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Brésil : La justice suspend la décision d’expulsion des Indiens Guarani-Kaiowá de Pyelito Kue

[Liens en portugais sauf mention contraire] La lettre écrite au début du mois d'octobre 2012 par la communauté des Guarani-Kaiowá de Pyelito Kue / Mbarakay dans l'État du Mato Grosso do Sul (MS), a mené à une mobilisation massive au Brésil et aussi à l'étranger. De nombreux citoyens ont suivi sur l'internet la lutte de ces Indiens [fr] dans la municipalité de Iguatemi, à nouveau sous la menace d'une expulsion de leurs territoires. Plusieurs pétitions ont été signées en soutien aux Guarani-Kaiowa et la mobilisation a été un succès, puisque le tribunal régional fédéral de la troisième région, à São Paulo, a suspendu l’opération d’expulsion des Indiens Guarani-kaiowas du campement où ils se trouvent, répondant à la demande de la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI).

Maria do Rosário, la sécrétaire aux Droits de l’homme de la Présidence de la République, a annoncé le 30 octobre sur Twitter :

@_mariadorosario: Nous venons d'apprendre que la justice a suspendu l’action de reprise de possession du territoire des Guarani-Kaiowá. L’appel du gouvernement fédéral a été accepté !

Crianças Guarani Kaiowa. Expedição à Aldeia de Pyelito Kue, Mato Grosso do Sul, Novembro de 2012. Foto de Percurso da Cultura no Flickr (CC BY-SA 2.0).

Des enfants Guarani-Kaiowá. Expédition à Pyelito Kue, dans l’état du Mato Grosso do Sul, novembre 2012. Photo de Percurso da Cultura sur Flickr (CC BY-SA 2.0)

 

Les 50 hommes, 50 femmes et 70 enfants de la tribu Guarani-Kaiowá pourront rester au coeur de la ferme Cambará, à Iguatemi, dans l’état du Mato Grosso do Sul, où ils sont confinés sur un terrain de 2 hectares (l'équivalent de deux terrains de football). La décision demeurera donc en vigueur jusqu'à la fin de l'identification et de la démarcation des territoires indigènes par la FUNAI.

La solution est précaire, puisque les relations avec le propriétaire des terres demeurent tendues et dangereuses. Mercredi 24 octobre, on apprenait qu’une femme indigène, originaire de Pyelito Kue, avait été sexuellement agressée par huit hommes dans une ferme, comme l'ont dénoncé les Indiens. Le Ministère de la Justice a envoyé de nouveaux renforts de la Force nationale pour maintenir l'ordre dans la région.

 

D’après le Procureur de la République Marco Antonio Delfino de Almeida, la mobilisation des réseaux sociaux a été un succès :

La mobilisation des réseaux sociaux a été déterminante pour arriver à ce genre de  résultat. Elle a provoqué une réaction jusque là inédite pour un gouvernement quand il s'agit de traiter des droits des peuples indigènes.

Encontro de Professores e Lideranças GuaranI Kaiowá, Novembro de 2012. Foto de percursodacultura no Flickr (CC BY-SA 2.0)

Réunion des enseignants et des dirigeants Guarani-Kaiowá, novembre 2012. Photo de Percurso da cultura sur Flickr (CC BY-SA 2.0)

 

Les dirigeants Guarani-Kaiowá, dénonçant un génocide contre leur ethnie [fr], se sont réjouis de la décision judiciaire, mais ils ont estimé que seule la démarcation des terres [fr] mettra fin au conflit entre les Indiens et les producteurs agricoles de la région. Ils cherchent à augmenter le réseau de solidarité pour le peuple Guarani-Kaiowá. La lutte n'est pas seulement contre les expulsions, mais aussi pour la démarcation définitive des terres indigènes.

Le dirigeant Guarani-Kaiowá, Ladio Veron, explique les difficultés dans une interview publiée le 28 octobre sur le site Carta Maior :

Il faut savoir que dans l'Etat de Mato Grosso do Sul, 43 000 Indiens Guarani-Kaiowa revendiquent un retour sur leurs terres d’origine qu’ils appellent “tekoha”, littéralement “le lieu où il est possible de vivre à notre manière”. Ils souhaitent quitter les réserves et installent des campements, qui, la plupart du temps sont légaux. Il existe aujourd’hui plus de 30 campements Guarani-Kaiowá confinés sur les bords des routes ou à l’intérieur des “fazendas”, dans des zones qu’ils ont occupées. À cela s’ajoutent plus de 20 zones récupérées et régularisées sous la forte pression des indigènes qui ont perdu plusieurs leaders communautaires dans leur lutte. Mais tous ces territoires sont très restreints.

