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Mauritanie : Commémoration du massacre de soldats noirs d’Inal

Le 28 novembre aurait dû être un jour joyeux pour les Mauritaniens, car il commémore l'indépendance du pays envers la France.

Mais, il rappelle aussi des souvenirs tristes et sanglants [anglais ; page suspendue entre-temps], car, à cette même date, en 1990, un nettoyage ethnique a été perpétré au sein de l'armée mauritanienne. Dans des circonstances mystérieuses, au moins 28 soldats noirs ont été exécutés dans un village isolé situé à 500 km au nord de Nouakchott, la capitale. Donc, ce jour du 52ème anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie, un groupe d'activistes mauritaniens représentant plus de 17 organisations de droits humains, s’est dirigé vers Inal, où les victimes du massacre sont enterrées, accompagnée par quelques proches des soldats massacrés, pour leur rendre hommage, réclamer que justice soit rendue et aussi attirer l'attention sur cette affaire, qui a longtemps été enterrée et oubliée. Le groupe a d'abord été intercepté par les autorités, qui ont finalement libéré ses membres. L'an dernier, une visite similaire avait eu lieu, organisée par le même groupe. Comme l'année dernière, le groupe a également visité le village de Sori-male dans la région de Brakna, pour commémorer ce qui est appellé les « années de cendre », au cours de desquelles des centaines de Mauritaniens noirs ont perdu la vie entre 1989 et 1990.

Le site d’Al Watan (La Nation) a publié en Une des témoignages des familles des victimes du génocide, qui ont parlé de leur tragédie et l'injustice qu’ils subissent et exigent la punition des auteurs du massacre [arabe] :

السيدة سالمتا جالو: تحكي أن زوجها وأخاها قتلا هنا وهي مفجوعة بمصيبتين في آن واحد، تحلف بالله إن هذه المجازر وقعت على حين غفلة من الأهالي “وتمت في يوم واحد هو يوم 28 نوفمبر هذا اليوم الذي يحتفل به الموريتانيون عيد استقلال وطني، حوله هؤلاء إلى مأساة تذكرنا كل سنة بهذه المجزرة”، تبدي سالمتا جالو تأسفها على تغاضي السلطات وتراخيها في معالجة الملف، وقالت إن ما قيم به حتى اليوم من صلاة على الغائب في مدينة كيهيدي وإعداد خريطة عن القبور “مجرد تحايل”.
وطالبت المفجوعة سالمتا جالو الحقوقيين وأصحاب الضمائر الحية أن يتحركوا جميعا ً لإعادة العدالة إلى ذويهم بإجراء تحقيق شفاف في ملابسات ما أسمته “المجزرة الجهنمية”.

Madame Salimata Diallo dit que son mari et son frère ont été tués ici, elle a donc été frappée par deux catastrophes en même temps. Elle jure sur Dieu que ces massacres ont eu lieu à l'insu des familles le 28 novembre, le jour où les Mauritaniens célèbrent leur indépendance. Ils (les génocidaires) l'ont transformé en une tragédie qui nous rappelle chaque année ce massacre. Salimata Diallo exprime sa désolation sur la négligence des autorités dans le traitement de l'affaire et dit que tout ce qui a été fait jusqu'à présent comme les prières pour les victimes à Kihidi et les pourparlers pour identifier les tombes n’est que gadget. Le cœur brisé, Salimata Diallo demande aux avocats et ceux qui ont une conscience d’agir pour qu’il y ait une enquête transparente et que justice soit rendue pour ce qu'elle décrit comme le « massacre infernal ».

Photo du groupe à Inal. Crédit photo Dedda Ould Cheikh Brahim.

Photo du groupe à Inal. Crédit photo Dedda Ould Cheikh Brahim

بعد انتهاء الخطب والترحم سار المشاركون في الرحلة على أقدامهم خلف مؤلف كتاب “جحيم إنال” والعسكري الناجي من تلك الأحداث ممدو سي، حيث وجههم إلى أربع تلال مكسوة بالحجار قال إنها المكان الذي دفن في رفاقه بعد تعذيبهم…

Dedda Ould Cheikh Brahim, a participé à la caravane vers Inal et a blogué sur l'événement, racontant le harcèlement subi par le groupe de la part des forces de sécurité, racontant aussi l'atmosphère de la commémoration du massacre.

