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Pour mieux comprendre l'Europe, embarquez à bord du Bulli Tour Europa

Les deux membres fondateurs de la compagnie de théâtre et maison d'édition strasbourgeoise Rodéo d'âme, Claire Audhuy et Baptiste Cogitore, s'embarquent à partir du 10 mai dans une aventure européenne, un road movie en vrai et en multimédia : le Bulli Tour Europa. La compagnie fête ses dix ans d'existence en partant à la rencontre des européens, à travers 20 pays et 32 villes, pendant les six mois à venir, à bord d'un Bulli d'époque, légendaire combi VW. De Trieste à Minsk, de Sarajevo à Skopje, de Chisinau à Berlin : les deux artistes reporters interrogent les mémoires et invitent les internautes au voyage, par une forme de journalisme alternatif, pour dresser le portrait concret d'une “identité européenne” qui a aujourd'hui du mal à trouver une consistance. Plus que bienvenue à l'aube d'élections européennes qui s'annoncent fantômatiques, cette initiative de deux curieux de l'Europe en quête de réponses est enthousiasmante. Le blog est déjà en place, ainsi que la page facebook, le compte twitter @rodeodame et les partenaires médias.

A quelques jours du départ, rencontre avec Claire Audhuy :

Claire Audhuy

Portrait de Claire Audhuy, avec son autorisation, crédit Pascal Koenig

Global Voices (GV): Quelle a été l'origine de ce projet ?

Claire Audhuy (CA): Nous (Baptiste et Claire) quittons aujourd'hui le monde étudiant, et nous fêtons en même temps les dix ans de la création de notre compagnie : il nous semblait donc que le moment était venu de faire un projet tous les deux, ensemble, avant de partir, qui sait, vers d'autres horizons? Par ailleurs nous nous sommes déjà beaucoup interrogés sur l'Europe et les Européens dans nos différents travaux, comme dans le projet Penser et parler l'Europe en 2011. Mais nous l'avions fait d'ici, d'Alsace, de France, de Strasbourg. Nous voulions donc aller là-bas, vers l'Est de cette Europe encore indéfinissable pour nous. Au départ, le projet n'était pas centré sur l'actualité. Mais aujourd'hui l'actualité va fortement influencer notre tour, comme par exemple en Ukraine.


Bande-Annonce du Bulli Tour
GV: Vous avez déjà pris des rendez-vous avec des personnes que vous souhaitez rencontrer lors de votre périple. Pouvez-vous nous en présenter quelques uns ?

CA: En arrivant à Trieste, à la mi-mai, nous aurons le plaisir de rencontrer Boris Pahor, un monsieur de 101 ans, écrivain résistant, déporté au camp du Struthof en Alsace, grand témoin de la seconde guerre mondiale, qui s'efforce de faire entendre toutes les voix des victimes, pas seulement celles de la mémoire juive. Lui-même portait le triangle rouge chez les déportés, la marque des prisonniers politiques.

A la frontière bulgaro-turque, nous allons conduire des entretiens dans un camp de réfugiés. Nous allons rencontrer le directeur du camp, les réfugiés, mais aussi le personnel de Frontex, avec cette interrogation à l'esprit : l'Europe est-elle une Europe qui se défend ou qui s'enferme?

A travers notre voyage, nous allons aussi nous intéresser tout particulièrement à la communauté rom, minorité emblématique d'un certain nombre de problématiques européennes. Nous allons découvrir un théâtre mis en place par des jeunes Roms en langue romani. Nous irons passer la nuit à l'Hotel Gelem en Macédoine, une sorte de chambre d'hôte rom qui permets de découvrir la communauté de l'intérieur en y étant invité : à nous de nous intégrer, et non pas l'inverse comme on l'exige trop souvent des Roms en Europe. Nous allons aussi rencontrer les membres d'un groupe de rap romani. Affaire à suivre!

