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Quelles perspectives pour le data journalisme en Afrique de l'Ouest ?

Le site FiveThirtyEight vient d'être lancé avec un buzz important dans le monde des médias américains. C'est un site web qui a vocation à vulgariser le concept de data journalisme ou journalisme de données. Son créateur, Nate Silver, est un statisticien américain qui est devenu célèbre dans l'opinion publique américaine pendant la campagne présidentielle de 2007-08. En effet, la justesse de ses prévisions lors de l’élection présidentielle américaine de novembre 2008 (il prédit correctement le vainqueur dans 49 des 50 États) lui vaut une plus grande attention du public. Il prédit correctement aussi les résultats des 35 élections sénatoriales de cette année. Le journalisme de données n'est pourtant plus un concept inconnu pour la plupart des médias dans le monde. 

Nate Silver explique les objectifs du site :

Relatively little of this coverage entailed making predictions. It usually involved more preliminary steps in the data journalism process: collecting data, organizing data, exploring data for meaningful relationships, and so forth. Data journalists have the potential to add value in each of these ways, just as other types of journalists can add value by gathering evidence and writing stories.

A vrai dire, le site ne faisait pas tant de prédictions que ça. L'essentiel de notre contenu tendait plutôt vers le processus de journalisme de données, c'est à dire la collecte de données, l'organisation des données, l'exploration des données pour mettre en avant les relations significatives, et ainsi de suite. Les journalistes de données ont la possibilité d'apporter de la valeur ajoutée par ces canaux, tout comme les autres catégories de journalistes qui ajoutent de la valeur par la collecte de preuves et la rédaction d'articles.

Si le lancement du site et le buzz autour est indicatif du futur des médias, le journalisme des données n'est plus une nouveauté depuis quelques années. En Europe, de nombreuses initiatives ont déjà été lancé dans ce sens, notamment avec OWNI en France et le Data Blog du Guardian en Angleterre.  

Dans les pays émergents, la valeur ajoutée au data journalisme n'est plus à démontrer. Cependant,  un modèle de pérennisation de la pratique est encore à trouver. Bertrand Pecquerie, responsable de Global Editors Network pense que les barrières juridiques sont encore trop importantes dans la plupart  des pays émergents [en] :

Clearly, data journalism is at an early stage in emerging countries. The real barrier is access to open data, and the laws are still friendlier in, [for example], Sweden and Norway than in Nigeria or Pakistan.

De toute évidence, le data journalisme est encore à un stade précoce dans les pays émergents. Le véritable obstacle est l'accès public aux données. Par exemple, les lois en vigueur sur ce sujet sont à ce jour plus adaptées en Suède et en Norvège qu'au Nigeria ou au Pakistan.

Sur le continent Africain, le data journalisme connaît aussi un bel essor mais fait face à des difficultés du côté de la disponibilité et de la fiabilité des données existantes.  Cheikh Fall, fondateur de Sunu2012 au Sénégal et  Nicolas Kayser-Bril, co-créateur de journalism++ et animateur d'un atelier de formation au data journalisme à Dakar, explique les besoins en données fiables au Sénégal :

L’accès aux données est largement insuffisant. Nous avons 100 personnes qui relaient l’information sur le terrain et une communauté de quelques 1 000 personnes qui suivent le site. Pour nous, l’enjeu principal est de démocratiser le mode de traitement de l’information et que celui qui habite à 500 kilomètres de Dakar puisse avoir accès à l’information [..] Ils vont chercher les données à la base et ne se contentent pas de vérifier un chiffre sorti de la bouche d’un politique. L’intérêt du fact-checking est de pouvoir vérifier et contester les données officielles. On sait qu ’il y a un problème de données, donc l’enjeu est d’en chercher de nouvelles.

Infographie sur la taille du continent africain - domaine public

Infographie sur la taille du continent africain – domaine public

Nicolas Kayser-Bril explique dans la vidéo suivante sa vision du data journalisme:

Internet sans frontières était aussi impliqué dans l'organisation de cet atelier de formation à Dakar. Les responsables du groupe, Julie Owono et Archippe Yepmou expliquent les objectifs de l'atelier :

Au Cameroun, Dorothée Danedjo Fouba note que le Cameroun est certes une référence en Afrique sur le journalisme en ligne et mais souligne qu'il existe encore des carences réglementaires : 

Au Cameroun, la classification des journaux en ligne devient plus complexe du fait d’une absence de nomenclature dans le domaine du webjournalisme. Des propositions de nomenclature non encore validées par le législateur présente la presse en ligne sous le nom presse cybernétique constituée de « cyberjournal » ou « journal multimédia ».

Mais des initiatives importantes sont entrain de se mettre en place, comme le souligne IZANE Gaétan sur twitter :

Une autre initiative, Feowl , a permis de mettre en avant avec les données existantes le problème du délestage à Douala. Une infographie de sensibilisation au problème a été produite avec les informations recueillies :

Délestage à Douala, Cameroun via Bantu Politics

Délestage à Douala, Cameroun via Bantu Politics

Le projet Feowl n'a pas pu aller à son terme faute de moyens, mettant en avant une nouvelle fois la difficulté de pérenniser les projets de data journalisme en Afrique de l'ouest.

En Côte d'Ivoire, Le blog de Yoroba pense que ce type de journalisme est l'avenir du journalisme :

« Est-ce un métier pour l’avenir ?» me demandait un journaliste au sortir d’un atelier que je donnais sur le même thème. « Non, lui ai-je répondu, c’est un métier pour aujourd’hui ». [..] Le web journaliste doit tenir compte de l’environnement web dans lequel évolue désormais la profession. Un environnement de pluralité de sources. Le journaliste se retrouve parfois avec des versions différentes sur un sujet. Des informations complémentaires ou même contradictoires. Aux journalistes de faire le tri, de recouper et de vérifier ses sources.

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