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Conversation avec Anne, une des interlocutrices du journal vidéo “Comment ça va à Bamako ?”

La France est en guerre au Mali. Anne Morin à Paris et son amie Awa Traoré à Bamako ont décidé de publier sur YouTube un journal vidéo de leurs conversations sur Skype. Au départ, l’ambition était d’en faire un chaque jour ; il n’a été possible de maintenir cette cadence que quelques jours. Elles sont donc passées à un rythme hebdomadaire et il y a eu un long silence après la neuvième édition.

La dixième vidéo de la série vient d’être mise en ligne.

J’en ai profité pour poser quelques questions à Anne.

Anna Gueye (Global Voices): Pourquoi cette série ?

Anne Morin: Je ne pouvais pas juste rester là à attendre des infos de la presse et je voulais rester en lien avec les amis du Mali et Awa en particulier qui est une amie récente mais avec laquelle je partage beaucoup de choses car elle est aussi réalisatrice de documentaires.

C’est une conversation entre Awa et moi; ce qui moi me soucie c’est par rapport à notre projet d’adoption d’un enfant malien.

Pourquoi le Mali ?

Mes beaux-parents (70 et 75 ans) font de l’humanitaire dans le pays Dogon depuis 10 ans. Ils ont créé une association Jean d’Argile qui en association avec via Sahel a monté un laboratoire biologique dans l’hôpital de Sangha. Cela fait donc des années que je vais au Mali.

Dans les vidéos ci-dessus vous dites que les adoptions internationales se sont arrêtées au Mali. Quelle en est la raison ?

Tout a commencé avec la promulgation du nouveau code de la famille, en janvier 2012, dont l’article 540 limite l’adoption-filiation aux seuls ressortissants maliens. Pendant quelques mois, malgré tout, l'adoption a continué comme avant. Mais en novembre, la Ministre de la Promotion de l’Enfant, de la Femme et de la Famille, Madame Alwata Ichata Sahi, a décidé d’arrêter les adoptions internationales. Il s’agissait alors de répondre à une lettre du Secrétaire de la Convention de La Haye, traité international régissant l’adoption et dont le Mali est signataire. Cette lettre demandait aux autorités maliennes de se mettre en concordance avec le traité international [qu’elles ont signé] et proposait deux alternatives : (i) soit arrêter les adoptions internationales vers des non-Maliens puisque la  nouvelle loi nationale l’interdisait ; (ii) soit de modifier la loi. Les autorités maliennes ont choisi la première alternative, et sans préavis aucun.

Cela concerne combien candidats à l'adoption ?

A l'époque, environ 150 dossiers de candidats étrangers à l'adoption (Français en majorité, Italiens, Espagnols, Canadiens…) avaient été dûment sélectionnés sur des critères moraux et matériels. Leur probité avait alors été reconnue. Ces candidats sélectionnés, attendaient, en confiance, parfois depuis des années, que le Mali leur confie un enfant abandonné. Existait alors un engagement mutuel entre eux et le Mali.

Une politique transitoire a-t-elle été envisagée ?

Malheureusement non. La Convention de La Haye est pourtant très précise : “Retarder le placement familial permanent d'un enfant, surtout dans les cas de transition pourrait être contraire  au principe supérieur de l'enfant”. Or, aucune politique transitoire n'a été mise en place. Les placements n'ont pas été retardés, ils ont brutalement cessé. Et ce qui était cyniquement prévisible advient désormais: l'adoption par les ressortissants maliens étant dérisoire, les pouponnières souffrent d'un effectif pléthorique. Autrefois financées en grande partie par des ONG étrangères de parents adoptifs et candidats à l’adoption, elles ont vus, avec l'arrêt de l'adoption internationale, leur budget fondre. Ce qui signifie, très pragmatiquement qu'elles manquent de tout : eau, lait, nourriture, l'essentiel pour survivre, sans parler de couches ou de biberons ; cela signifie qu'elles ne peuvent plus rémunérer leur personnel, que les enfants manquent de soins (*).

En outre, on soupçonne une recrudescence des infanticides, l'abandon étant interdit au Mali et les pouponnières étant surchargées.

Ce constat ne vient pas de nous. Il est admis de tous les acteurs de l'adoption au Mali qui se sont rassemblés du 16 au 18 mai à Bamako, à l'initiative du Ministère de la Promotion de la Femme et de l'Enfant, lors de l'Atelier de concertation sur l'adoption. Tous se sont accordés sur la nécessité absolue de solutions d'urgence humanitaire.

Comment peut évoluer la situation ?

La seule recommandation que préconise le ministère est une modification de la loi et ce après les prochaines élections, prévues  en juillet. Au mieux, ce ne serait donc pas avant de nombreux mois que les apparentements et les adoptions reprendraient.

Les enfants sont déjà en attente et manquent de tout depuis 8 mois. Dans la vie d'un nourrisson, 8 mois sont une éternité. La temporalité de la démarche législative, pour légitime qu'elle soit, ne doit pas venir en opposition avec la temporalité d'un nourrisson.

La solution humanitaire d'urgence est pourtant à portée de main : apparenter les candidats déjà sélectionnés,  ceux-là même qui se sont engagés à aimer et élever dans leur foyer un enfant du Mali dans le respect de sa culture d'origine.

C'est peut-être une lecture interprétative de la loi mais elle a déjà été faire au début du mois de mai 2013 : 8 jugements d'adoption d'enfants apparentés avant octobre 2012 (et la mise en vigueur du nouveau code de la famille) auprès de familles européennes, ont enfin eu lieu. Dans l'intérêt supérieur de l'enfant, et parce qu'il y a urgence, qu'il y a non-assistance à personne en danger, cette interprétation-là est la bonne.

 

(*) On envoie régulièrement des dons aux pouponnières et là, on a préparé 4 m3 de lait, de couches et de vêtements qui devraient pouvoir partir la semaine prochaine. Il y a 100 enfants adoptables à Bamako.

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