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La sophistication croissante de la censure en Angola

L'Angola a commémoré en ce dimanche 11 novembre le 37e anniversaire de son indépendance [portugais]Mais, en réalité, quel est le degré d'indépendance du pays aujourd'hui ? Pour ce qui concerne la liberté de la presse, par exemple, la réalité est préoccupante, et d'après certains spécialistes, la censure en Angola devient de plus en plus sophistiquée.

L'épisode de censure le plus récent s'est déroulé le 27 octobre 2012, quand le Semanário Angolense [pt] a été retiré de l'impression par Media Investe. D'après Maka Angola [pt], le motif est la publication quasi intégrale d'un discours très critique du président de l'UNITA, Isaías Samakuva, à propos de l'état de la nation :

L'entreprise propriétaire, contrôlée par de hautes figures des Services de Sécurité et d'Information de l'Etat [Serviços de Segurança e Informação do Estado (SINSE)], a retiré les exemplaires imprimés du journal pour les brûler. Maka Angola a obtenu une copie numérique du journal censuré, dont les pages 8, 9 et 10 reproduisent le discours de Samakuva du 23 octobre.

Cópia da capa do Semanário Angolense censurado. O discurso proferido por Samakuva a de 23 de Outubro é reproduzido nas páginas 8, 9 e 10.

Copie de la une censurée de Semanário Angolense. Le discours prononcé le 23 octobre par Samakuva y est reproduit en pages 8, 9 et 10.

Le discours du leader du plus grand parti de l'opposition angolaise – dont la version intégrale a été mise en ligne par Maka Angola [pdf pt] – critiquait l'absence de discours sur l'état de la Nation par José Eduardo dos Santos, président de l'Angola, lors de l'ouverture de la troisième législature, comme le prévoit la Constitution.

Au lieu de cela, le chef de l’État angolais a ordonné la distribution aux députés de copies de son discours d'investiture, le 26 septembre dernier. Cette attitude a été fortement critiquée par l'opposition, et pas divers secteurs de la société.

Dans une interview publiée sur le site de la radio allemande Deutsche Welle [pt], le défenseur des droits de l'homme angolais Rafael Marques, fondateur de Maka Angola, dit qu'il s'agit “d'une forme de contrôle de l'information de plus qui circule” dans le pays :

Le président de l'UNITA a fait un discours très énergique, qui a reçu une forte approbation de la société (…).D'où la nécessité de s'assurer que le discours d'Isaías Samakuva ne soit pas largement diffusé. Celui-ci circule seulement sur internet, et, comme on le sait bien, Luanda et le reste du pays souffrent d'une grave crise d'approvisionnement en électricité. Par conséquent, peu de gens ont accès à internet et les journaux sont davantage lus, puisqu'un journal peut être lu par différentes personnes. Maintenant aussi les journaux privés sont contrôlés par l'appareil de sécurité et dans ce cas, il y a eu une faille des censeurs, mais malgré ça, ils ont eu le temps d'aller chercher les journaux à l'impression pour les brûler.

Sur son site, le Syndicat des Journalistes Angolais [Sindicato dos Jornalistas Angolanos (SJA)] [pt] se plaint que des “incidents” comme celui-là ne soient pas une nouveauté dans le paysage de la “liberté de la presse” en Angola :

Ce type d'atteintes a commencé à se produire à partir de ce moment là, il y a déjà plus de deux ans, quand des hebdomadaires luandais ont commencé à être achetés par des sociétés anonymes. “Semanário Angolense”, “A Capital” et “Novo Jornal” ont changé de propriétaire dans ce contexte. Du point de vue éditorial, “A Capital” est jusqu'à aujourd'hui la publication qui a subi le plus de violence/censure par ses nouveaux propriétaires, pour des raisons clairement politiques et liées à ses prises de positions sur certaines questions défavorables aux intérêts de l'actuel pouvoir politique.

 

Le cas du Semanário Angolense a généré un très grand nombre de commentaires sur les réseaux sociaux. Le 29 Octobre 2012, Joana Clementina commentait sur Facebook [pt] :

Pourquoi tant de bruit ? L'hebdomadaire en question a un propriétaire et il lui revient de décider ce qui sortira dans la rue. Si le problème est le discours de man samas [Isaías Samakuva], Rádio Despertar pourra toujours passer ce qu'elle veut, et on dira que Despertar a la plus grande audience du peuple angolais. Pas de big deal. Je serai très contente si vous pouviez trouver des solutions au problème de l'électricité et de l'eau. Le Semanário Angolense n'est pas non plus dans la poche du citoyen ordinaire. C'est une minorité qui le lit.