كان تحديد ذلك الموقع المجاور لمكان الثكنة العسكرية كفيل بإطلاق العنان للنحيب والبكاء والإغماءات بل وذهب الأمر إلى أبعد من ذلك حيث قام بعض الشباب بالدعوة إلى حمل السلاح لأخذ الثأر بدل البكاء.

Après les discours et les prières, les participants se sont rendus à pieds derrière le soldat survivant et auteur de l'ouvrage « L'enfer Inal », Mamadou Sy, qui les a mené vers quatre collines recouvertes de pierres et leur a dit que c'était l'endroit où ses amis avaient été enterrés après avoir été torturé.

Cet endroit près de la caserne militaire a fait monter des larmes aux yeux de beaucoup alors que d'autres s'évanouissaient. Ce qui a conduit quelques jeunes à appeler à prendre les armes pour se venger plutôt que de se lamenter.
Gerry Adams a critiqué le silence des élites mauritaniennes :

في ليلة الذكري الثلاثين لاستقلال موريتانيا نفذ الجيش الموريتاني مجزرة في قرية “إينال” في أقصي الشمال الموريتاني أعدم خلالها, بدون محاكمة ولا حتى تهمة واضحة, 28 عسكريا من الزنوج بعد أن مورس عليهم في تلك الليلة أبشع أنواع التعذيب والتنكيل…. وفي صمت أشبه بالمتعامي عن الجريمة سكت الجميع….. سكت المثقفون والسياسيون وعلماء الدين ودعاة المبادئ…. سكت التقدميون المدافعون عن الضعفاء والمحرومين…. سكت الإسلاميون الآمرون بالمعروف والناهون عن المنكر….. سكت الجميع قبل ذالك وبعد ذالك في ولاته وفي الجريدة و في غيرهما وتوالت جرائم قتل الزنوج الموريتانيين وتشريدهم ونهب أموالهم وهتك أعراضهم علي مرآي ومسمع من الجميع.

A la veille de la commémoration du 30ème anniversaire de l'Indépendance de la Mauritanie l'armée a commis un génocide à Inal, dans le nord du pays, où 28 soldats noirs ont été exécutés sans procès et sans aucune accusation formelle. Ils ont également subi cette nuit les pires formes de torture. Et dans un silence proche de l’aveuglement volontaire envers le crime, tout le monde se tait. Les intellectuels se sont tus, tout comme les politiciens et les membres du clergé et ceux qui disent avoir des principes. Les progressistes qui défendent les faibles et les démunis se sont également tus. Il y avait le même silence de la part des islamistes, qui appliquent la charia. Tout le monde s’est tu avant et après le massacre. Et les crimes contre les Mauritaniens noirs ont été répétés ainsi que leur déplacement, la confiscation de leur argent ; et leur honneur a été souillé et profané sous les yeux de tout le monde.

Sur Aswat (Voix), Djibril Diallo a écrit des séries de billets sur les crimes perpétrés contre les Mauritaniens noirs. Nous pouvons y lire des témoignages de soldats survivants :

