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Échéance énergétique : la course contre la montre de la filière éolienne

Eoliennes en merLes objectifs de la filière éolienne ne manquent pas d’ambition : 19 000 MW issus des parcs terrestres et 6 000 MW des parcs offshore doivent être raccordés d’ici 2020. Les délais sont aussi courts que les obstacles sont nombreux. Mais à cœur vaillant rien n’est impossible. En l’occurrence, la France dispose de nombreux atouts pour faire de cette filière une filière d’excellence et respecter ses engagements.

Observ’ER a publié son baromètre des énergies renouvelables électriques en France. Il révèle que depuis 2011, le chiffre des puissances éoliennes terrestres annuellement raccordées au réseau ne cesse de chuter. Moins de 350 MW connectés au parc français au premier trimestre 2013 pour une puissance totale de 7971 MW (moins 38 % par rapport à 2012).

À ce rythme-là, les chances d’atteindre l’objectif des 19 000 MW raccordés fin 2020 sont faibles. L’enthousiasme qui prédominait à l’aube des années 2000, période à laquelle l’éolien représentait l’avènement des énergies renouvelables en France, doit-il pour autant disparaître ? Loin de là.

Lever l’incertitude liée aux tarifs d’achat

Parmi les raisons de ce ralentissement, outre l’augmentation des coûts de raccordement et la décroissance des financements d’actifs éoliens, figure aussi et surtout l’incertitude liée aux conditions d’achat de l’électricité d’origine éolienne en France : 

La législation française prévoit que les producteurs d'électricité d'origine éolienne bénéficient d'une obligation d'achat de l'électricité à un prix supérieur à celui du marché. Ce mode de financement engendre donc des surcoûts pour les distributeurs d'électricité, EDF en tête. Or, ces surcoûts font l'objet d'une compensation intégrale financée par des contributions dues par les consommateurs finals d'électricité.

 Des facteurs aujourd’hui connus auxquels les acteurs de la filière tentent d’apporter des solutions, car l’éolienne terrestre dispose de tous les équipements et le savoir-faire nécessaires à son développement.

Mais il faut compter avec les délais juridiques de circonstances. Le Conseil d’État doit encore se prononcer sur une éventuelle annulation de l’arrêté tarifaire qui pourrait créer une période de flottement impropre à la relance de la filière.

Turbine à vent - via wikipédia - CC-BY-2.0

Turbine à vent – via wikipédia – CC-BY-2.0

Bétonner en amont la préparation des projets éoliens offshore

Côté offshore, les premiers jalons industriels ont déjà été posés sur un terrain plus que favorable : un vaste espace maritime (11 millions de km2 de côtes réparties sur quatre façades maritimes) et des zones portuaires favorables à l’accueil des infrastructures nécessaires. En 2011 étaient attribués 4 lots : Fécamp (498 MW), Courseulles-sur-Mer (450 MW) et Saint – Nazaire (480 MW) à un consortium emmené  par EDF EN et le site de Saint-Brieuc (500 MW) à Ailes Marines SAS.  

Le second appel d’offres, lancé en 2013, concerne deux zones, l’une au large du Tréport, la seconde sur le plateau des Bœufs, au large des îles d’Yeu et de Noirmoutier. Puissance en jeu : 1000 MW. Deux consortiums se sont proposé de les exploiter : EDF-En & WPD en partenariat avec Alstom et GDF Suez & EDP associé à Areva. Les deux parcs devraient être opérationnels entre 2021 et 2023.

Un appel d’offres qui avait fortement réjoui Jacques Auxiette, président de la Région Pays de la Loire, en janvier 2013 :

Avec celui du banc de Guérande, la construction de ce deuxième parc éolien en mer permettra d’atteindre la taille critique nécessaire à l’émergence d’une filière qui devrait générer à terme plus d’un millier d’emplois et plusieurs milliards d’euros de retombées économiques.

Mais là encore, le calendrier énergétique se fait pressant. Le Grenelle de l’environnement s’était fixé pour objectif d’implanter 6000 MW en mer d’ici 2020. Tout juste la France aura-t-elle mis en service les 2000 MW du premier appel d’offres entre 2017 et 2019.

Il s’agit donc pour les concurrents du Tréport et des deux îles d’Yeu et de Noirmoutier de présenter des projets qui coïncident avec les exigences du calendrier énergétique. En creux, cela signifie qu’il faut réduire au maximum la marge d’erreur entre la théorie et la pratique, histoire d’éliminer les risques de voir survenir les mauvaises surprises au moment de confronter les plans des ingénieurs à la réalité du terrain.

Côté Alstom/EDF EN/WPD, la conformité du projet avec les exigences de l’environnement dans lequel il s’inscrit ne fait pas de doute. Les études réalisées (ornithologique, géotechnique, de courant, etc.) sont des atouts manifestes de sa candidature. Les éoliennes Haliade 6 MW sont testées à terre sur le site du Carnet en Loire-Atlantique depuis 2012. Elle sont également actuellement installées sur le site de Belwind en Belgique pour expérimenter son fonctionnement en milieu marin. C’est l’aboutissement du projet AOF (Alstom Offshore France) qui s’inscrit dans le cadre du projet Grand Eolien lancé en 2011 par le Gouvernement, soucieux de rester en pointe dans la filière. Cette éolienne a notamment pour caractéristiques d’utiliser un alternateur à aimants permanents, plus fiable et donc moins coûteux en termes de maintenance.

Côté GDF-Suez/Areva/EDP, on prévoit  une éolienne 8 MW. Elle est au tout début du processus de développement à ce jour et le consortium n’a pour l’instant pas réussi à obtenir d’autorisation pour la tester. Dans l’hypothèse improbable où Areva parvenait à la mettre au point dans les temps, sera-t-elle adaptée au terrain auquel elle est destinée ? La question mérite d’être posée en l’absence d’études techniques et environnementales réalisées par le consortium.

Ceci explique qu’il n’ait pas rectifié les inadéquations techniques révélées par un examen plus attentif de l’éolienne. Sa forte puissance ne pourra pas être exploitée au large de la Vendée où les vents semblent  trop faibles pour qu’elles puissent tourner à plein régime. L’implantation des fondations en jacket risque également de poser problème. Ce type de fondations nécessite de forer les sols ; or ils sont particulièrement durs sur la zone concernée. EDF EN, après une étude des sols complète via la réalisation de test de forages, a d’ailleurs choisi de privilégier des fondations gravitaires qui ne nécessitent pas de forage.

Enfin, sur le papier, le projet de GDF occuperait moins d'espace, car comporterait moins d’éoliennes (62) que celui d’EDF EN (83 machines). Mais il semble  que le parc éolien de GDF soit en réalité plus grand que celui prévu par EDF, et donc empièterait davantage sur le domaine maritime public, avec tous les impacts que l’on peut imaginer. Il a d’ailleurs décidé le comité régional des pêches et élevages marins des Pays de la Loire (COREPEM) à opter pour le projet d’EDF EN.

C’est une véritable course contre la montre que connaît la France aujourd’hui pour respecter les engagements qu’elle a fixés à la filière éolienne. Si le calendrier est serré, il n’est pas impossible à respecter. Il faut compter sur la notification rapide d’un nouvel arrêté tarifaire pour redonner visibilité et confiance aux acteurs de la filière. Concernant l’éolien offshore, filière encore jeune, les projets industriels sérieusement préparés en amont doivent être privilégiés afin de coller au maximum aux délais imposés.

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