Peu de temps après, Mingiedy Mia Loa a répondu directement à ce commentaire :

Joana Clementina : indépendamment du propriétaire, il existe un Conseil National de la Communication Sociale [Conselho Nacional de Comunicação Social] et il lui revient de réguler et de contrôler la ligne éditoriale des organes de communication sociale,  qu'ils soient privés ou publics, et d'un autre côté, la Constitution de l'Angola ne prévoit pas des censures dans le domaine journalistique dans son chapitre sur les libertés d'expression.

Le 31 octobre 2012, Maurilio Luiele a également écrit sur Facebook [pt] :

Le fait est que la Constitution protège la liberté de la presse et de ce fait interdit la censure. Si alors cela n'est pas de la censure, alors qu'est-ce-que c'est ? C'est la violation de la Constitution qui est en cause, et, encore pire, les atteintes systématiques et injustifiés à la Loi en Angola. Je me pose toujours la question suivante : si la loi n'est pas la limite et si le libre-arbitre prévaut, alors où est la place de l'Etat Démocratique de Droit ? Où est la PGR pour défendre la légalité ?

Comme le rapporte le SJA, [syndicat des journalistes angolais], qui cite la législation en vigueur (7/06/15 de Mai), les atteintes à la liberté de la presse sont avérées dès lors que :

Celui qui, en dehors des cas prévus par la loi, empêche ou perturbe la composition, l'impression, la distribution et la libre circulation des publications périodiques, empêche ou perturbe l'émission de programmes de radiodiffusion et de télévision, saisit ou endommage les matériels nécessaires à l'exercice de l'activité journalistique.

“La liberté de chacun ne devra-t-elle pas être respectée ?” [pt] s'interroge également le journaliste Eugénio Costa Almeida dans un article d'opinion sur ce thème, publié dans l'hebdomadaire angolais Novo Jornal, le 2 novembre 2012 :

Si cette  attitude est avérée, alors ils n'ont montré aucun respect pour la liberté de chacun. La liberté de celui qui écrit, la liberté de celui qui produit et, plus grave encore parce qu'elle est la condition des précédentes, la liberté de choix du lecteur. Parce que les journaux et la presse n'existent que parce qu'il existe des lecteurs, des auditeurs et des téléspectateurs qui lisent, écoutent ou regardent les nouvelles et les opinions pour ensuite les apprécier, les citer, les questionner, les critiquer en toute liberté, et pour en tirer toutes les conclusions possibles.

"Samakuva: Cadê o meu discurso?" Imagem partilhada no Facebook de Projecto Kissonde.

“Samakuva: Où est mon discours?” Image du Projet Kissonde partagée sur Facebook

Des épisodes comme celui-ci sont la preuve que la censure en Angola est sur le point de prendre une autre dimension, avec la propagande et l'autocensure qui limitent chaque fois plus la liberté de la presse. Le modèle de censure angolais est pratiquement “plus sophistiqué que le chinois”, défend l'analyste angolais Nelson Pestana dans un entretien avec Deutsche Welle [pt]:

Le modèle de censure chinois est assumé comme l'un des mécanismes mêmes du parti. En Angola non. Le discours de légitimation passe par l'idée de démocratie, par l'idée de pluralisme. Ce n'est pas un organe extérieur qui empêche le journal de circuler, c'est le propre propriétaire du journal qui décide que cette fois ça ne circule pas. C'est que le propriétaire fait partie du groupe du pouvoir, et pour cela, il est un élément du mécanisme de censure et de contrôle de l'opinion publique nationale.

“Aucun des pays africains de langue officielle portugaise [PALOP-Países Africanos de Língua Oficial Portuguesa] n'a les moyens de pression dont dispose l'Angola”, critiquait déjà le journaliste portugais Pedro Rosa Mendes dans une interview de février 2012, peu de temps après que le programme de radio auquel il collaborait (“Este Tempo”, retransmis sur le canal Antena 1) a été suspendu à la suite d'une chronique critique envers le gouvernement angolais :

C'est évident, pour tous ceux qui ne veulent pas être naïfs, qu'une grande partie de la pression que le gouvernement angolais peut faire fonctionne déjà d'elle-même. C'est une sorte de diplomatie parallèle, et de pression tacite.

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