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Le nouveau gouvernement bulgare bousculé par les manifestations

(Billet d'origine publié le 19 juin 2013)

La désignation d'un député controversé du parti de la minorité musulmane turque à la tête de l'Agence de Sécurité de Bulgarie a déclenché une énorme vague de manifestations dans tout le pays contre un gouvernement en place depuis seulement deux semaines.

Plus de 10.000 personnes se sont rassemblées dans la capitale Sofia le 14 juin 2013 lorsque Delian Peevski, un magnat des média et membre du Mouvement pour les droits et des libertés (MDL), impliqué dans plusieurs scandales de corruption ces dernières années, a été confirmé à ce poste-clé après un vote en un quart d'heure et sans débat à l'Assemblée nationale.

La manifestation géante a été organisée en quelques heures à l'aide des réseaux sociaux et, malgré une pluie diluvienne, des milliers de personnes se sont massées [anglais] devant les bureaux du gouvernement. La province a aussi connu des manifestations. Et depuis, elles n'ont pas discontinué.

Thousands gather to protests in the streets of Sofia. (Photo used with permission)

Des milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Sofia pour manifester. Photo du site web Saprotiva (Résistance). Avec permission.

Après le premier jour de ces manifestations inattendues, Peevski a annoncé être prêt à renoncer au poste [NdT : sa démission est intervenue le 16 juin].

Ce qui n'a pas empêché les manifestations de prendre encore plus d'ampleur les jours suivants. Le 16 juin, 15.000 personnes ont participé à un rassemblement contre le gouvernement du Parti socialiste bulgare et de son allié le MDL de la minorité turque, qui avait précédemment appuyé la nomination de Peevski.

Les manifestants mettent la pression sur le nouveau gouvernement, dont l'arrivée au pouvoir ne date que des élections du 12 mai 2013, qui ont suivi la démission du Premier Ministre bulgare Boïko Borissov en février. La chute de son cabinet résultait de la contestation généralisée contre les prix élevés de l'électricité, le faible niveau de vie et les multiples scandales de corruption. Ce mouvement encore frais, sans précédent en son temps, semble déjà éclipsé par l'immensité, encore plus grande, des manifestations actuelles.

Le blogueur et journaliste bulgare (et auteur pour GV) Ruslan Trad a confié [bulgare] sur Facebook ses observations sur les manifestants de cette nouvelle série :

Не мога да отрека едно много важно нещо за сегашните протести – профилът на недоволните е различен. Видях много мои любими хора, приятели, познати, някои от които никога не са протестирали. Представете си колко мотивация им дава правителството, за да излязат на улицата?

Je ne peux pas nier une caractéristique très importante des manifestations d'aujourd'hui : le profil des mécontents a changé. J'ai vu beaucoup de mes amis, de mes connaissances, dont certains n'avaient jamais manifesté. Imaginez quelle motivation leur a donné le gouvernement, pour qu'ils sortent dans les rues ?

La journaliste Louboslava Rousseva a donné son explication [bulgare] des événements et du passé de Peevski, marqué par une litanie de scandales et de polémiques :

Да се коментира този чудовищен цинизъм изглежда трудна задача, така че ще пробвам да загрея с някои факти от възходящата кариера на „силната ръка“.

„Капитал“ припомня, че най-големият скандал, в който е замесено името му към онзи момент, е свързан с приватизацията на столичната зала „Универсиада“ и спортния комплекс „Тотошанс“ в Златни пясъци.

Историята е следната:
Майката на Пеевски – Ирена Кръстева, е шеф на Българския спортен тотализатор. Покрай нея, синът се сближава със спортния министър Васил Иванов-Лучано. Така имотите се оказват апортирани от държавната фирма „Олимпика“ ЕАД в смесено дружество, в което участва частна фирма, свързвана със самия Лучано.

C'est un exercice difficile que de commenter ce monstrueux cynisme, je commencerai donc par un tour de chauffe avec quelques faits de la carrière de “Gros Bras”.

L'hebdomadaire bulgare Capital nous rappelle le plus gros scandale auquel Peevski a attaché son nom, celui de la privatisation de la salle Universiada à Sofia et un complexe sportif dans la station balnéaire des Sables d'Or.

