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Caraïbes : Que s'est-il passé en 2012 ? (deuxième partie)

Dans la première partie de cet article nous avons vu que dans la blogosphère caribéenne, l'année fut ponctuée de grèves de la faim – la première à Cuba, qui a coûté la vie au prisonnier d'opinion Wilman Villar Mendoza – et la deuxième à Trinidad et Tobago, où le militant écologiste trinidadien Dr. Wayne Kublalsingh a mis un terme à une grève de la faim de 21 jours, le 5 décembre, après avoir reçu la garantie que le gouvernement, le Highway Re-Route Movement et d'autres groupes associatifs mèneraient une étude indépendante sur la portion d'autoroute à laquelle son groupe de pression s'opposait. La deuxième partie de ce résumé des événements de la blogosphère régionale aborde d'autres sujets qui ont fait couler l'encre sur Internet – depuis les Jeux Olympiques jusqu'au besoin d'une meilleure transparence politique…

Guyana
L'année fut difficile en Guyana, trois personnes ont trouvé la mort (et nombreuses ont été blessées) dans la ville minière de Linden, après que la police a ouvert le feu sur des manifestants qui, selon les informations, bloquaient le pont Wismar en protestation contre l'augmentation des prix de l'électricité. Cet incident a entraîné un débat en ligne sur les abus de pouvoir de la police ; d'autres manifestations - cette fois à cause des morts – s'en sont suivies, renforcées par le rôle clé joué par les médias sociaux dans la diffusion du message. Le mouvement #OccupyGuyana a même été créé en soutien aux manifestants de Linden.

Environ un mois plus tard, la police a à nouveau ouvert le feu sur des civils; le fait que la victime était un garçon âgé de 17 ans, indemne selon les informations, n'a fait que remettre de l'huile sur le feu.

Chris Brown; image CC de Eva Rinaldi Celebrity and Live Music Photographer

Le mois suivant, la situation s'aggrava lorsqu'il fut question d'un concert de Chris Brown dans la capitale du pays, soit-disant financé (du moins par le biais d'allégements fiscaux) par le gouvernement guyanais, ce qui relança la question de la violence domestique dans le pays. (Brown avait été poursuivi pour coups et blessures en 2009, lorsque l'on apprit qu'il avait agressé sa petite amie de l'époque, la chanteuse originaire de la Barbade, Rihanna.) Il n'aura pas fallu longtemps pour que les manifestations mettent un terme à toute éventualité de voir Brown se produire en Guyana.

 

Jamaïque
Le 6 août 2012, la Jamaïque a célébré ses 50 ans d'indépendance d'avec la Grande-Bretagne, une étape majeure qui a été a rendue encore plus spéciale par les performances exceptionnelles des athlètes jamaïcains aux Jeux Olympiques de 2012 dans leur ancien “pays mère”.

Usain Bolt; CC image par Alexandre Moreau | Photography

Comme l'a écrit (en anglais) Louise Bennett-Coverley, l'une des poètes les plus influents de la Jamaïque :

She hope dem caution worl-map

Fi stop draw Jamaica small

For de lickle speck cyaan show

We independantness at all!

 

(Bien sûr, d'autres territoires caribéens ont vu leurs rêves olympiques se réaliser, notament Grenade, qui a remporté sa toute première médaille olympique grâce à l'or de Kirani James dans le 400 mètres.)

L'euphorie a fait place au désespoir, lorsque début novembre, un étudiant homosexuel a été violemment battu sur le campus de UTech à Kingston : la question de l'homophobie en Jamaïque est revenue sous la lumière crue des projecteurs. Une blogueuse s'est même demandé si la persécution des homosexuels était désormais une politique nationale, au vu des paroles de dance-hall homophobes, du blocage des annonces en faveur de la tolérance des services publics par les médias et des positions de l'ancien premier ministre par rapport aux homosexuels dans le gouvernement, qui jalonnent l'histoire de l'île. Le débat en ligne à ce sujet était vivant et éclairé.

Sainte-Lucie
Les citoyens de Saint-Vincent et de Sainte-Lucie étaient aux prises avec de nouveaux critères de visa imposés par les services de citoyenneté et immigration du Canada (CIC) cette année. Les ressortissants de Sainte-Lucie ont également été confrontés à la réalité économique de la nouvelle taxe sur la valeur ajoutée du pays et ont envisagé la possibilité de faire des bananes une source d'énergie renouvelable.

