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Liban : la mort d'un sans-abri lors de la tempête de neige provoque un mouvement de solidarité

Peu de personnes connaissaient son nom avant qu'il ne soit retrouvé mort à proximité de l'Université Américaine de Beyrouth (UAB). Mais depuis le 7 janvier 2012, Beyrouth pleure la mort d'Ali Abdallah, un sans-abri qui était un visage familier pour les personnes de l'UAB et que l'on voyait souvent dans Bliss Street, où l'université est située.

Lorsqu'une photo d'Ali a été postée sur la page Facebook de Humans of Lebanon, ils ont été nombreux à se rappeler l'avoir rencontré près de l'université, évoquant les rumeurs qui le décrivaient comme un ancien professeur de l'UAB.

Une photo d'Ali Abdallah, par le photographe Krikorian M, utilisée avec sa permission

Un utilisateur de Facebook a écrit :

J'ai lu qu'il était un professeur de physique à l'UAB. Il a vu sa femme, sa fille et sa soeur violées et tuées devant ses yeux durant la guerre et il est alors devenu comme ça, perdant sa raison. Je n'ai jamais rien compris  ce qu'il racontait et je ne pense pas que lui-même me comprenait si je lui demandais quelque chose. J'ai aussi lu qu'il avait demandé du papier et un stylo.

Avec plus de 400 partages, la photo a suscité une vive émotion sur la toile, avec des messages de sympathie et des commentaires sur la nécessité de prendre de réelles mesures :

J'espère que cela amènera la jeunesse libanaise à prendre des mesures plus sérieuses ! Il y en a d'autres dehors qui vivent dans les mêmes circonstances, et ils ont besoin d'aide !

L'homme qui souffrait déjà d'une santé fragile est probablement décédé de complications suite au froid. Au moins, sa mort a été un appel au réveil. Sur le blog Hummus For Thoughts, Joey Ayoub qui avait un jour parlé un moment avec lui a écrit :

N'ayez pas pitié de lui et ne le détestez pas. Ne dites pas que nous ne pouvons nous souvenir de lui sous prétexte que nous l'avons ignoré quand il était encore en vie. Dites plutôt que nous devons le garder en mémoire et agir. Agir comment ? Cela, mes amis, je me le demande toujours aujourd'hui. Mais je me suis refusé à avoir pitié d'Ali. Quand je suis finalement allé lui parler, j'ai tenté de le traiter comme un égal du mieux que j'ai pu, parce que c'était le cas. Il n'a jamais été moins qu'un égal. C'est ce que nous, nous l'avons condamné à être.

C'est pourquoi nous devons nous souvenir d'Ali. C'est pourquoi je ne supprimerai pas sa photo, comme certains me l'ont demandé. Et c'est pourquoi je ne ferai pas non plus ce que nous autre Libanais faisons le mieux : se plaindre et se sentir mieux ainsi.

Ali ne doit pas être oublié.

Sur State of Mind, un blogueur fait la remarque :

A l'inverse de la grande majorité des étudiants de l'UAB qui le regrettent aujourd'hui, je ne pleurerai pas Ali Abdallah parce que je ne lui ai jamais parlé, je n'ai jamais essayé de le connaître ni ne l'ai considéré comme “notre Ali de Bliss Street”. Je suis désolé pour les conditions de sa mort – à l'extérieur, seul dans le froid, reposant contre un mur froid de Beyrouth.

Certains citent des causes naturelles pour la mort d'Ali. Eh réalité, la cause naturelle est qu'il est mort de froid dans l'une des pires tempêtes de l'histoire du Liban. Parmi ceux qui pleurent Ali, combien ont pensé à lui donner un manteau ou de l'argent pour qu'il se trouve un abri ou même l'aider tout simplement ? Je doute vraiment qu'il y en ait eu beaucoup.

Ceux d'entre vous qui sont touchés par sa mort, sachez qu'il existe une autre femme sans-abri sur Bliss Street et que vous l'ignorez depuis de nombreuses années maintenant. Peut-être qu'il est temps de lui accorder un second regard pour que vous ne sentiez pas triste le jour où cette femme que vous avez ignorée jour et nuit mourra aussi de froid.

 

Sa mort a lancé un mouvement de solidarité à l'égard des plus démunis. Le groupe Facebook Fighting Homelessness in Lebanon a réuni plus de 1300 membres qui se sont portés volontaires pour aider d'une manière ou d'une autre. Un autre groupe Facebook Ali Abdallah Foundation s'engage à faire de leur mieux pour “prendre soin des personnes sans-abri et pour faire connaitre leur souffrance”.

L'aide aux plus vulnérables est d'autant plus nécessaire que le Liban a subi la pire tempête de neige depuis des décennies. La Mariée (The Bride Storm, nom donné à la tempête) a gelé le pays sous un manteau de neige pendant deux jours. Avec de faibles infrastructures et des bâtiments délabrés, les températures glacées et les inondations ont aggravé le sort des plus vulnérables, notamment des réfugiés syriens fuyant les violences dans leur pays et vivant actuellement dans les camps de réfugiés. La ville de Hay el Sellom dans la banlieue de Beyrouth a subi d'importants dégâts et les habitants craignent que leurs bâtiments ne s'effondrent. Dans tout le pays, les routes sont fermées à différents endroits et les cours ont été suspendus dans les écoles publiques et privées.

Les secours ont commencé immédiatement. Au Nasawiya Café, un centre communautaire dirigé par le collectif féministe Nasawiya, des vêtements chauds, des couvertures et de la nourriture ont été collectés pour être distribués le 11 janvier dans tout le pays aux sans-abri ou à ceux qui ne disposent pas d'abri convenable.

Alors que la tempête faisait rage, les Libanais ont partagé aussi bien des photos de la triste catastrophe que des photos sublimes de paysages blancs sur les réseaux sociaux. Vous pourrez voir de nombreuses d'entre elles sur la page Facebook de Lebanon Weather Forecast (prévisions météo du Liban). Cependant, méfiez-vous des contrefaçons. Ainsi le blogueur Nagib du Blog Baladi explique dans son post comment une image, légendée comme étant un paysage de Choueifat au Liban, s'est révélée être une image d'une tempête de neige différente, dans un autre pays.

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