Aldeia de Ypoi. Foto de Percurso da Cultura no Flickr (CC BY-SA 2.0)


Village de Ypoi. Photo de Percurso da Cultura sur Flickr (CC BY-SA 2.0)

Une note technique de la FUNAI publiée en mars 2012 [pdf] déclare que le territoire revendiqué par les Indiens à  Pyelito Kue et Mbarakay est occupé depuis les temps ancestraux par les Guarani-Kaiowa. Depuis 1915, quand a été établie la première Terre Indigène, et surtout  depuis les années 70 et 80 les expulsions des Indiens se sont multipliées au profit des propriétaires fonciers agricoles (principalement pour doper les productions de canne à sucre ou de soja), en plus du confinement et regroupement des différents groupes ethniques, ce qui entraîne l’insécurité et le déracinement culturel et social.

Le site Comitê internacional de solidariedade com o povo Guarani-Kaiowá (Commission internationale de solidarité avec le peuple Guarani-Kaiowá, en portugais) se réfère au poids économique de la production de canne à sucre dans cette région :

“La canne à sucre qui est maintenant plantée là et récoltée comme éthanol est déjà mêlée de sang des indigènes Guarani-Kaiowá », a dit le chef. Le poids de l'industrie agroalimentaire dans la région a pris un tournant après l’accord de l’ex- président brésilien Lula da Silva avec l'ex-président américain George Bush sur la production de la culture de biocarburants.

Un article de Larissa Ramina, professeur de droit international à l’UFPR (Université Fédérale du l’état de Parana) et à l’UniBrasil (Facultés Integrées du Brésil) explique la tragédie annoncée sur le site Carta Maior :

La situation du groupe Guarani-Kaiowá, la deuxième population autochtone du Brésil, est considéré comme la plus grave. Confinés dans des réserves indigènes comme celle de la ville de Dourados, ils se trouvent dans une situation de catastrophe humanitaire : au-delà de la malnutrition des enfants et de l'alcoolisme, les taux d'homicides sont plus élevés que dans les zones de guerre comme l'Irak.

Une déclaration diplomatique de 2009, révélé par Wikileaks, montre le mépris du gouvernement du Mato Grosso do Sul [fr] face à la lutte des Guarani-Kaiowá pour les terres cultivées par les agriculteurs depuis des décennies.

Le Ministère Public Fédéral, institution fédérale indépendante, destinée à représenter les intérêts des citoyens et des communautés lors des procédures pénales (le véritable quatrième pouvoir au Brésil) a déclaré :

reporter encore la discussion sur l'occupation traditionnelle du territoire en question reviendrait à perpétuer une injustice flagrante commise contre les Indiens, lors de trois phases historiques successives. La première quand on leur a pris leur terres. La deuxième quand l'Etat a négligé, bâclé ou laissé traîner le processus de révision des limites territoriales. La troisième lorsque le Juge Fédéral les a empêchés d'invoquer et d'exercer leur droit ancestral sur leurs terres”, face à l’inactivité du gouvernement.

Le député d’État du Mato Grosso do Sul, Peter Kemp, leader du parti politique des Travailleurs (PT), a déclaré à l'Assemblée législative du Mato Grosso do Sul, le 31 octobre :

Le développement n'est pas seulement l’élevage de bœufs et la production de maïs et de soja, mais aussi le respect des personnes, le droit à la citoyenneté. Le développement doit être économique et social, et doit être le droit de tous.

Aldeia de Ypoi. Foto de Percurso da Cultura no Flickr (CC BY-SA 2.0)

Village de Ypoi. Photo de Percurso da Cultura sur Flickr (CC BY-SA 2.0)

Les Indiens Guarani-Kaiowa ont adressé leurs remerciements via le groupe Facebook “Suicide collectif” de soutien aux Guarani-Kaiowa (en français) :

“Nous, Guarani-Kaiowá, survivants et qui voulons vraiment survivre, souhaitons par ce simple message exprimer notre immense remerciement public à toutes et tous d'avoir ajouté Guarani-Kaiowá à vos noms. Comme chacun sait, les Guarani et les Kaiowá, seuls, peuvent être exterminés, mais nous avons la certitude qu'avec la solidarité humaine réelle et le soutien de vous tous nous pouvons être sauvés des diverses violences annoncées envers nos vies et surtout éviter notre extinction ethnique.
Grâce à ce geste d'amour pour nos vies que vous manifestez, nous ressentons un peu de paix et d'espoir en une vraie justice. Nous avons compris qu'il existe des citoyennes et des citoyens mus par un réel amour du prochain, qui ont soif de justice et qui exigent cette justice. Nous ne savons pas avec quels mots vous remercier tous sinon en disant JAVY'A PORÃ, que la paix soit dans vos cœurs.
Merci beaucoup.”

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