L'histoire est la suivante :
La mère de Peevski est Irena Krasteva, la chef du Totalisateur sportif bulgare [la loterie nationale de Bulgarie]. Avec elle, Peevski est devenu un proche du Ministre des sports d'alors, Vasil Ivanov-Loutchano. Et voilà comment ces biens immobiliers se sont retrouvés séparés d'une entreprise d'Etat en faveur d'un partenariat public-privé, auquel participe une entreprise privée, avec le nom de Loutchano.

Ces dernières années, les scandales de corruption tels celui décrit plus haut par Rousseva sont devenus banals pour les Bulgares. Entre autres affaires du même genre, Delyan Peevski a été renvoyé en 2007 de son poste d'alors de vice-ministre de la gestion des catastrophes après une querelle de corruption. Comme l'avait alors rapporté Sofia Echo, Peevski avait été rétabli à son poste de juge d'instruction à Sofia par décision du Conseil supérieur de la magistrature le 14 novembre 2007. De quoi compendre les virulentes réactions des internautes à la nomination de Peevski à la direction de l'Agence de Sécurité Nationale.

A protester in Sofia carries a sign saying: "The lack of evolution in you leads to a revolution in us!" (Photo used with permission)

Sur la pancarte : “L'absence d'évolution chez vous mène à la révolution chez nous !” Photo de Ivaylo Nenov. Avec permission.

Une autre journaliste bulgare, Svetlana Georgieva, a déploré la nomination [bulgare] de Peevski dans un éditorial du quotidien Sega :

Най-тежките ни кошмари се сбъднаха. България вече не е демократична парламентарна република. След избора на Делян Пеевски за председател на Държавната агенция “Национална сигурност” (ДАНС), след най-вонящата сделка на века, България е с олигархично държавно устройство.

Un de nos pires cauchemars est devenu réalité. La Bulgarie n'est plus une république parlementaire démocratique. Après la nomination de Delyan Peevski comme chef de l'Agence de Sécurité Nationale de Bulgarie, après l'accord le plus répugnant du siècle, la Bulgarie est une structure oligarchique.

Christo Komartnitski, un des plus célèbres caricaturistes bulgares, a écrit [bulgare] sur Facebook:

Добре де, като се замислих, каква новина е, че мафията си има държава?

Eh oui, quand on y pense, ça c'est une nouvelle : la mafia a son pays.

Ivan Bakalov, rédacteur en chef de E-vestnik.bg, un organe alternatif de presse en ligne, a commenté [bulgare] dans un éditorial sur la classe dirigeante :

Те напълно изпариха впечатлението, че има нещо експертно в този кабинет. Дори някои министри заради избора на Пеевски станаха смешни и търпят негативи, че участват в този кабинет.
Умряха надеждите, че България има що-годе разумно правителство, което ще спасява страната след управлението на ГЕРБ.

Ils [les hommes politiques au pouvoir] ont totalement détruit l'impression qu'il y a la moindre compétence dans ce cabinet. Et même des ministres se sont ridiculisés avec la nomination de Peevski et souffrent du négatif auquel il participent dans ce gouvernement particulier.
L'espoir que la Bulgarie ait un gouvernement relativement sensé, qui sauve le pays après la direction par le GERB [le parti précédemment au pouvoir], est mort.

Et Bakalov d'ajouter :

Орешарски и БСП имаха звезден миг, който изпуснаха – можеха да се опънат на натиска на ДПС за Пеевски, с цената на отказ от правителство, нови избори наесен и т н. И щяха да оберат овациите и да получат подкрепа от избиратели извън своята периферия… Сега правителството е под въпрос. Не може да се предвиди кога ще има избори.

Le Premier Ministre Plamen Orecharski et le Parti socialiste bulgare ont eu leur moment de célébrité, et l'ont perdu : ils auraient pu résister aux pressions du MDL pour le choix de Peevski, au prix de leur démission et de nouvelles élections à l'automne. Et ils auraient pu être acclamés pour cela et en retirer un soutien d'électeurs hors de leur périmètre. A présent l'existence du gouvernement est mise en doute. Et impossible de prédire quand il y aura les élections.

De même que le gouvernement précédent avait démissionné et avait lancé des élections anticipées après des manifestations, la présente équipe, ou plutôt une partie de la majorité, le parti socialiste, semble faire l'objet d'une attente similaire. Certains, comme Bakalov déjà cité, sont révoltés que le parti socialiste semble céder à la pression du MDL, son partenaire de coalition, pour sauver le nouveau gouvernement. Les manifestations et le mécontentement massif contre le pouvoir ne sont pas près de cesser en Bulgarie.

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