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Construction d’usines hydroélectriques en Amazonie: Accusations d’une jeune indigène brésilienne

Cet article fait partie de notre dossier spécial Belo Monte [en portugais]

(Le billet d'origine a été publié en portugais le 4 octobre 2012)

Afin de satisfaire la demande d’électricité des secteurs résidentiels et industriels, le gouvernement brésilien a commencé la construction d’une série d’usines hydroélectriques dans les régions du Pantanal et de l’Amazonie, de la même envergure que celles, entre autres, construites sur le fleuve Tapajós et sur l’un de ses affluents, le Teles Pires.  Selon les informations diffusées sur le blog [en portugais] de l’entreprise Norte Energia, qui est responsable de la construction de l’usine Belo Monte, ce projet garantit l’approvisionnement électrique face à une demande toujours croissante, et se trouve d’autant plus justifié par le besoin d’accélérer le développement du pays.

Le projet de construction des usines de São Luiz do Tapajós et de Teles Pires, à l’instar de celui de Belo Monte, a été juridiquement remis en cause car les populations locales n’ont pas été consultées en bonne et due forme et l’évaluation écologique intégrée réalisée sur les lieux s’est révélée insuffisante. Il faut noter que la région est d’autant plus en péril qu’elle est menacée par la déforestation et l’expansion de l’élevage.

Nous vous proposons de lire la seconde partie de l'interview de Sany Kalapalo, une jeune militante indienne du fleuve Xingu.

Au vu des menaces qui pèsent actuellement sur l’Amazonie, d’après vous, quel est l’avenir des forêts et des peuples indigènes de la région ?

Nous, les Indiens de la rivière Xingu, avons toujours dit  que l’homme blanc pense que la nature lui appartient et qu’il peut faire d’elle ce qu’il veut, mais un jour, la nature qui est notre mère à tous, ne pourra plus le supporter et elle finira par se venger.

Les dirigeants politiques, coupables de méga-corruption et responsables de la construction de ces mégas-usines, permettent aux compagnies d’électricité de s’enrichir aux dépens du public, contribuant ainsi à l’enrichissement des riches et à l’appauvrissement des pauvres. Si le gouvernement était vraiment concerné par le développement du pays, il implanterait des réseaux d’énergie là où ils font le plus défaut pour résoudre le problème des pannes d’électricité générales dont souffrent certaines régions.

Nous, les Indiens, n’avons rien contre les usines hydroélectriques en tant que telles, en revanche, nous sommes particulièrement opposés à ce projet et à la façon dont se développent ces usines en général. Elles détruisent l’environnement et ruinent les habitants de la région. Nous condamnons la construction de l’usine de « Belo Monstre » [Belo Monte], car elle va toucher la vie de beaucoup de familles pauvres et de peuples indigènes. Pourquoi construire une usine qui ne servira que deux saisons par an? Car la rivière Xingu est en général asséchée le reste de l’année.  Que deviendra alors l’usine pendant la saison sèche? Que deviendront les maisons et les entreprises sans courant ? Pensez-y un peu. Le Brésil pourrait produire de l’énergie tout en protégeant l’environnement et sans commettre d’injustices envers le peuple brésilien. Savez-vous quel sera l’avenir des habitants de cette région ? L’inondation et la destruction de leurs maisons et de leurs terres, ainsi que la perte de leur identité.  Autrement dit, ils vont tout perdre et ils finiront par vivre dans la misère, cela est certain. Voilà ce que souhaite notre gouvernement. C’est la pure vérité !

C’est pourquoi Belo Monte ne représente pas à mes yeux la voie du développement, mais celle de la destruction partielle, voire totale, des peuples autochtones comme des non autochtones, et celle de l’environnement.

Jose Carlos Arara, chefe da tribo Arara, discute o impacto negativo de Belo Monte no seu povo, que depende do rio Xingu para o seu sustento. Foto de K. L. Hoffmann copyright Demotix (13 de Agosto, 2011)

Jose Carlos Arara, chef de la tribu Arara, dénonce l’effet désastreux de Belo Monte sur son peuple, qui dépend de la rivière Xingu pour assurer sa subsistance. Photo de K. L. Hoffmann © Demotix (13/08/2011)

Les ONG, nationales et internationales,  sont accusées d’être soi-disant les « ennemies du Brésil ».  Les membres du mouvement Xingu pour la vie ont également été victimes d’accusations semblables. D’après vous quelles organisations ont un impact positif dans la région ?

Je connais les fondateurs de Xingu pour la vie, leurs militants aussi, car nous travaillons en étroite collaboration avec eux. J’ai également entendu parler des rumeurs qui circulent à leur sujet. La vérité, la voici : ceux qui nous gouvernent cherchent à nous tromper et veulent nous convaincre que l’organisation Xingu pour la vie est notre ennemie. On veut nous faire croire que leurs militants sont des hors-la-loi parce qu’ils occupent les chantiers de construction. De ce fait, le gouvernement préfère les discréditer plutôt que de prendre en compte leurs revendications, lorsqu’en réalité ils ne cherchent qu’à protéger la nature au nom des peuples indigènes, qui sont ignorés dans leur propre pays.  Nos dirigeants sont nos véritables ennemis. Ils saccagent le pays et veulent tenter de nous duper avec leur propagande mensongère. Mouvement Indigènes en Action (MIA), créée en 2011, est l’une des organisations qui travaille dans la région et nous apporte son soutien. Grâce à MIA le peuple brésilien a repris le combat pour la défense des forêts et des peuples indigènes.

Depuis 2011, la mobilisation des gens et plusieurs décisions judiciaires ont réussi à paralyser la construction de l’usine de Belo Monte, mais la reprise des travaux a récemment été autorisée une nouvelle fois. Pensez-vous que l’heure est venue de se rendre à l’évidence ou bien faut-il encore continuer la lutte ?


Je suis ravie de voir que la mobilisation contre Belo Monte n’a cessé de s’intensifier depuis 2011. Je suis sûre que c’est à cause des grandes manifestations que nous avons organisées, non seulement ici, à São Paulo, mais partout au Brésil, conjointement avec Indigènes en Action,  Xingu pour la vie, et Brésil pour les forêts, une organisation qui se bat pour la réforme du nouveau Code forestier. Nous, les Indiens, sommes décidés à lutter jusqu’au bout, comme nous l’avons toujours fait. Si ceux qui construisent Belo Monte veulent voir couler notre sang, ils le verront couler. Si les juges blancs veulent chercher à nous nuire, le massacre des indigènes commencé il y a 512 années va continuer. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas des assassins de la nature, contrairement à nos dirigeants politiques.

Le 20 octobre à 14 heures devait avoir lieu une manifestation contre l’usine hydroélectrique de Belo Monte, devant le siège de l’Organisation des Nations Unies, à São Paulo. L'objectif est de demander à l’ONU de défendre la cause de la rivière Xingu.

Cet article fait partie de notre dossier spécial Belo Monte. [en portugais]

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