L'idée est aussi d'aller, dans la continuité du projet Les gardiens des lieux en Alsace, voir ce qui se passe dans les synagogues désaffectées en Europe aujourd'hui, en s'interrogeant sur le renouveau et la mémoire du judaïsme en Europe. Par exemple, nous allons visiter une synagogue qui abrite aujourd'hui un théâtre de marionnettes, le Pozoriste Lutaka Mostar.

Toutes ces histoires plurielles, différentes, vont peut-être nous aider à appréhender l'Europe que nous cherchons.

itinéraire

L'itinéraire prévisonnel du Bulli Tour Europa, en ligne sur leur site http://www.bullitour.eu/l-itineraire/

GV : Aller à la rencontre des gens, d'accord, mais comment allez-vous gérer la question des langues ?

CA : Nous parlons tous les deux français, allemand et anglais. Mais nous ne souhaitons pas que cela nous limite dans les rencontres vers toutes les autres communautés, comme par exemple avec les jeunes Roms qui ne parlent que romani, ou avec un poète tsigane hongrois qu'on nous a chaudement recommandé. C'est pourquoi nous avons des fixeurs dans chaque pays pour nous renseigner et nous conseiller, et des traducteurs (via les lycées, les instituts français, et autres) pour nous assister dans nos démarches. Le rôle des traducteurs est essentiel pour que les rencontres aient vraiment lieu, comme nous avons pu l'expérimenter déjà dans une pièce, Traversées, que nous avions montée en arabe dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïda en 2013.

GV: Pourquoi aller rencontrer en majorité des artistes contemporains ?

CA : Les artistes vers qui nous allons sont engagés, ils racontent des histoires qu'on pourrait oublier. Ils sont les observateurs du monde et de la société, et proposent un autre regard. Il y a par exemple cet artiste incroyable, qui vit seul dans un village abandonné au milieu de la Transylvanie, Tara (Von Neudorf), et qui a installé son atelier dans une église désaffectée. J'ai hâte de le rencontrer !

GV : Qu'est ce que les médias sociaux apportent à votre démarche ?

CA : Les médias sociaux tels que facebook et twitter nous permettent de mettre en avant des éléments phares pour inviter les gens à aller plus loin. Ce sont aussi des moyens de toucher beaucoup de gens qu'on ne connaît pas, notamment par le biais des communautés, comme par exemple la communauté qui s'est constituée autour du véhicule Bulli.

GV: Vous allez faire un blog de vos pannes sur Rue89 Strasbourg. De quoi avez vous peur pendant ce voyage ?

CA : Rue89 Strasbourg ne prend beaucoup de risques en nous confiant ce blog : nous sommes sûrs de tomber en panne régulièrement, le modèle pas du tout dernier cri que nous avons choisi va quand même devoir tenir sur 10000 km ! Notre Bulli est emblématique, c'est une vieille dame sympathique avec une roue de secours à l'avant qui lui fait une vraie bouille ! On sait que pendant ce voyage on va être très en demande par rapport aux gens que nous allons rencontrer, pour tout. Le fait d'avoir le Bulli va nous permettre de rétablir un peu l'équilibre en incitant les gens à nous aborder. Et puis, avec l'espace intérieur, on pourra aussi les inviter “chez nous”.

Bien sûr au-delà des pannes, il y aura aussi des problèmes de visas, et des étapes compliquées, comme l'Ukraine, la Biélorussie ou la Transnistrie.

LE Bulli, le voilà. avec son autorisation, crédit Baptiste Cogitore

LE Bulli, le voilà. avec son autorisation, crédit Baptiste Cogitore

Quels sont les premiers événements du Bulli Tour Europa ?

CA : Avant notre départ le 10 mai, il va y avoir un concert au Collège doctoral européen de Strasbourg le 6 mai, en entrée libre, avec deux groupes français, qui puisent dans les répertoires de musiques d’Europe de l’Est. En première partie, un concert d’Arsène Rigoulot, qui propose des musiques d’Ukraine pour deux violons et une guitare, puis le groupe Taraf’Algar  dont le répertoire est plutôt autour des musiques klezmer, tzigane, des Balkans et d’ailleurs. Une vraie invitation au voyage ! Venez nombreux !

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