacité, l’impunité et le manque de transparence de notre système de santé.
Nous ne renoncerons pas avant de savoir où passe chaque euro provenant de l’argent public. Parce que pendant qu’ils tentent de dissimuler où passe notre argent, les patients voient les listes d’attentes s’allonger, souffrent du manque de médecins et doivent maintenant mettre la main au porte-monnaie pour chaque ordonnance.
Sur Twitter, le mot-clic #MésCafèAmbLlet [« Plus de Cafè amb Llet »], qui recueillent depuis quelques mois les signes de soutien aux deux éditeurs, a rencontré un nouveau souffle et d’autres sont apparus, tels que #volemlesdades [ « nous voulons les données »] ou #BoomerangCafèAmbLlet. Voici un exemple de quelques tweets liés à l’affaire :
@Nitsuga000 La censure est l’unique défense des coupables. Nous avons besoin de #mescaféambllet, ils sont un exemple de tenacité et de dignité. http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=wNNawj7MMVo#
@a_llado Trop grave pour être tu. Avec @_cafeambllet et @marta_sibina. Je l’écris haut et fort : Nous sommes dégoutés http://diarimaresme.com/2012/el-que-tenim-es-fastic/ … Courage !
@paullonch Si tu falsifies des factures et détournes de l’argent public, on te met sur les listes de CiU. Si tu dénonces ces agissements, on te condamne à 10 000 euros @_cafeambllet #CiuFacts
@PeopleWitness La condamnation de @_cafeambllet a un nom : CENSURE. Diffusons la vidéo que CiU ne veut pas que nous voyions http://www.youtube.com/watch?v=1VNLMY40MkU … #MesCafeAmbLlet
@Fisiofan Nous voulons #méscafeambllet ! Nous voulons de la transparence et une presse digne. Nous voulons la justice sociale. Nous voulons #absoluciócafeambllet !
@Laiaortiz Nous devons aider “@_cafeambllet: VÍDEO: Ils nous ont condamnés :-( http://youtu.be/wNNawj7MMVo“, diffusons-la et récoltons 10 000 € entre tous. Courage !
@AdaColau @_cafeambllet Nous avons plus que jamais besoin de vous, dites comment nous pouvons vous aider. #Catalunya ne sera jamais libre avec une classe dirigeante corrompue.
@Sonia_Farre #CorrupCiU Condamnez @_cafeambllet et @marta_sibina, ce que vous obtiendrez c’est que cela se retourne contre vous ! #BoomerangCafeambllet

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