Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Inde : Une troupe de théâtre de rue à but social

Dix ans après le collège, quand un groupe d'amis partageant la même passion pour le théâtre décidèrent de collaborer et de monter une pièce à l'occasion d'un festival de théâtre communautaire, une étincelle s'alluma. Le 23 janvier 2011, leur première performance en tant que troupe de théâtre indépendante vit la naissance de Aatish (qui signifie ‘feu’ ou ‘feu d'artifice') – une troupe de théâtre ”visant à prêter sa voix aux sujets qui sont souvent marginalisés”.

La troupe Aatish basée à Delhi est plus célèbre pour son théâtre de rue, alors qu'ils organisent aussi des ateliers avec des publics marginalisés, défavorisés. Leur page Facebook explique ainsi la raison d'être de la troupe :

Issus de ceux qui croient fermement qu'exprimer ses croyances est crucial, nous sommes tous des acteurs de théâtre. Nous croyons que le changement est la responsabilité de chacun et de tous, et quiconque veut le voir doit pour cela apporter sa contribution.

[...] Nous croyons en l'expression et la mise sur le devant de la scène non seulement de nos opinions, mais aussi des différentes questions qui minent notre société en général, et des quelques pas qui peuvent mener à de plus efficaces et de meilleures solutions.

À ce jour, la troupe a écrit et joué des pièces dans la rue qui traitent de sujets tels que l'émancipation des femmes, le travail des enfants, l'éducation des enfants, l'utilisation de l'énergie solaire, la nécessité de voter, l'étude de l'état de la démocratie, l'anti-sédition etc. Ils collaborent avec des organisations locales à but non lucratif et conduisent des ateliers à Delhi ainsi que dans des zones rurales – sensibilisant à des questions telles que l'hygiène menstruelle et les soins post-natals. La troupe organise aussi des ateliers avec des enfants, souvent parmi ceux qui vivent dans des foyers gérés par des ONG, où non seulement ils encouragent les enfants à faire du théâtre et à apprendre à jouer mais aussi à aborder des sujets sérieux tel que les abus envers les enfants.

Aatish joue une pièce sur les soins post-natals dans un village du Nord de l'Inde. Image de Ravi Kant, tirée de la Page Facebook de la troupe. Avec son autorisation.

Global Voices a contacté Ankita Anand, membre fondateur de la troupe, et lui a demandé par email de parler plus en détail d'Aatish. Voici un extrait de l'interview :

GV : Qu'est-ce qui a incité Aatish à mettre l'accent sur des questions sociales et le théâtre de rue ?

Ankita : Nous trouvions que le théâtre de rue n'était pas assez présent à l'heure actuelle. Dans différentes campagnes et luttes, les activistes font un travail énorme et quand ils tentent de sensibiliser les gens à leurs causes qui, souvent, ne sont pas mises en lumière ou sont mal restituées par les grands médias, ils sont confrontés à des obstacles. Nous avons pensé à l'utiliser (le théâtre de rue) car les impressions visuelles sont fortes.

Nous voulions mêler avec créativité notre colère et notre frustration à ce qui a lieu dans l'État indien à l'insu de beaucoup de gens qui en ont assez des faux espoirs et de l'image d'une Inde incroyable. L'idée n'est pas de prophétiser l'apocalypse mais pour nous tous de se redresser, de constater et d'agir. Le fait que nous jouions ces pièces de théâtre sans accessoires, lumières ou décors – en transformant nos simples corps et des espaces physiques comme des coins de rues en quelque chose de moins habituel – est notre manière d'affirmer que la routine quotidienne, apparemment banale, possède un immense potentiel et ne devrait pas être ignorée ou rejetée en attendant que quelque chose d'extraordinaire survienne et transforme nos vies.

Nous voulons aussi briser le mythe selon lequel le théâtre de rue ne peut pas être utilisé pour traiter des nuances ou subtilités d'un  sujet  complexe. Nous avons joué des pièces sur des sujets comme la sédition et les stéréotypes associés à la maternité et avons engagé des discussions avec notre public. Nous voulons également que le théâtre ne soit pas confiné aux grands auditoires mais atteigne une bien plus large audience.

L'Équipe d'Aatish engage la discussion avec un public rural après une représentation. Image de Ravi Kant, tirée de la Page Facebook de la troupe. Avec son autorisation.

GV : Comment choisissez-vous où jouer ces représentations ? Travaillez-vous avec d'autres ONG  ? Comment choisissez-vous vos thèmes ?

 Ankita : À ce jour, nos représentations ont été réalisées en collaboration avec d'autres organisations hôtes. Nous sommes invités par des organisations travaillant sur des questions particulières pour jouer des pièces autour de ces thèmes. Si leurs suggestions et idées sont importantes pour nous, c'est nous qui gérons l'écriture et la réalisation et prenons les décisions concernant le contenu final et la présentation.

 Nous choisissons de consacrer nos représentations à des sujets qui nous tiennent à cœur qui sont souvent passés sous silence mais à propos desquels nous voulons prendre position, dans un modeste effort de prêter notre voix à une cause qui en a le plus besoin.

 GV : Quel genre de réaction/prise de conscience/changement espérez-vous de la part du public ?

Ankita : Nous espérons voir deux genres de changements. Premièrement, nous voulons qu'il y ait une motivation pour agir sur ces questions représentées. Deuxièmement, le théâtre devrait être vu comme quelque chose de créatif mais aussi de réalisable et d'accessible. Ainsi nous voulons que de plus en plus de gens commencent à développer leur propre style de théâtre et à l'utiliser pour une amélioration à la fois individuelle et sociale.

Une pièce de théâtre d'Aatish exhortant les gens à être des citoyens responsables et à exprimer leur opinion. Photo de Richa Chaturvedi, extraite de la Page Facebook de la troupe. Avec son autorisation.

GV : Actuellement, quels sont les plus grands défis auxquels est confrontée Aatish ? Avez-vous des solutions pour les surmonter ?

Ankita : Les défis auxquels nous sommes confrontés sont les mêmes que pour tous les groupes de bénévoles. La troupe a des membres travaillant à temps complet. Nous devons passer beaucoup de temps à décider du lieu et de l'horaire d'une répétition car nous devons prendre en compte les contraintes de chacun. Nous n'avons pas de lieu de répétition permanent.

En tant que personnes travaillant à temps complet, nous réalisons combien il est difficile de s'investir dans d'autres activités. Mais nous savons aussi que c'est possible et que les récompenses sont riches. Aatish n'est pas un simple loisir pour nous. Et ce n'est pas non plus une simple troupe de théâtre. C'est une manifestation collective de ce que nous désirons faire individuellement, une manière de convertir nos pensées en actions. Nous pensons que si nous avons tous besoin de gagner notre vie, cela ne devrait pas nous empêcher de vivre.

GV : Vers où voyez-vous Aatish avancer ?

Ankita : Si notre théâtre de rue nous tient vraiment à cœur, nous voulons aussi pousser les limites de l'expression et de la narration, et expérimenter de nouvelles formes d'expression. Nous n'avons joué qu'une pièce sur scène pour le moment mais d'autres idées attendent. Nous voulons seulement que de telles pièces reflètent nos opinions politiques et qu'elles soient réalisées d'une manière qui permette aussi de les jouer facilement dans des espaces ouverts.

La section commentaires est fermée