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Panique et terreur vont de pair en Guinée-Bissau

[Liens en portugais, sauf mention contraire] L’attention du monde est actuellement tournée vers le Mali, mais ailleurs en Afrique de l'Ouest, des citoyens de la Guinée-Bissau luttent aussi pour attirer l’attention régionale et internationale sur l’aggravation de la situation des droits de l’homme dans leur pays.

La Ligue des Droits de l'Homme de Guinée-Bissau a publié un important rapport [pdf] sur la situation des droits de l’homme aujourd’hui, un sérieux avertissement pour ceux qui pensent que le silence signifie que tout va bien dans le pays :

[...] a Guiné-Bissau tornou-se num país isolado de um mundo cada vez mais globalizado, país onde o pânico e o terror caminham de braços dados. A população vive entrincheirada no seu próprio receio de um amanhecer de novas violências, de fugas sem destino, agravadas pelo facto de de se aperceber que a comunidade internacional não consegue unir-se, para garantir os interesses e aspirações.

[...] La Guinée-Bissau est devenue un pays isolé dans un monde de plus en plus globalisé, un pays où la panique et la terreur marchent main dans la main. La population vit enracinée dans sa propre crainte de réveiller de nouvelles violences, situation aggravée par le fait que la communauté internationale ne parvienne pas se rassembler pour assurer ses intérêts et ses aspirations.

Comme Global Voices l’avait écrit, un coup d’état a déstabilisé le pays en avril [en français] suivi d’une période de transition toujours en cours négociée par la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CDEAO) qui a été marquée par des intrigues et la répression de certaines voix politiques [en français].

Certaines des plus grandes organisations des droits de l’homme sont restées silencieuses sur la Guinée-Bissau pendant des mois, et notamment Human Rights Watch qui n’a pas inclus le pays dans son rapport en 2012, donnant d'autant plus d'importance à ce rapport de la Ligue des Droits de l'Homme de Guinée-Bissau.

Guinean Human Rights League Report on Human Rights. Click the image to download the pdf file.

La Ligue des Droits de l'Homme de Guinée-Bissau a publié un rapport sur les Droits de l'Homme. Cliquer sur l'image pour télécharger le PDF

La Ligue écrit au sujet de ce rapport :

…este trabalho difícil, sobretudo por se realizar num contexto de ameaças de toda a orden, só foi possível graças aos esforços dos membros e estruturas a todos os níveis desta or- ganização, assim como às pessoas singulares, radicalmente comprometidos com as causas nobres de direitos humanos e paz

…ce travail difficile, notamment parce qu’il a été mené dans un contexte de menaces en tout genre, n’a été possible que grâce aux efforts des membres et des structures à tous les niveaux de l’organisation, ainsi que des personnes, entièrement dévouées aux nobles causes des droits de l’Homme et de la paix.

Le rapport documente des violations des droits économiques et sociaux, ainsi que des droits des femmes et des enfants, mais les sections les plus pertinentes sont celles qui examinent l’impunité, le système judiciaire et les forces armées. Commençant avec le coup d’Etat d’avril, la Ligue écrit :

[...] os direitos e liberdades fundamentais nomeadamente, a liberdade de expressão, de manifestação e de reunião, foram e continuam a ser ilegalmente restringidas pelo Estado-Maior, detentor do poder real no país, em nome da garantia de uma paz e estabilidade inexistentes, numa clara violação da constituição da república e dos instrumentos jurídicos interna- cionais dos direitos humanos. A sociedade guineense vive hoje, independentemente da sua vontade, num clima de insegura e amargurada impotência e refém de uma classe política e castrense dividida, imprevisível e violenta.

[...] Les droits et libertés fondamentaux, à savoir la liberté d'expression, de manifestation et de réunion, ont été et continuent d'être illégalement restreints par l’appareil militaire, détenteur du pouvoir réel dans le pays, dans le but de garantir une paix et une stabilité inexistantes, en violation flagrante de la Constitution de la République et des instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme. La société guinéenne vit aujourd'hui, contre son gré, dans un climat d'insécurité et d'impuissance amère et est otage d'une classe politique divisée, imprévisible et violente.

A quelle violences fait-on référence ici ? En octobre, après des violences sur une base aérienne et des allégations de complot, le chef présumé de l’opération a été kidnappé (voir l’article de Global Voices, en français) et sauvagement battu [avertissement : images violentes]. Ensuite, des témoignages sont apparus faisant état de l’assassinat de jeunes à Bolama, balayés par la répression militaire. En novembre, la Ligue des Droits de l'Homme de Guinée-Bissau a dénoncé l’enlèvement d’un homme ayant de nombreuses relations dont “le corps sans vie a été retrouvé plusieurs jours plus tard dans la morgue d’un des principaux hôpitaux du pays”. Le blogueur Pasmal a écrit en novembre :

Perante a inércia dos países democráticos e com a conivência activa da CEDEAO, que pinta este país como se a barbárie não tivesse assentado praça na Guiné-Bissau e tudo estivesse a correr da melhor forma, prossegue todos os dias a MATANÇA de pessoas em Bissau.

Já não são só por razões de perseguição política, embora esses casos sejam os mais numerosos, mas os militares e alguns civis ligados ao (des)governo, que fazem questão de estar presentes e participar não só nos espancamentos como nos assassinatos, aproveitam para ajustes de contas de ódios pessoais antigos e recalcados.

Face a l’inertie des démocraties et avec la connivence active d’ECOWAS, qui dépeint ce pays comme si la barbarie ne s’était jamais installée en Guinée-Bissau et comme si tout allait pour le mieux, le MASSACRE quotidien du peuple en Bissau se poursuit.

Désormais non seulement à des fins de répression politique – même si ce sont les cas les plus nombreux – mais des militaires et quelques civils, proches du (non)gouvernement, insistent pour être présents et participer non seulement aux passages à tabac, mais aux meurtres eux-mêmes, profitant de la la situation pour régler des comptes personnels nés de haines de longue date.

Espoirs pour l’avenir

Le Conseil de sécurité a entendu hier de ses propres hauts diplomates qu'il régnait une “atmosphère générale de peur” dans le pays, où l'envoyé de l'ONU et lauréat du prix Nobel de la paix José Ramos Horta doit séjourner dans les prochains jours.

Le blog Ação Cidadã cite le héros de la libération Amílcar Cabra dans son manifeste :

a luta do nosso povo é contra tudo quanto seja contrário à sua liberdade e independência, mas também contra tudo que seja contrário ao progresso e à sua felicidade

La lutte de notre peuple est contre tout ce qui est contraire à la liberté et l’indépendance, mais aussi contre tout ce qui va à l’encontre du progrès et du bonheur de la population.

Les derniers mois ont vu naître des initiatives citoyennes, comme Movicidadão qui est une alliance de particuliers et de groupes qui favorisent l'enregistrement et la délivrance de documents d'état civil aux nombreux citoyens qui n'en ont pas. Ação Cidadã montre également comment les jeunes se réapproprient l’espace public dans le village de Buba en nommant les rues et les places publiques avec des noms comme “L’allée des Voix Actives” et “Patio de la Justice”.

Pendant ce temps, des poètes et des artistes guinéens ont organisé une semaine d’activités culturelles au Portugal pour montrer au monde que “la Guinée-Bissau a bien plus que des militaires”.

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