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Une loi “Oh mon Dieu !” pour l'année des élections au Liban ?

2013 est l'année des élections parlementaires au Liban, ce qui signifie, encore une fois, que les débats sur la loi électorale font les manchettes dans un pays marqué par le confessionnalisme institutionnalisé.

Le contexte local peut être difficile à comprendre : les membres du parlement sont élus dans chaque circonscription au suffrage universel, mais les sièges parlementaires sont répartis entre les différentes communautés religieuses. Les chrétiens obtiennent 50 pour cent des sièges et l'autre moitié est allouée aux musulmans. En théorie, cela vise à minimiser les dissensions entre les 18 confessions religieuses du pays et à assurer une représentation adéquate de toutes les communautés. En pratique, les membres des communautés sous-représentées accusent ce système de “charcutage” électoral.

Dans le débat houleux pour une application juste de la démocratie, un projet de loi surnommé “Loi électorale du rassemblement orthodoxe” a fait l'objet d'une récente controverse. Ce projet suggère qu'au lieu de diviser le Liban en circonscriptions électorales, tous les citoyens du pays voteront comme membres d'une seule circonscription, et chaque communauté élira ses propres députés. Cela signifie que les électeurs ne pourront voter que pour des représentants de leur propre religion. Vous pouvez lire le texte intégral ici [arabe]. Alors que certains soutiennent le projet, indiquant que cela permettra une représentation appropriée de toutes les communautés chrétiennes, d'autres l'ont vivement rejeté ; mais la loi pourrait aussi avoir des résultats inattendus, selon les commentateurs en ligne.

@Paul_Salem a exprimé ses craintes, qu'une telle loi ne ferait qu'exacerber les tensions inter-religieuses dans le pays :

@Paul_Salem: Le soi-disant projet de loi électorale #orthodoxe suggère que chaque communauté religieuse élise ses propres députés ; ce serait un 'grand pas en arrière'.

Dans un point de vue différent, le blogueur Élie Fares affirme qu'il rejette fermement les arguments religieux :

Je pense que ce que la Loi Orthodoxe me dit est inacceptable. Mais en pensant ainsi, je suis une minorité chrétienne. La majorité des maronites et des chrétiens, en particulier quelques-uns de nos politiciens qui passent pour de prétendus sauveurs des chrétiens, veulent que vous croyiez que ce que je pense est faux. Ils vous disent que leur voie est la seule façon pour vous d'obtenir vos droits. Ils veulent vous faire croire que si les chrétiens n'élisent pas chaque membre chrétien désigné au parlement, cela veut dire qu'ils sont persécutés.

La Loi Orthodoxe ne constitue pas le moyen pour retrouver nos “droits”. Nous retrouvons nos droits en votant pour les personnes qui peuvent défendre ces droits, sans que cela ne devienne une propagande médiatique alors qu'ils sont en train de relancer leurs campagnes électorales pour l'année 2013.  En fait, en connaissant nos droits, nous arrivons à les retrouver. Et laissez-moi vous dire : ces droits ne sont pas que les chrétiens du Liban choisissent à eux seuls la moitié du parlement.

 

Il faut aussi noter que, comme toujours, la loi électorale libanaise marginalise ceux, nombreux, qui ne s'identifient tout simplement avec aucune des communautés religieuses reconnues. @LeNajib se pose la question :

@LeNajib: Si vous êtes athée ou agnostique, pour qui voteriez-vous sous la Loi Orthodoxe ? #JustAsking

Pendant ce temps, certains font valoir que le projet de loi est justifié.  @maidenrose1 tweete:

@maidenrose1: La Loi électorale orthodoxe est comme Robin des Bois ; parfois on doit commettre de mauvaises actions pour les bonnes raisons  #Libanrégimeconfessionnel #TaefAgreement

 

Fait intéressant, selon certains, cela pourrait aussi être une occasion à saisir pour les libéraux. Élias Muhanna explique sur son blog Qifa Nabki que, si l'on applique la loi, celle-ci pourrait avoir des répercussions inattendues. Le projet (qu'il appelle la Loi OMG, loi Oh Mon Dieu) pourrait, en quelque sorte, aider à démanteler le confessionnalisme en mobilisant les nombreux citoyens qui sont frustrés par le régime confessionnel du pays. Il ajoute que, si la loi est adoptée (bien qu'il ne pense pas qu'elle le sera), cela pourrait ouvrir la voie à un sénat, et donner l'opportunité aux libéraux de se faire élire :

Sous la loi OMG, on ne pourra plus cacher que la “démocratie consociative” du Liban a dégénéré en rien de plus qu'une constellation de communautés sectaires qui coexistent au sein d'alliances inquiètes et méfiantes.  Le mythe de l'harmonie interconfessionnelle sera brisé.

(…) Je pense qu'il est important de noter qu'un parlement libanais élu sur la base de la Loi Orthodoxe n'est rien de plus qu'un sénat, du moins tel que le perçoivent la plupart des gens qui ont réfléchi à ce sujet un tant soit peu.

(…) Cela pourrait donner des opportunités sans précédent aux candidats réformateurs pour se faire élire. En mettant en oeuvre la représentation proportionnelle dans une seule circonscription nationale, la loi réduit considérablement les barrières d'entrée pour les candidats qui n’ appartiennent pas aux partis politiques traditionnels.

 

Dans une perspective similaire, le blogueur Karl Sharro souligne quatre conséquences involontaires de la loi :

1-Au cas où le projet Orthodoxe est adopté, ce sera la première fois que, sous une loi électorale, des laïcs pourraient mettre en commun leurs votes à l'échelle nationale, mais dans des groupements religieux. (…)

2-La mobilisation confessionnelle sera affaiblie si d'autres électeurs ne menacent pas de ‘fausser’ le processus. (…)

3-Paradoxalement, les références religieuses deviendront moins importantes que la compétence et la crédibilité politique. (…)

4-Les zo'ama locaux (dirigeants) finiront par perdre leur pouvoir.(…)

Sur Beirut Spring, Moustapha ajoute :

Si la loi électorale orthodoxe entre en vigueur et les angoisses existentielles des chrétiens sont réduites, quelle excuse vont utiliser les gens pour empêcher les femmes libanaises d'accorder la nationalité libanaise à leurs enfants, ou pour traiter les réfugiés palestiniens avec dignité ou encore d'effectuer un recensement démographique décent dans le pays afin de bien répartir les fonds de développement ?

La question est : faut-il perdre le respect pour les libéraux qui décident d'adopter cette loi pour la raison mentionnée ci-dessus ? Faut-il admirer le fait qu'ils sont enfin en train de penser stratégiquement ? Ou devrions-nous les laisser languir dans l'enfer de leurs nobles idéaux plutôt que d'approuver une loi si moralement discutable ?

Le projet de loi est promu en ligne et à la télévision par cette vidéo [arabe], où des Libanais de différentes églises chrétiennes mentionnent leur religion et leur ville natale pour ensuite exprimer leur inquiétude sur le fait qu'ils ne se sentent pas représentés au parlement avec la loi électorale actuelle.

Dans les jours qui ont suivi, des parodies spirituelles de cette campagne sont apparues en ligne, avec des Libanais se déclarant des indices d'identité fantaisistes, partant de leur groupe sanguin jusqu'au fait d'être un hippie. Ne manquez pas la vidéo sur YouTube [ar] de Ali Zakaret, et celle de Karl Remark sur son blog [ar].

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