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Les derniers survivants de l'Ecole d'Infanterie d'Alep

Dans le cadre de notre partenariat avec Syria Deeply nous traduisons et publions une série d'articles  sur la vie quotidienne des civils pris entre deux feux, ainsi que les points de vue d'auteurs du monde entier sur le conflit.

(Billet d'origine publié sur Global Voices en anglais le 8 janvier)

Les liens renvoient vers des pages en anglais) Dans les profondeurs rurales de la province d'Idlib, en Syrie, Adel et Ahmad, des diplômés de premier cycle universitaire  d'Idlib tous deux âgés de 24 ans, ont survécu à une épreuve de force entre les rebelles et le régime. Lorsque la bataille pour une école miliatire proche d'Alep a commencé, ils se trouvaient à l'intérieur, effectuant leur service militaire dans l'Armée Syrienne.

Ils avaient été des deux côtés de la révolution, se joignant à des manifestations pacifiques contre le régime Assad, mais refusant de s'engager dans le conflit armé contre le pouvoir.

“Il était impossible pour moi de tirer sur l'armée”, explique Ahmad, le plus loquace des deux. Syria Deeply ne divulgue pas leurs noms de famille ni leurs photos à la demande de leurs parents, qui vivent encore dans la ville d'Idlib contrôlée par le régime.

En mai 2012, ils ont été pris à un poste de contrôle militaire et forcés à accomplir leur service militaire obligatoire, qu'ils avaient jusqu'alors tous deux reporté. L'armée syrienne avait grandement besoin d'augmenter le nombre de ses officiers, dit Ahmad, et a placé ces deux jeunes hommes éduqués à l'école d'infanterie aux abords d'Alep.

Idlib, Syria Revolution Memory Project

La promotion d'Adel et d'Ahmad comptait environ 500 élèves officiers, dont 90 pour cent appartenaient à la secte des alaouites, selon Ahmad. Adel et Ahmad, en revanche, sont sunnites. La formation des deux premiers mois incluait un entraînement physique et des cours en salle de classe, mais a été interrompue par la descente des rebelles sur Alep fin juillet et la plongée de la plus grande ville de Syrie dans une guerre urbaine brutale.

La plupart des élèves officiers ont été déployés sur les postes de contrôle de la ville. Adel et Ahmad, les plus chanceux, ont reçu pour ordre de surveiller le campus de trois kilomètres carrés. “Les alaouites semblaient avoir peur de nous, même ceux qui étaient nos amis,” dit Ahmad. “Lorsque nous sortions en patrouille, particulièrement si l'un était alaouite et l'autre sunnite, ils nous surveillaient nous plus que la barrière devant nous. On sentait très bien qu'ils ne nous faisaient pas confiance.”

La plupart des officiers encadrants étaient alaouites, selon Adel, et les commandants disaient aux élèves officiers qu'ils combattaient des terroristes armés, dont beaucoup d'étrangers, qui ne cherchaient qu'à détruire le pays. Les élèves officiers, à qui il était interdit de téléphoner à leurs parents et de regarder les chaînes d'informations étrangères, ne pouvaient pas vérifier cette affirmation. “Ils insultaient le cheikh Arour”, dit Adel, en référence au clerc sunnite provocateur et sectaire qui présente une émission télévisée sur une chaîne du satellite d'Arabie Saoudite.

http://youtu.be/SHxq4VDw2lM

(Défection d'un officier syrien de l'école d'infanterie).

Tandis que la guerre faisait rage à Alep et que les nouvelles de camarades tombés ou ayant fui le combat parvenaient à l'école d'infanterie, les élèves officiers, toutes confessions confondues, discutaient discrètement de projets de défection et spéculaient quant au moment de la chute d'Assad, explique Ahmad. Le 1er novembre, la bataille gagna l'école d'infanterie.

Les rebelles ont assiégé le campus et méthodiquement forcé les soldats syriens et les officiers à se concentrer sur des positions défensives, dans ce qu'on a appelé la “guerre des tranchées”. Le colonel Ali Saeed, commandant de l'école, a annulé tous les entraînements et cours pour en priorité briser le siège. Selon Ahmad, il a expliqué que les retraits étaient tactiques et a promis aux élèves officiers qu'il ne restait que quelques heures avant que les meilleurs tanks de l'armée ainsi que des unités de la Garde Républicaine ne détruisent les “terroristes”.

“Ils nous ont menti”, dit Ahmad. “Le 18 novembre, le siège était plus intense et nous savions que nous ne pourrions pas nous en sortir. Les défections de soldats et d'officiers sont devenues quotidiennes.”

La nourriture commençait à faire défaut et les élèves officiers se sont mis à manger des mélanges en poudre destinés à la préparation de boissons comme le Tang. L'eau manquait. Le pain arrivait par voie aérienne, mais les commandants gardaient le gros de la nourriture pour eux-mêmes, explique Ahmad. “Même les étudiants alaouites avaient faim”, dit-il.

Le 15 décembre, les rébelles ont pénétré dans le dernier bastion de l'école. Ahmad et Adel se sont enfuis sous couvert de la confusion, désobéissant aux ordres du commandant, le Major Ibrahim Haidar, qui avait ordonné le combat jusqu'à la mort. Les rebelles ont donné de la nourriture et de l'eau aux survivants, dit Adel, et les ont emmenés à Alep pendant une semaine avant de les renvoyer dans leur familles à Idlib.

http://youtu.be/KK8u6lEZmLU

(Les rebelles utilisent un tank pour bombarder l'école d'infanterie).

L'un des commandants rebelles, Abou Fourat, mort le lendemain de la prise de contrôle de l'école, avait auparavant diffusé un appel public aux parents des élèves officiers, les incitant à la défection. Mais la mère d'Ahmad dit n'avoir jamais entendu ce message, ce qui n'est pas surprenant étant donné le manque de puissance et de fiabilité de l'Internet dans la majeure partie du pays.

Les amis d'Ahmad et d'Adel dans les régions rurales de la province d'Idlib sont maintenant des combattants aguerris. L'un des rebelles a dit être content que ces amis demeurent en vie et qu'il est certain que ce ne sont pas des criminels, mais il ne les accepte pas en tant que révolutionnaires. Il les a traités d'égoïstes, se plaignant qu'ils soient restés dans l'Armée Syrienne parce qu'Ahmad avait peur de perdre son travail, alors qu'Adel voulait être près de sa nouvelle fiancée.

Les deux hommes songent maintenant à quitter le pays, mais leurs familles n'ont plus les moyens de les aider à commencer une nouvelle vie, et la concurrence est rude pour trouver du travail dans les pays avoisinnants. Ils sont relativement en sécurité pour l'instant, passant leurs nuits à servir de la nourriture et du thé aux rebelles qui essayaient de les tuer seulement quelques semaines auparavant.

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