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Le Brésil au rythme du carnaval : les percussions africaines retentissent à Salvador de Bahia

[Les liens renvoient vers des pages en portugais, sauf mention contraire.]

Plus grande fête populaire au monde, le carnaval brésilien attire des millions de touristes pendant ces jours de folie [les Brésiliens désignent précisément cette période de quatre jours intenses - du 9 au 12 février - du nom de "folia"]. A Salvador de Bahia, l'ampleur de la fête est telle qu'elle se répartit sur trois parcours principaux de la ville : le circuit Batatinha appelé aussi circuit Pelourinho [4 km de parcours, du nom de ce centre historique de Salvador], le circuit Barra-Ondina [4,5 km, du nom des quartiers traversés, appelé aussi "circuito Dodô"] et le circuit Osmar dit aussi Campo Grande-Avenida [6km, du nom des avenues qui bordent ce circuit].

Avec près d'un demi-million de touristes attendus, le thème du carnaval du circuit Pelourinho retenu pour cette édition 2013 est celui des “Carnavais Negros” (“Les carnavals noirs”). Le fameux quartier de Pelourinho, la place Municipale et la place de Sé sont les principaux axes où se tiennent les scènes de ce carnaval. D'année en année, ce carnaval situé au centre historique de Salvador se révèle de plus en plus beau, joyeux et bien organisé.

Le carnaval traditionnel de Pelourinho va réunir une grande variété d'animations musicales aux styles très différents, allant de la samba au reggae, aux percussions ou encore à la guitare de Bahia (thème du carnaval de Salvador en 2013), soit autant de rythmes marqués par l'influence de la matrice africaine.

Les participants s'amusent au carnaval du circuit Pelourinho

Les participants (appelés “foliões” littéralement les “foufous”) s'amusent au carnaval du circuit Pelourinho et dansent en suivant les défilés, à la tête desquels jouent les groupes de percussion (“blocos”), ou devant les scènes où se tiennent les concerts.
Photo de Carlos Alcantar du site El Cabong. Reproduite avec sa permission.

Considéré comme le centre de diffusion de la culture bahiannaise, le Pelourinho est le siège de plusieurs “blocos” de Salvador, ces groupes de percussion afro-brésilienne, tels que les célèbres Ilê Ayê, Filhos de Ghandy ["Les Fils de Gandhi"] et Olodum. Préserver la culture afro-brésilienne fait partie intégrante du carnaval bahianais, dont l'histoire charrie la trace des “cultures noires” [sur Global Voices en français] et de la lutte d'un peuple confiné aux marges de la société. La foule est en extase et, baignés de sons aux cadences rythmées, joyeuses, chaudes et de la musique s'emparant des rues de Pelourinho, il vient aux touristes l'envie de prendre racine à Bahia, terre du compositeur Dorival Caymmi et de l'écrivain Jorge Amado [en français].

Fondé en 1974, le groupe Ilê Aiyê [en français] représente la principale attraction parmi les groupes afro-brésiliens. Visant à valoriser la culture noire, ce groupe de percussion n'accepte pas de Blancs parmi ses membres et a impulsé ce qui fut nommé par convention la “réafricanisation” du carnaval de Salvador, à mesure qu'il apporta des éléments issus de la culture africaine, tels que l’ataque [en français, comme les autres instruments], le timbal, le repinique, et d'autres instruments de percussion dont les timbres rappellent ceux de l'Afrique.

Regardez le clip de Ilê Ayê en partenariat avec Criolo, rappeur de São Paulo. Il s'agit d’une initiative du groupe pétrolier Petrobas qui entend, à travers le projet Que Bloco é Esse?,  ”rapprocher la musique et l'univers des blocos [groupes de percussion] afro-brésiliens de Savador du monde de la musique pop brésilienne”. La rencontre s'est tenue dans le quartier de Liberdade (Liberté) à Salvador :

