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Une journaliste soudanaise victime de tortures raconte

Les attaques contre les journalistes et les militants des droits humains semblent s'être intensifiées ces derniers temps au Soudan comme en témoigne l'enlèvement et la torture d'une journaliste par le service national de la sûreté et des renseignements du Soudan (NISS), le tristement célèbre appareil de sécurité soudanais. Sumaya Ismail Hundosa, 34, a été enlevée près de sa maison le 29 octobre 2012, elle a été retrouvée dans une fosse de boue dans une zone à l'écart de Khartoum cinq jours plus tard, le 2 novembre.

La journaliste a été torturée pour avoir écrit des articles critiquant le président Omar el-Béchir. Elle a été battue jusqu'à en perdre connaissance, a eu la tête rasée parce que ses cheveux « appartiennent aux Arabes», et a été frappée au fer à repasser sur plusieurs parties de son corps. Elle a eu droit à une série d'insultes racistes de la part de ses ravisseurs, dont pute et esclave car originaire du Darfour, une région de l'ouest du pays dans laquelle un conflit fait rage depuis une dizaine d'années.

Plusieurs associations de droits humains ont fermement condamné l’attaque de la journaliste dont le Comité pour la protections des journalistes [en anglais] à New-York et Al-Karama [en arabe] au Caire qui a demandé aux autorités soudanaises d’ouvrir une enquête.

Les brûlures sur le bras de Hundosa causés par un fer à repasser. Elle a été brûlée sur le ventre, le dos et d’autres parties du corps !

Choc et indignation

Au fur et à mesure que les détails des tortures sans précédent de Hundosa étaient révélés, les internautes soudanais faisaient part de leur émotion et exprimaient leur sympathie et leur solidarité envers la journaliste.

Le journaliste Reem Shawkat a tweeté une photo de la tête rasée de Hundosa, tout en exprimant son soutien [en arabe] :

حلقو ليك شعرك يا سمية هندوسة و لكن لبستي تاج الشرف #السودان -يسقط جهاز عدم الانسانية و عدم الوطنية

@ReemShawkat: Ils vous ont rasé la tête, Sumaya Hundosa, mais vous portez la couronne de l’honneur. #Soudan – A bas le manque d’humanité et de patriotisme.

@nsaeed, sur Twitter, fait remarquer à ses compatriotes soudanais que s'ils ne prennent pas de mesures contre de telles violations, tout le monde en sera victime :

متى سيفهم المواطن السوداني أن ما يحدث لأمثال #هندوسة و #جليلة وارد حدوثه لأي مواطن في أي لحظة؟ كان حلقو لأخوك بل راسك #حرفياً

@nsaeed: Quand le citoyen soudanais comprendra-t-il que ce que subissent Hundosa, Jalila et leurs semblables peut arriver à n'importe quel citoyen à tout moment ? Si la tête de ton frère est rasée, humidifie la tienne !

Le dessinateur primé soudanais Khalid Al-Baih a fait un dessin expressif déplorant le statut des femmes soudanaises sous le régime actuel par rapport à celui prestigieux dont elles jouissaient par le passé.

Khartoon ! [jeu de mots avec Kharthoum la capitale et cartoon dessin]  de Khalid Al-Baih

Le dessin montre deux femmes, l'une qui a l'air noble dans un vêtement traditionnel (thoub), et se réfère à l'ancien temps, et une autre tête nue, humiliée, assise derrière des barreaux, en référence au traitement des femmes de nos jours. La femme soudanaise est symbolisée par  « عزة » (traduction littérale, Azza), qui signifie « glorieuse » en Arabe. Il s'agit d'un prénom féminin courant au Soudan qui est une personnification nationale semi-officielle.

Hundosa, qui peu à peu est passée de la presse écrite au journalisme en ligne, est arrivée d'Egypte, où elle vit depuis 2003, pour passer l'Aïd Al-Adha avec sa famille. Après son horrible supplice, elle a immédiatement quitté le Soudan car elle craignait pour sa vie. De retour en Egypte, elle a raconté son calvaire à la NISS dans ce premier témoignage vidéo détaillée de 27 minutes [en arabe] sur YouTube. La vidéo a été enregistrée par un comité de protection des journalistes du Syndicat égyptien des journalistes.

La journaliste a également écrit une lettre ouverte au Président Omar Al-Bashir [en arabe] qui a été largement partagée en ligne, le tenant responsable de présenter de ses agresseurs devant la justice et de veiller à ce que nul ne commette de tels actes horribles en toute impunité dans le futur.

Race et identité, revisitées !

Les attaques racistes sans équivoque des tortionnaires de Hundosa ont provoqué des discussions en ligne sur le rôle de la race et de l'identité dans la politique moderne du Soudan et la société.

Amr Mahmoud Abbas, sur Twitter, remarque de manière ironique :

سمية اسماعيل هندوسة تجلد، يحلق شعرها، تصعق بمكوة وتجلد بالسياط ليس لانها كتبت عن البديل لكن لانها غرباوية فى بلد العروبواسلاميين

@amrmohabbas: Sumaya Ismail Hundosa est fouettée, les cheveux rasés, marquée au fer pas parce qu'elle a écrit sur des sujets interdits, mais parce qu'elle est gharbawiya dans le pays de la culture arabo-islamiste.

Une « Gharbawiya » est une femme originaire de l'ouest du Soudan, mais le terme est souvent utilisé de manière péjorative comme insulte raciste.

Une blogueuse soudanaise dont le blog s'appelle « Sudanese Dream », a écrit un billet amer titré : « من هم العبيد الجدد؟ » [en arabe], qui se traduit par, « Qui sont les nouveaux esclaves ? ». Elle affirme :

ان ما يحدث الان في السودان هو اكثر سوءاً من عهد امتلاك الرقيق مع اعادة تعريف للعبودية ،

Ce qui se passe actuellement au Soudan est pire que l'époque de l'esclavage c’est une redéfinition de l'esclavage,

La blogueuse constate que le racisme est encore très répandu chez les Soudanais moyens qui le pratiquent parfois avec une relative facilité. Elle aborde ensuite le racisme plus structurel dans le contexte de la violence d'Etat, soulignant que de nombreux détenus politiques qui sont originaires de l'ouest et le sud du Soudan ont déclaré avoir été victime de discrimination et d'insultes racistes durant leur détention. Elle donne pour preuve la discriminatoire et les mauvais traitements infligés aux femmes détenues comme Sumaya Hundosa et Jalila Khamis. Elle rejette ensuite les arguments de pureté ethnique avant de conclure :

عليه ؛ كلنا عبيد يا ريس ، كلنا عبيد يا جهاز الامن.

نحن العبيد “السودانيين” نتقبل حقيقة كوننا عبيداً ، فما بالكم ايها المستعربون؟

Ainsi, nous sommes tous esclaves, Monsieur le Président, nous sommes tous esclaves oh Jihaz Al Amn (autorité de sécurité)

Nous, les esclaves « Les Soudanais » acceptons le fait d'être des esclaves, qu’est ce qui vous dérange, l'arabisé ?

La question de l'identité est un thème récurrent du débat entre jeunes Soudanais. Le blogueur bien connu de Global Voices Amir Ahmed (« Sudanese Thinker ») s'était demandé comment mettre fin à la crise identitaire soudanaise. Un autre blogueur, Moez Ali, avait présenté un point de vue critique sur l'ensemble du problème de «l'identité soudanaise ».

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