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Pakistan : Shahzeb Khan, symbole d’espoir contre le système féodal

[Les liens de ce billet renvoient vers des pages web en anglais.]

Qui est Shahzeb Khan ? Telle est la question que se posent de nombreux Pakistanais.

Très peu, voire aucune information à son sujet dans les médias traditionnels. Pourtant, sur les réseaux sociaux, le visage de ce jeune homme de 20 est devenu un symbole d’espoir contre la puissante élite féodale pakistanaise, qui vit au-dessus des lois, en tout impunité.

Au Pakistan, les réseaux sociaux croulent sous les photos de Shahzeb Khan publiées avec des mots de sympathie et des hommages à l’étudiant, assassiné le 25 décembre 2012 à Karachi, près de son appartement :

Jusqu’à mardi, seules quelques centaines de personnes savaient qui était Shahzeb. Maintenant, il est devenu un symbole de changement.

A memorable Photo of Shahzeb

Photo de Shahzeb Khan – (Fournie par la page Facebook In Memory of Shahzeb Khan)

Meurtre sans pitié

Les informations des médias et de la famille expliquent que Shazheb a été tué par les balles de deux jeunes hommes, Nawab Siraj Talpur et Shahrukh Jatoi, fils de familles aristocratiques, qui étaient accompagnés de leurs gardes armés. Avant les tirs, une dispute avait éclaté entre Shahzeb et Talpur, suite à une insulte contre la sœur du premier proférée par un employé de Talpur. Le père de Shahzeb, Aurangzeb, un officier de police, avait rapidement réglé la dispute. Mais plus tard, Talpur et ses amis sont revenus pour se venger, pistolets en main, et ont abattu Shahzeb Khan, seul fils de la famille.

Le triste fait divers a été décrit dans l’Express Tribune :

Shahzeb Khan n’a même pas eu le temps de se changer, il portait les vêtements du mariage de sa sœur, une chemise et des pantalons gris foncé quand quatre balles de 9 mm ont traversé la carrosserie de sa voiture, une Swift bleu étincelant, que ses parents lui avaient offerte pour son anniversaire en avance, tuant ce jeune homme populaire.

La famille a tout d’abord rencontré des difficultés pour porter plainte à cause des pressions provenant des familles Talpur et Jatois, deux noms bien connus au Pakistan. « La police a d’abord enregistré un faux, ensuite il lui (au père de Shahzeb) a fallu des heures pour réenregistrer une nouvelle plainte contenant le nom des coupables », a expliqué Dr. Awab Alvi. Il avertit :

Si cela a pu arriver au fils d’un officier de police, cela peut arriver à n’importe qui au Pakistan !

Le noms des principaux suspects du meurtre de Shahzeb Khan a été placé sur la liste de contrôle de sortie du Pakistan et des enquêteurs ont été envoyés dans différentes régions du pays, selon cette information.

Réactions sur les réseaux sociaux

Il est intéressant de souligner que les photos des suspects ont été publiées sur la page non officielle Facebook de la police de la province de Sindh et sont partagées par les amis de Shahzeb accompagnées de l’inscription « Criminel recherché ».

Les proches de la victime ont créé une page Facebook réclamant justice pour ce meurtre. La page In Memory of Shahzeb Khan a rassemblé plus de 2500 abonnés en moins d’une journée, 60 000 au 31 décembre. Elle est remplie de messages tels que « Ton sourire va me manquer. RIP, tu étais un vrai soldat. » Parmi les messages qui figurent sur cette page, nous pouvons lire :

Image de la page Facebook “In Memory of Shahzeb Khan”

Shahzeb Khan était un homme en or, une source d’inspiration, un héros. Il nous appartient désormais de livrer ses meurtriers à la justice et d’insister pour que s’opère un changement avant qu’il ne soit trop tard pour réaliser qu’une simple sens de la justice pourrait avoir fait la différence.

« Le Pakistan doit se réveiller, car cela aurait pu arriver à n’importe quel Pakistanais ». Voilà un exemple de tweets partagés via le mot-clé #JusticeForShahzebKhan.

Des personnalités, telles qu’Imran Khan, président du parti Tehreek-e-Insaf, qu’Abdul Qadeer Khan, scientifique du secteur nucléaire ou que Salman Ahmad, musicien et fondateur du groupe Junoon, ont exprimé leur soutien à la campagne. Le message d’Imran Khan a fait l’objet de plus de 400 retweets :

Profondément triste d’apprendre que le jeune Shahzeb Khan a été froidement abattu à Karachi par le fils d’une personne « influente ».

Tweet du Dr Qadeer Khan :

Nous devons tous réclamer #JusticeForShahzebKhan. Mettons fin à cette violence maintenant ou sois prêt à être le prochain Shahzeb. La décision t’appartient.

Réaction de Salman Ahmed :

Le meurtre de Shahzeb Khan représente une attaque contre l’ensemble de la jeunesse pakistanaise. Je souhaite témoigner de ma solidarité envers son courageux père, Aurangzeb.

Veillée pour la victime

Des milliers de personnes se sont rassemblées au Karachi Press Club au cours de l’après-midi du 30 décembre 2012 pour assister à une veillée aux bougies, organisée via Facebook.

Veillée aux bougies en mémoire de la jeune victime de Karachi. Photo de la page Facebook “In Memory of Shahzeb Khan”.

Les personnes présentes portaient des affiches et des photographies du défunt et scandaient « Nous réclamons justice, justice pour Shahzeb Khan » appelant le juge en chef du Pakistan à agir.