Trinidad & Tobago
Les manigances politiques de la nation des îles jumelles ont fait de sa blogosphère l'une des plus actives cette année. Dès le mois de mars, les citoyens ont commencé à remettre en cause l'utilité du Congrès du Peuple, l'un des partis politiques qui constituent le gouvernement du Partenariat du Peuple.

Les gaffes et faux-pas politiques semblaient sans fin : un raid policier dans la maison d'un journaliste a soulevé des inquiétudes sur la liberté de la presse (une inquiétude partagée dans d'autres territoires de la région) ; l'internement d'une employée du Ministère des genres, de la jeunesse et de l'enfance à l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne après un supposé conflit avec un haut fonctionnaire; la nomination controversée de Jack Warner au poste de Ministre de la Sécurité Nationale et sa première “action” – l'évacuation par l'armée des membres du Highway Re-Route Movement, un groupe manifestant pour que le projet d'autoroute de 7,5 milliards de dollars qui doit traverser leur collectivité soit abandonné, ou du moins revu. Cette action est revenue hanter le gouvernement plus tard dans l'année.

Le parti dirigeant a donné l'impression aux blogueurs qu'il pataugeait : il y a eu le remaniement du cabinet, le malheureux incident de la tortue et de graves innondations après les pluies diluviennes de la dépression tropicale qui ont immobilisé des communautés entières dans la péninsule nord-ouest du pays densément peuplée.

Keshorn Walcott; image CC par ciamabue

La seule distraction de ce désastre fut que Trinidad & Tobago a remporté la deuxième médaille d'or de son histoire, grâce aux performances incroyables d'un lanceur de javelot de 19 ans, Keshorn Walcott.

Les choses se sont ensuite à nouveau aggravées, avec la controverse de la section 34, où il fut révélé que la loi avait été manipulée, les chambres du parlement induites en erreur et la population dupée – la célébration des 50 ans d'indépendance du pays faisait office de diversion, rien de moins – manifestement pour assurer la liberté de ceux qui étaient impliqués dans le scandale de corruption de l'aéroport de Piarco, soit-disant des partisans du Congrès National Uni, le principal parti rival du gouvernement People's Partnership. Parmi les répercussions, la chute du Ministre de la Justice, un électorat désabusé et une action de protestation de grande ampleur.

Manifestants à Port d'Espagne; photo de @RaiRicomas, avec son aimable autorisation.

Le tout a culminé lorsque Dr. Wayne Kublalsingh, militant écologiste et professeur de littérature, s'est lancé dans une grève de la faim pour protester contre la construction d'une portion de l'autoroute Debe – Mon Desir de San Fernando à Point Fortin, dans le sud-est de Trinidad. Kublalsingh a refusé de s'alimenter jusqu'à ce que la Premier Ministre honore sa promesse de le rencontrer ainsi que d'autres membres de l'organisation Highway Re-route Movement. Cette dernière argue que le tracé actuel du projet d'autoroute déplacerait de nombreuses familles et aurait un impact négatif sur l'environnement. Rapidement, les manifestations ont pris une tournure plus emblématique, car de nombreux internautes voyaient dans la dissidence une demande pour davantage de transparence dans l'utilisation des fonds publics et une protestation contre la façon cavalière dont l'administration publique traite les inquiétudes de l'électorat.

Dr. Wayne Kublalsingh; photo de Jo Sinanan, avec son aimable autorisation

Le gouvernement a finalement accepté qu'une étude indépendante soit menée, mettant ainsi un terme à la grève de la faim. Cependant, pour certains blogueurs, cet affrontement rappelait encore le scandale de la Section 34 :

Les questions soulevées par l'autoroute Debe – Mon Désir sont similaires à celles de la Section 34, d'une façon générale. Ces deux événements montrent un gouvernement qui refuse d'agir de façon responsable et transparente, et qui entreprend un projet pour le seul profit de ses bailleurs de fonds. Rendre des comptes, faire preuve de transparence et réformer les finances du parti : ce sont là des promesses que fait Kamla depuis 2010, n'est-ce pas ? Il aura fallu qu'un homme se tue presque pour nous le rappeler !

Les images de cet article sont les suivantes :
- Photo de Chris Brown par Eva Rinaldi Celebrity and Live Music Photographer, CC BY-SA 2.0
- Photo de Usain Bolt par Alexandre Moreau | Photography, CC BY-NC-SA 2.0
- Photo de Keshorn Walcott par ciamabue, CC BY-NC 2.0
- Photo des manifestations de la Section 34 par @RaiRicomas, avec son aimable autorisation
- Photo du Dr. Kublalsingh par Jo Sinanan, avec son aimable autorisation. Visitez le blog photo de Jo pour voir d'autres de ses photos.

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