Salvador est bien le seul endroit au monde où un gigantesque cortège de candomblé [en français, religion afro-brésilienne] est suivi par près de dix mille personnes défilant dans les rues. On trouve à sa tête le groupe Afoxé [de carnaval de rue] Filhos de Gandhy ["les Fils de Ghandi"], fondé en 1949 par 33 dockers [du port de Bahia] qui assistèrent à un film sur la vie du leader indien et décidèrent de fonder un groupe éponyme en son hommage. Le fait d'échanger des colliers contre des baisers durant le carnaval est devenu de plus en plus célèbre, et sans doute davantage encore que l'objectif initial d'une telle manifestation : prendre part au cortège d'un candomblé désacralisé, jouant des agogos [en français] et des atabaques en l'honneur des orixás [divinités] au beau milieu du peuple réuni, avec une pointe de rappel à la culture de paix prônée par le Mahatma Gandhi.

Image issue de la page Facebook Filhos de Gandy. Reproduite avec leur permission.

Image de la page Facebook Filhos de Gandy. Reproduite avec leur permission.

Reposant sur les instruments de percussion, le caractère africain de la musique du groupe Olodum [en français] recourent à des rythmes aussi variés que le ijexá, la samba, l'alujá, le reggae et le forró par exemple. Sous l'influence du samba-reggae, la fusion de ces différents rythmes a donné lieu à la musique de Olodum qui, grâce à leur créativité dans la combinaison de ces éléments, ont influencé de nombreux groupes et artistes, brésiliens (dont plusieurs groupes de percussion du carnaval de Bahia) ou internationaux, tels que immy Cliff, Michael Jackson, Paul Simon, Leci Brandão, Zig Marley et bien d'autres encore. La vidéo suivante présente le meilleur de la musique d'Olodum :

Près de 130 groupes ont participé à l'animation du carnaval du circuit Pelourinho. Le blog Salvador de Estefano Diaz a publié un article consacré aux répétitions du groupe Muzenza le 30 janvier 2013. Alors que le groupe procédait aux répétitions dans les rues dans lesquels il prévoyait de défiler, le son de leurs tambours a éveillé la curiosité des touristes et des Bahianais. “Le son est parfait, c'est très beau !” a résumé en quelques mots l'une des quatre touristes française qui suivait le cortège.

Pelourinho est un terreau culturel très fécond. Cet espace représente une référence pour nous [du groupe] Muzenza, et faire nos répétitions ici est toujours un moment particulier”, témoigne Jorge dos Santos, président de Muzenza. “Nous n'avons pas de répertoire défini, nous choisissons selon le retour du public et nous jouons de grands succès comme ‘Guerrilheiros da Jamaica (Mama África)’, ‘A Terra Tremeu’, ‘Brilho e Beleza’, “conclut Jorge.

A l'instar du I Encontro das Culturas Negras ["Première rencontre des cultures noires"], le thème des “Carnavals noirs” repris cette année par le carnaval de Pelourinho s'inscrit dans les événements de la décennie consacrée aux Afrodescendants à Salvador, choisie par l'O.N.U. à la suite de la “Rencontre Ibéro-américaine de l'année internationale des Afrodescendants” (Afro XXI) qui s'est tenue en 2011 et lors de laquelle furent organisés des débats sur le racisme et la situation sociale, économique et politique de la population noire dans le monde contemporain.

Lors de la rencontre de l'Afro XXI, la capitale bahianaise a reçu le titre symbolique de “Capitale ibéro-américaine des afro-descendants “. Pour la directrice du CCPI [Centre des cultures populaires et identitaires] Arany Santana, “le thème du carnaval de Pelourinho est en harmonie avec l'agenda des Nations Unies, avec la réalité de Salvador et avec les politiques culturelles que le Secult [ministère de la culture] soutient, comme celles du Carnaval Ouro Negro. Que ces actions jouissent d'une visibilité accrue pendant le carnaval est aussi juste que cohérent, reconnaissant ainsi une composante de la construction de l'identité de Salvador, seconde ville au monde d'Afro-descendants” souligne Arany.

1 commentaire

  • […] ou Ouro Preto. Dans le nord du Brésil, c’est un Carnaval de rue, comme à Dunkerque ! A Salvador, c’est l’héritage afro-brésilien qui est mis à l’honneur. Mais partout, comme chez nous, chacun est libre d’y participer pourvu qu’il soit déguisé et […]

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