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D'une terrasse de café à la prison : l'incroyable mésaventure de deux militants en Algérie

Ils s'appellent Mohand Kadi et Moez Benncir. Le premier est Algérien et le deuxième est tunisien.  Ils sont jeunes. Ils croient en la démocratie. Ils militent pour le changement. Et ils se retrouvent en prison à Alger depuis le 16 avril dernier. Leur tort ? Avoir pris un café sur une terrasse à Alger au moment où une manifestation pacifique du mouvement contestataire «Barakat !» avait lieu au centre de la capitale Algérienne.

Campagne pour la libération de Mohand et Moez - Domaine public

Campagne en ligne pour la libération de Mohand Moez et Moez Benncir – Domaine public

Privés de liberté depuis le 16 avril dernier, date de leur arrestation, à la veille de l’élection présidentielle algérienne, ces deux jeunes ont été présentés aux juges du parquet du tribunal de Sidi M’hamed d’Alger le 11 mai. Ce parquet a requis, au moins une année de prison ferme à l’encontre de Mohamed Kadi et Moêz Bennacir, Accusés «d’attroupement non armé qui peut troubler la tranquillité publique», ils passeront encore plusieurs jours dans la cellule de la célèbre prison algéroise Serkadji en attendant leur verdict le 18 mai prochain.

Dans cette vidéo, des dizaines de manifestants ont organisé, le 30 avril dernier, une marché à Azazga, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, en Kabylie, située à plus de 100 Km de la capitale Alger, pour manifester leur solidarité avec Mohand Kadi et Moêz Benncir :

Privé de liberté, oui, mais pas de solidarité. A Alger, un collectif d’avocats a vu le jour pour les défendre contre cet abus de pouvoir. «Ces deux jeunes n’ont même pas participé à une manifestation ou un quelconque rassemblement. Ils ont été arrêtés alors qu’ils se trouvaient sur une terrasse de café Algérois. Ils ont été interpellés pour la simple raison qu’ils activent dans une organisation appelée Rassemblement Action Jeunesse (RAJ). Leur procès est un procès politique», souligne pour sa part,  avocat et défenseur des droits de l’homme, Abdelghani Badi qui travaille durement pour porter secours aux deux jeunes emprisonnés depuis bientôt plus de 25 jours.

Pour cet avocat, ce procès est une première dans les annales. «Ils ont fait la prison avant même qu’on ne les juge. Aucun article de loi n’exige la détention préventive pour des personnes qui ont participé à un attroupement. Aucune procédure judiciaire n’a été respectée dans cette affaire», s’indigne encore notre interlocuteur.

Selon Abdelghani Badi, l’un des membres du collectif d’avocats constitué spécialement à l’occasion de cette affaire de violation des droits civiques qui défraie la chronique en Algérie, le régime politique algérien cherche à effrayer les autres militants Algériens en traitant sévèrement Mohand Kadi et Moez Benncir. «Les autorités algériennes tentent d’insuffler la peur pour empêcher les jeunes Algériens de réclamer leurs droits et manifester pacifiquement dans leur pays. Au cours du procès, la juge a longuement interrogé Mohand et Moez sur leurs relations avec le mouvement «Barakat !» et RAJ comme si faire partie d’une organisation de la société civile ou d’un collectif citoyen constituait une infraction à la loi», dénonce encore cet avocat.

En attendant le verdict prévu le 18 mai prochain, sur les réseaux sociaux et sur le terrain, une large mobilisation a été enclenchée pour soutenir Mohand Kadi et Moez Benncir et réclamer leur libération immédiate. Un collectif Libération Mohand Moez a été créé sur Facebook afin de sensibiliser l’opinion publique algérienne au sort de ces deux  jeunes militants membres du réseau RAJ qui active pour la défense des libertés publiques et la promotion des droits des jeunes en Algérie. Plusieurs témoignages de solidarité ont été diffusés sur les réseaux sociaux comme l’appel lancé par l’écrivain engagé et journaliste algérien Mustapha Benfodil qui a dénoncé un procès Kafkaïen. «Nous sommes le seul pays au monde à qualifier de “manifestation illégale” le “rassemblement” de deux jeunes dans un café», s’est-il indigné.   

Mohand Kadi et Moez Benncir ont bénéficié enfin d’un mouvement de solidarité internationale puisque de nombreux ONG internationales comme Amnesty International et Human Right Watch ont exprimé publiquement leur indignation et réclamé leur libération ainsi que la fin de leur harcèlement judiciaire. Reste à savoir si le 18 mai prochain, le régime algérien va plier devant ces pressions intérieures et extérieures. En attendant, Mohand Kadi et Moez Benncir passent encore leurs nuits en prison.  

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