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De quoi parle-t-on quand on parle d’ impérialisme ?

Dans le conflit en Crimée comme en Centrafrique,  les accusations d’ impérialisme fusent à profusion. Les occidentaux accusent la Russie d'impérialisme en Crimée, les Russes accusent les occidentaux d'impérialisme culturel. De même, de nombreux observateurs africains accusent la France d'impérialisme pour ses interventions au Mali et en Centrafrique. La multiplication de cette terminologie pose la question de la signification véritable du mot. Quand parle-t-on d'impérialisme ? Que met-on derrière ce terme ? Et son utilisation dans ces différents contextes est-elle justifié ?

Un historique de l'impérialisme

La définition du mot impérialisme ne prête pourtant pas vraiment à confusion. Le plus souvent, on parle d’impérialisme (culturel) quand un pays imposerait à d'autres avec des moyens divers et variés une idéologie ou un mode de vie. Sur Global Voices, le mot impérialisme est apparu 200 fois entre 2008 et 2014 et tous les continents ont traité au moins une fois le sujet. Les statistiques de Google Trends liés à l'impérialisme donnent les tableaux suivants :

Les pays cherchant le mot impérialisme le plus souvent

Les pays cherchant le mot impérialisme (en anglais) le plus souvent

 

Les mots associés le plus souvent à ce mot:

tops des mots associés à l'imperialisme sur Google

tops des mots associés à l'imperialisme sur Google

 

Dans le version française du mot, depuis 2007, les tendances affichés par Google sont plus tournées vers l’Europe avec comme titres ayant attiré le plus d'audience sur les questions d'impérialisme ces dernières années: la presse qui dénonce l'impérialisme germanique en 2012, les questions sur la fin de l'impérialisme américain et la lutte contre l'impérialisme en Afrique.
Il apparait aussi que parmi les villes francophones,  ceux sont les habitants de Dakar qui seraient le plus intrigués par la question de l'impérialisme :

Les villes ayant recherché le mot "impérialisme" le plus souvent - via Google Trends

Les villes ayant recherché le mot “impérialisme” le plus souvent – via Google Trends

Au regard de ces informations, Il n'existe donc pas un seul type d'impérialisme mais bien plusieurs versions, menés par différentes puissances. Ces questions continuent de faire parler dans le monde entier mais chaque pays semble accuser une puissance spécifique d'impérialisme sans vraiment définir ce qu'elle entend par ce mot.

L'impérialisme selon les régions

L'actualité est évidemment tournée vers les actions militaires Russes en Crimée. Les médias européens ont beaucoup parlé d'impérialisme russe suite au référendum sur l'autonomie de la Crimée. Quentin Boulanger, co-fondateur de l'association de promotion de la coopération territoriale et des jumelages “Nord-Europe”, alerte sur la nécessité pour la France et l'Europe de sortir du schéma trop simpliste des pro-europeens contre les pro-russes :

La révolution actuelle n’a pas été initiée par des questions de politiques étrangères mais bien par des motifs internes. Il s’agit d’une opposition entre un large spectre de la société et un gouvernement kleptocratique, corrompu et abusif. Ce n’est pas l’est contre l’ouest et Monsieur Ianoukovitch n’est pas coupable d’amitié avec le Kremlin mais bien d’abus de pouvoir.

Boulanger ajoute dans un billet ultérieur, quelques jours avant le référendum :

Aujourd’hui, ce n’est pas une question de pro-européens contre Russie qui agite l’Ukraine mais celle de l’exercice de ce droit par la Crimée. Ainsi, si Moscou viole sans aucun doute le principe de non-ingérence sa présence peut-être interprétée comme l’anticipation d’un référendum au résultat incertain que le gouvernement de Kiev refuserait de reconnaître ou même de voir organiser. Pour le Kremlin, la présence en des poids stratégiques comme les aéroports est donc une sécurité devant permettre à la Crimée d’exercer librement son choix.

D'autres blogueurs au Canada dénoncent même le jugement “deux poids, deux mesures” quand il s'agit de comparer l'impérialisme russe à celui des Etats-Unis.

Les actions de la Russie peuvent être taxées d'impérialisme mais la volonté de la Crimée de privilégier ses relations avec la Russie sont réelles et ne peuvent être négligées.

En Centrafrique, L'intervention militaire française, même si elle a pu ralentir l'escalade du conflit au début de ses opérations, semble s'enliser dans un contexte très compliqué et de plus en plus inquiétant. Jean Batou dans Contretemps explique pourquoi l’intervention militaire française en Afrique comporte de nombreux risques de dérives :

Rien ne serait plus trompeur que d’envisager l’impérialisme français en Afrique au seul prisme de ses « chasses gardées postcoloniales », même s’il est par ailleurs prématuré de pronostiquer l’extinction de la Françafrique. Les autorités hexagonales ont ainsi commandité pas moins de trois volumineux documents sur les perspectives stratégiques de la France en Afrique. Le plus récent des trois annonce clairement la couleur : « L’Etat français doit mettre au cœur de sa politique économique le soutien à la relation d’affaires du secteur privé et assumer pleinement l’existence de ses intérêts sur le continent africain »

L'intervention au Mali avait déjà soulevé de nombreuses questions, comme celle Mireille Fanon-Mendes-France, experte à l'ONU et présidente de la Fondation Frantz Fanon :

Il s’agit de profiter de la déliquescence d’Etats sous domination continue depuis les indépendances pour réintroduire directement une présence militaire camouflée derrière des armées locales dont nul n’ignore l’insigne faiblesse. Dans ce jeu géostratégique, le Mali devient otage d'une volonté des Etats impérialistes et de leurs soutiens.

La Malienne Aminata Traoré abondait dans son sens en rappellant que :

Aujourd’hui la militarisation pour le contrôle des ressources de l’Afrique fait parti de l’agenda. Ce qui se passe aujourd’hui au Mali est l’illustration d’une nouvelle étape de la politique de mainmise sur les ressources du continent, notamment les ressources énergétiques, sans lesquelles la sortie de crise, la croissance et la compétitivité ne sont pas envisageables par l’Occident.

La grille d'analyse de ses observateurs semble oublier un volet important de ses actions “impérialistes”, que ce soit en Crimée, en Centrafrique ou au Mali: la préférence des communautés qui ont bénéficié directement des interventions militaires menées dans ces régions. Il semblerait que l'analyse dépend du prisme choisi par l'observateur. La phrase bien connue de Gerald Seymour “one man's terrorist is another man's freedom fighter” (le terroriste de l'un est le combattant de la liberté d'un autre) pourrait donc désormais avoir son pendant dans la géopolitique actuelle: L'impérialiste de l'un serait bien alors le combattant de la liberté d'un autre.

3 commentaires

  • […] Impérialisme et ce que cela signifie dans la géopolitique contemporaine  […]

  • […] origin of Isabel Dos Santos’ wealth was investigated at length by Forbes in 2013. Oddly enough, a few months later, Forbes magazine established a partnership with a company a […]

  • Joe

    J’arrive pas a croire la fin de cette analyse qui voudrait faire croire que les communautés sont reconnaissantes pour une intervention militaire internationale et cette phrase de “one man’s terrorist is another man’s freedom fighter” est tout au contraire un point de ralliement pour ceux qui combattent ce genre d’intervention impérialiste!!!

    Les enjeux économiques qui déterminent les futurs de nos pays africains ont toujours été decides par l’Occident et voila en quelques mots l’impérialisme, et toute personne qui s’oppose a la volonté de l’Occident se voit décapiter littéralement ou métaphoriquement .

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