De l'égalité filles-garçons aux journées de retrait de l'école, rumeur et manipulation

Manif pour tous

La Manif Pour Tous – 13 janvier 2013par Mon_Tours sur Flickr, licence CC BY-NC 2.0

L'expérimentation sur l'égalité filles-garçons à l'école a engendré une forte polémique en France où les opposants à l'initiative perçoivent le projet comme une attaque contre les valeurs familiales traditionelles. le projet avait vocation à dépasser, au départ, les stéréotypes sur les filles et les garçonsà l'école en utilisant de nouvelles méthodes et en évaluant comment les élèves réagissaient au programme.  Une campagne importante a été alors initiée pour mettre en avant les différences naturelles entre filles et garçons. Des manifestations nommées, “Jours de la colère” ont été organisé dans plusieurs villes ainsi qu'un projet de boycott de l'école. 

La désinformation pendant cette campagne a pris de telles proportions que le ministère de l'éducation nationale a organisé des rencontres avec les parents d'élèves pour rétablir les faits.  Le quotidien “Le Monde” a aussi fait une analyse, dans un article du 28 janvier 2014, des “Cinq intox sur la théorie du genre“. Cet article souligne les rumeurs propagées par la campagne, notamment une citation erronée qu'emploie l'extrême droite pour dénoncer l'action du gouvernement dans le domaine de la famille et des valeurs. Selon les militants, Laurence Rossignol aurait dit, il y a quelques mois, “Les enfants n'appartiennent pas à leurs parents, ils appartiennent à l'État”. Or, la deuxième partie de cette phrase est totalement inventée, comme le démontre cette vidéo qu'a retrouvée le site Arrêt sur images.

On a fait dire quelque chose à Laurence Rossignol qu'elle n'a jamais voulu dire et, surtout, qu'elle n'a jamais dit. Elle s'en explique ici :

 

En passant des “études de genre” à l'inexistante “théorie du genre”, la rumeur a enflé jusqu'à la manipulation et l'intox, l'outrance verbale défiant toute rationnalité. Les parents sont incités à observer, pour protéger leurs enfants, des “Journées de retrait de l'école”. Le Monde explique :

Deuxième intox : l'enseignement de la « théorie du genre » devient obligatoire

Ce climat d'hystérie autour des questions d'égalité hommes-femmes ou de lutte contre l'homophobie débouche sur des phénomènes assez dramatiques, comme cette vague de SMS appelant les parents à retirer leurs enfants des écoles un jour donné pour dénoncer cet « enseignement obligatoire » du « genre ».

Derrière ces rumeurs, on trouve l'extrême droite. Plus précisément, des militants proches de l'extrême droite qui ont monté un « jour de retrait de l'école », assurant que « l'Etat, sous couvert de lutter contre l'homophobie, introduit à notre insu la théorie du genre à l'école : homosexualité, bisexualité et transsexualité entrent dans tous les programmes scolaires ».

Toute la panoplie des sites internet et des réseaux sociaux est évidemment mise à contribution pour propager les rumeurs :

 

Si le blog Théorie du genre, virus idéologique n'a plus été actualisé depuis septembre 2013, la page Facebook “Toute la vérité sur l'inventeur des gender studies”  a une diffusion assez restreinte (1587 “likes”). 

En à peine quelques jours, Farida Belghoul, l'initiatrice de ce mouvement, a monté plusieurs réunions “d'informations” et des journées de retrait étaient organisées dans différentes villes de France : Lyon, Rennes et Strasbourg le 24 janvier puis en Ile-de-France, dans l'Oise, à Vernon, Metz, Nancy et Nantes le 27 janvier 2014, pendant lesquelles les parents sont invités à retirer leurs enfants des établissements scolaires pour montrer leur désaccord avec le supposé enseignement de la théorie du genre. 

Le site en construction Jre 2014 rassemble différentes vidéos montrant notamment ses interventions sur la théorie du genre. Bien plus que le site internet, les réseaux sociaux ont été largement utilisés pour propager la rumeur et s'assurer de la mobilisation des parents pour ces journées de retraits. En quelques semaines, la page facebook JRE2014 a rassemblé près de 18000 abonnés ; créée le 19 décembre 2013, elle compte à ce jour 20000 “likes”. Sur cette même page, on peut lire les commentaires des parents ayant reçus des sms leur demandant de ne pas emmener leurs enfants à l'école. 

logo_abcdegalite

Logo de l'ABCD de l'égalité

Céline Violette écrit sur cette page [fr] :

Y-a-t-il une PETITION OFFICIELLE pour l'interdiction de l'INTRUSION de la théorie du genre à l'éducation nationale? Afin de permettre de compter tout le monde, père ET mère, et tous les citoyens qui n'ont pas d'enfant et qui sont conscients de ce qui se passe.

 
Dans une tribune parue dans le journal Le Monde le 1er février 2014 sous le titre “Jour de colère, nuit pour tous”, le journaliste Jean Birnbaum s'alarme :
Pour le moment, ce compagnonnage avec un sombre nihilisme condamne les collectifs colériques à l'impuissance politique. Mais c'est aussi lui qui les rend si difficiles à combattre pour les partis traditionnels, de droite comme de gauche. […] Il y a ici un cauchemar pour quiconque demeure attaché à une éthique de la rationalité, qu'elle soit religieuse ou politique. 
[…]
Par-delà les slogans politiques, la galaxie de la « colère » représente donc un défi lancé aux pratiques d'enseignement et aux institutions démocratiques. Si ce défi n'était pas relevé, alors le « jour de colère »pourrait bien devenir la nuit pour tous.
 

On trouvera plus rafraîchissant l'appel des enfants, relayé par le site de parodie Le Gorafi.fr :

Les enfants demandent donc que cessent ces rumeurs et fausses informations, qu’on les laisse retourner à l’école. Quant à la théorie du genre, ils estiment qu’elle n’a pas lieu d’être. « Des fois, les filles elles sont fortes comme les garçons, et même que hier Joachim il a perdu toutes ses billes contre Sofia de la classe de madame Dumas, on a bien ri ».

 Constatant que la manipulation trouve une cible facile dans les quartiers populaires, Kaissa Titous interpelle son ancienne camarade de lutte pour l'égalité dans une lettre ouverte, “Farida, avec ta journée de retrait de l'école, tu es en train de trahir nos quartiers” :

Tu voudrais qu’aujourd’hui nous faisions des alliances avec des forces politiques qui n’ont pas arrêté de prospérer sur la haine de nos quartiers et de ses habitants, qui nous agitent comme repoussoirs à chaque élection, qui nous accusent d’être des envahisseurs, qui arrachent les pains au chocolat et le pain de la bouche des Français de souche
Cet article a été rédigé de manière collaborative par Jean-Pierre Wetzels, Elise Lecamp et Suzanne Lehn.

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