Touché par ce rassemblement pacifique, les amis de Shahzeb ont ensuite publié le message suivant :

Nous avons été impressionnés par le nombre de personnes présentes. Nous ne savons comment remercier tous ceux qui sont venus exprimer leur soutien à la famille de Shazeb Khan dans le calme. Il s’agit juste d’une étape dans cette révolution sans fin que nous appelons et dans cette lutte contre les lâches qui sont fiers de mal se conduire avec nos femmes et d'ôter la vie à des innocents !

Manifestants rassemblés à Karachi en soutien à la famille de Shahzeb. Photo de la page Facebook “In Memory of Shahzeb Khan”.

Sur Facebook, Ahmed Zuberi écrivait :

Je ne trouve pas les mots pour exprimer combien il est réconfortant de voir le pays uni pour mon frère. Je suis persuadé qu’il doit se réjouir de voir autant de monde alimenter le feu qu’il a allumé pour réduire en cendres le système féodal.

La question de l’aristocratie au Pakistan

Shahzeb est une victime de la mentalité associée à un système féodal et de l’augmentation du nombre d’armes à feu à Karachi. La tragédie est venue tristement rappeler ce que peuvent faire les jeunes fils gâtés des familles aristocratiques, souligne le rapport intitulé Murdered in cold blood: For Sindh's feudals, Karachi lives come cheap. Malgré le fait que le père de Shahzeb soit un officier de police, celle-ci n’a pas pu faire grand chose, jusqu’à ce jour, pour arrêter les suspects présumés. À Karachi, il est devenu facile de supprimer des vies pour les personnes provenant de puissantes familles et bénéficiant de fort soutiens politiques, explique le père de la victime, abattu :

J’avais réglé la dispute. Alors pourquoi est-ce que mon fils est mort ? C’est le règne brutal de l’aristocratie. Ils n’épargent personne.

Le rapport cite l’enquête de l’officier Murtaza (qui travaille sur l’affaire) selon laquelle l’utilisation d’armes est devenue habituelle à Karachi :

Pour les étudiants et les jeunes adultes, porter une arme à feu fait partie est une mode. Des disputes éclatent et la première chose que ces jeunes font c’est sortir leur arme. Les parlementaires et les personnes influentes voyagent en ville accompagnés de gardes qui braquant leur arme sur les personnes alentours. Les jeunes font de même.

Salman Ahmad, populaire musicien, identifie le véritable problème dans son commentaire adressé à ‏@sufisal :

Le meurtre de Shahzeb n’a pas été commis pour un motif politique. Il est le résultat d’armes placées dans les mains d’individus qui se considèrent au-dessus des lois.

Le système féodal, très répandu dans les zones rurales, continue à asservir la population locale pour des questions de dettes, génération après génération. Les propriétaires fonciers maintiennent leur règne sur les terres et exercent leur pouvoir.

Malheureusement le même état d’esprit est passé dans le système politique du pays, car la plupart des politiciens proviennent de ces familles. Les défenseurs des droits de l’homme considèrent :

Le féodalisme est la véritable cause de la situation dans laquelle se trouve le pays et son abolition est la seule solution pour le Pakistan.

Commentant un article du Express Tribune, Shahid indique :

Le féodalisme doit être aboli. Quelle honte d'être toujours dirigés par un tel système. Les partis anti-féodaux et la société civile ne peuvent-ils pas s’exprimer sur cette affaire ?

Culture des armes à feu à Karachi

Pourquoi le meurtre d’un jeune homme a donné lieu à un tel mouvement de soutien à Karachi ? La plus grande ville du Pakistan, qui compte une population multiculturelle de 17 millions d’habitants, connaît des explosions de violence régulières qui font des centaines de morts. Depuis 2003, près de 5549 personnes ont été tuées, victimes d’attaques ciblées, du terrorisme ou du sectarisme, indique un rapport. Le meurtre de Shahzeb Khan, n’est que la pointe de l’iceberg.

Même si Shahzeb n’a pas été tué dans une attaque ciblée ou par un terroriste, son meurtre traduit les souffrances de la ville causées par la recrudescence d’armes à feu qui font d’innocentes victimes. Dans un pays où même les célébrations, par exemple les mariages, sont marqués par des coups de feu, la violence liés aux armes à feu fait rarement la une.

Martin Luther King Jr. a dit « Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier », voilà pourquoi la jeunesse pakistanaise considère cette attaque comme une attaque dirigée contre une génération entière.

Shahzeb Khan, un symbole d’espoir 

Peu après le soutien dont à bénéficié la campagne de soutien sur les réseaux sociaux, les amis de Shahzeb ont expliqué clairement que la manifestation ne s’adressait pas uniquement à cette affaire, mais traduisait bien la volonté de lutter contre l’injustice et les inégalités au Pakistan. La campagne « Justice pour Shahzeb » est un rayon de lumière, une voix offerte aux centaines de milliers d’inconnus qui ont perdu la vie Karachi. Nous pouvons lire sur la page dédié au jeune homme :

Rejoins-nous pour protéger la vie des jeunes anges et secouer un pays qui est tombé sous l’influence de l’inhumanité.

Appelant à soutenir la campagne pour Shahzeb et participer aux manifestations pacifiques contre cette injuste tragédie et contre le système pakistanais, les amis de Shahzeb écrivent :

Ne craignez jamais de faire entendre votre voix réclamant l’honnêteté, la vérité et la compassion contre l’injustice et la cupidité.

Au travers de Shahzeb, les habitants de Karachi voient les proches qui leur ont été brutalement enlevés, victimes de la recrudescence d’armes à feu. Voià pourquoi la population se joint à la famille pour pleurer le défunt et s’indigner.

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