جانب آخر من الوحشية حين كان الجناة يحتسون الشاي وهو يجلسون على الجثث في انتظار شنق الآخرين، أحد الناجين سمع، الضابط “خطري” يقرأ آية من القرآن وهو يجلس على جندي بعد أن شنقه، يقول هذا الناجي لا أصدق بأنه يؤمن بالرب الذي أنزل هذا القرآن العظيم المقدس.
لقد دام وقت الإعدام شنقا أكثر من ساعة زمانية. كان التعذيب في هذه الليلة جنونيا عقب الإعدامات، لقد ضرب المعتقلون ضربا شديدا. وأطلق الرصاص على بعضهم، لأنهم فقط “تأثروا” من هول ما رأوا. فقد قتل خمسة آخرين في نفس الليلة هم : لي همدي ،ممدو عصمان،جوب بوكر بيلا،صل عمر ،صل أمدو الحاج. يقول الضابط منصور، وهو مطابق لما وردر في كتاب “جحيم إنال”.
بقي في الأذهان أن 28 عسكريا أسودا قتلوا في هذه الليلة ، والحقيقة أن عدد قتلى إنال كثيرون في تلك الليلة ،يقول الضابط الناجي كان منصور، في شهادته المسجلة، وهو يحكي كيف طلب منه أن يعترف أمام “مسجلة” بأنه شارك في الإنقلاب ،  لقد جاء في هذه الشهادة أن كبار الضباط  الزنوج جمعوا في 23 من نوفمبر وبدأ تعذيبهم  وتهديدهم بالقتل وقد توفي أثناء تعذيبهم كلا من :  الملازم صل عبد الله موسى،  الملازم آن طاهير ضرب حتى الموت عند بوابة الزنزانة التي اعتقل فيها الضباط،النقيب لوم ، صل عمر مات وهو يقول منصور اعطني ماءا.لقد عذب حتى فقد جسمه كل السوائل.

Un autre côté de la cruauté, c'est quand les bourreaux prenaient le thé, assis sur les corps en attendant d'exécuter les autres, l'un de ceux qui ont survécu a entendu le sergent « khotri » lire le Coran alors qu'il était assis sur un soldat qu’il avait pendu. Le survivant dit: « Je ne peux pas croire qu'il croit en Dieu qui nous a donné ce Coran, puissant et sacré. »
Les exécutions ont duré plus d'une heure. Après les exécutions, la torture au cours de cette nuit fut démente. Les détenus furent violemment battus et certains d'entre eux ont été exécutés simplement parce qu'ils avaient été touchés par ce qu'ils avaient vu. Cinq autres ont été tués cette même nuit : Li Hamdi, Mamadou Osman, Job Boker Bil, Sall Oumar, Sall Amadou el Hajj, dit le sergent Mansour. Cette déclaration est identique à ce qui est rapporté dans le livre « L'enfer d’Inal ».
Ce qui reste dans les mémoires, c'est que 28 soldats noirs ont été tués cette nuit et que la vérité est que les morts de cette nuit sont nombreux comme l'a déclaré le sergent Mansour dans son témoignage enregistré, dans lequel il explique comment on lui a demandé d’admettre qu'il a participé au massacre. Le témoignage indique également que le 23 novembre, des hauts gradés noirs ont été rassemblés, torturés et menacés de mort et que certains d'entre eux sont morts sous la torture, comme Sal Abdallah Moussa, An Tahir qui a été battu à mort à la porte de la prison où Loum a été arrêté. Sal Oumar est mort en disant : « Mansour, donnez-moi de l'eau. » Il a été torturé jusqu'à ce que son corps soit complètement déshydraté.

Le militant Sidi Aly Moulaye Zeine dit sur Facebook sa tristesse que le massacre d’Inal se soit déroulé le jour marquant l’indépendance :

البعض يستعد للإحتفال ب ٢٨ من نفمبر بينما يحي هذا التاريخ آلام حداد لم يكتمل بعد عند آخرين. جنة الفردوس لشهداء موريتانيا من ضحايا الحكم العنصري و الدكتاتوريات العسكرية آمين

Certains se préparent à célébrer le 28 novembre tandis que pour d'autres, cette date fait revivre les douleurs d'un deuil qui n’est pas fini. Paradis aux victimes de martyrs mauritaniens de la domination raciste et des dictatures militaires. Amen

En outre, le mouvement d'opposition « Touche pas à ma nationalité », a organisé un rassemblement demandant de punir tous ceux qui sont impliqués dans l'élimination des Mauritaniens noirs. Mais le régime mauritanien a arrêté la marche par des tirs de gaz lacrymogène. Le mouvement avait déjà publié une liste des noms des membres de l'armée mauritanienne accusés d'avoir commis des crimes contre les Noirs, en particulier l'ancien président Ould Sid Ahmed Moaouia El Tae.

Cette vidéo a été poste par le site Al Akhbar sur sa chaine Youtube à la rubrique Caravane Inal 2012.

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